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Chapitre 15 :
Les transformations des structures sociales : inégalités, pauvreté et exclusion

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Les transformations des structures sociales : inégalités, pauvreté et exclusion

Aujourd’hui les inégalités croissantes, la montée du chômage et la précarisation de l’emploi font que la crise économique contemporaine se double d’une crise sociale.

I

Inégalité, pauvreté et exclusion

A

Un constat aujourd’hui

Selon l'INSEE, les inégalités auraient eu tendance à augmenter entre 1985 et 1995. Par ailleurs, entre 1995 et 2002 les inégalités ont diminué. Le rapport salarial inter-déciles D9/D1, après avoir atteint un minimum de 3,1 en 1984, s’est accru jusqu’à 3,3 en 1994 avant de redescendre à 2,98 en 2003.

Définition : Rapport interdécile

Les déciles d'une distribution permettent de calculer des rapports interdéciles. Le rapport D9/D1 met en évidence l'écart entre le haut et le bas de la distribution ; c'est une des mesures de l'inégalité de cette distribution. Le rapport D9/D5 compare le haut de la distribution à la valeur médiane.

Les inégalités sont plus grandes encore en matière de patrimoines: en 2004, alors que 10% des ménages les plus riches touchaient 25% du total des revenus distribués, ils détenaient 46% du patrimoine total des ménages.

Fitoussi et Rosanvallon ont exprimé le fait que la progression du chômage et de l’emploi précaire sont à l’origine d’une perte de confiance dans l’avenir. Du fait du risque de perte d’emploi et de déclassement, l’activité professionnelle perd de ce fait sa valeur identitaire. Le découpage en CSP/PCS convenait dans une société où l’emploi était stable et où l’activité professionnelle situait socialement chaque individu. Mais depuis les années 2000, les classes moyennes connaissent une crise, comme Chauvel a pu le décrire. Il y a un risque de tensions intergénérationnelles car les enfants des classes moyennes ne sont pas assurés de conserver la même position sociale que leurs parents. C'est pourquoi, le terme « déclassement » a fait son apparition en 2009.

B

Une définition de la pauvreté

Définition : Pauvreté (sens absolu)

Il s'agit de l'impossibilité de satisfaire correctement un certain nombre de besoins élémentaires. Elle crée une double situation de vulnérabilité matérielle et morale. Une personne pauvre vit avec moins de 2 dollars / jour.

Définition : Pauvreté (sens relatif)

La pauvreté se comprend par référence à un «seuil de pauvreté» – en Europe ce seuil est fixé à 60% du revenu médian à l’intérieur de la population totale.

D’après cette définition, selon l’Insee, le seuil de pauvreté se situait en 2009 à 954 euros par mois pour une personne seule, ce qui concernait 13,1% de la population totale.

C

La nouvelle pauvreté

Définition : Nouvelle pauvreté

La nouvelle pauvreté est l'augmentation du nombre de pauvres parmi les actifs occupés.

Une étude de l’INSEE de 2003 a révélé que 30% des SDF travaillent pendant une durée hebdomadaire de 32 heures. En 2005, le nombre de travailleurs pauvres (aussi appelés « working poor ») était estimé à 1,5 millions de personnes.

Le terme d’exclusion s’applique désormais aux populations victimes de la crise, vivant dans des « zones urbaines sensibles » (ZUS) ou exposées à certains risques sociaux. Elles sont constituées de chômeurs de longue durée, de sans-abri, de RMIstes, de travailleurs immigrés.

Pour Paugham, l’exclusion résulte d’un processus dont les étapes sont généralement :

  • La fragilité : consécutive à une perte d’emploi ou à des problèmes familiaux et conjugaux

  • La dépendance : liée à une chute des revenus consécutive aux événements précédents

  • La rupture : exclusion, mise à l’écart au regard des normes sociales dominantes

II

Le processus de « désaffiliation »

Castel montre comment le statut du travail et des travailleurs a évolué au fil des siècles :

  • Dans la soc pre-industrielle, la prise en charge des marginaux et des indigents relevait de réseaux locaux.

  • Au XVIII ème siècle, le travail est devenu une marchandise. La société salariale se constitue avec la généralisation du rapport salarial qui devient le fondement de l’identité sociale mais aussi avec l’apparition de la logique de l’assurance sociale et de l’attribution des droits sociaux. La protection sociale et l'Etat Providence apparaîtront après la Seconde Guerre mondiale.

  • Depuis 1974, la société salariale est menacée de l’intérieur du fait d’une précarisation croissante de l’emploi, la perte d’identité procurée par le travail, la faible efficacité intégratrice de l’entreprise. Un processus de désaffiliation sociale, c'est-à-dire d’affaiblissement et de dissolution du lien social, est à l’œuvre. Les interventions publiques consistent en de simples mesures d’accompagnement, ce que résume parfaitement l’expression « traitement social du chômage ». Elles ne font, très souvent, que maintenir leurs bénéficiaires dans la précarité.

III

Vers la fin du travail ?

Selon Rifkin, la troisième révolution industrielle a causé une destruction massive d'emplois, y compris dans le secteur tertiaire. Cest pourquoi Rifkin va employer l'expression la « fin du travail ».

Les conséquences sociales de la «fin du travail» sont:

  • La montée des inégalités sociales entre ceux qui créent, manipulent et transmettent l’information et les ouvriers et les classes moyennes

  • Une exacerbation de la violence, conséquence directe des inégalités

Rifkin propose une réduction du temps de travail au profit des loisirs qui peut permettre de compenser une partie des pertes d’emplois dans le secteur tertiaire ainsi que le développement d’un « tiers secteur » reposant sur les associations, le bénévolat et le travail social. Ceci aurait pour but de recréer un lien social. Empiriquement cette thèse ne s’est pas validée : en France entre 1975 et 2003, s’il y a bien eu une érosion progressive des effectifs dans l’industrie, ceux du secteur des services ont continué d’augmenter.

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