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Chapitre 3 :
Le commerce international au XIXème siècle

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Le commerce international au XIXème siècle
I

Les faits

En valeur, entre 1800 et 1913, la production mondiale par tête a été multipliée par 2,2 alors que le commerce mondial l’a été par 25. Il y a donc bien eu internationalisation des échanges. A partir de là une problématique est survenue: est-ce l’accroissement des échanges qui tire la croissance économique ou l’inverse ?

Entre 1850 et 1873, la période a été exceptionnelle puisque la croissance du commerce international a aussi été qualitative. Aux produits traditionnels (épices, céréales, étoffes, etc.) sont venus s’ajouter ceux issus de l’industrialisation. Mais en 1913, comme aujourd’hui, le commerce international s'est fortement polarisé autour de l’Europe (58,5% du commerce mondial) et de l’Amérique du Nord (14%). Pour autant, il n’y avait plus de superpuissance commerciale.

En établissant la part des exportations d'un pays donné dans les exportations mondiales en 1913, on obtient ces chiffres :

  • Le Royaume-Uni assurait 14% des exportations mondiales

  • Les Etats-Unis assuraient 13% des exportations mondiales

  • L'Allemagne assurait 13% des exportations mondiales

  • La France assurait 7% des exportations mondiales

La domination britannique était devenue plus monétaire et financière qu'industrielle.

La structure par produits des échanges a été mise en avant par Bairoch. Il a constaté que les pays industriels achètent principalement des produits primaires (80% de leurs importations) et vendent surtout des produits industriels (60% de leurs exportations).

II

Les débats relatifs à la politique commerciale

Le libre-échangisme a eu plus d’écho dans les nations les plus anciennement industrialisées (Royaume-Uni, et France) alors que l’appel au protectionnisme a été plus virulent en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon. D’où l’existence de trois types de politiques commerciales au XIX ème siècle:

  • Adhésion durable au libre-échange au Royaume-Uni de 1846 à 1931

  • Conversion momentanée au libre-échange à la suite de l’initiative britannique, avant un retour plus ou moins rapide au protectionnisme dans les dernières décennies du XIXème siècle en Allemagne et en France

  • Attachement durable au protectionnisme, avec une alternance d’assouplissement et de durcissement tarifaires aux Etats-Unis

A

Le courant libre-échangiste

1

Les origines

Le courant libre-échangiste trouve son origine au XVIII ème siècle avc la pensée physiocrate. Quesnay préconisait l’abolition des droits de douane qu’il considère comme contraires à l’ordre naturel des choses. Le libre-échange permet d’éliminer les surproductions agricoles et d’obtenir plus facilement un juste prix pour les produits.

2

Son développement en Europe

Le traité Eden-Rayneval signé en 1786 est le premier traité de libre-échange franco-anglais. Il a permis la diminution des droits de douane. Fondé grâce aux écrits des auteurs classiques, le discours libre-échangiste reprit vigueur en Grande-Bretagne vers 1835 sous l’influence des industriels britanniques. Plusieurs inconvénients des droits de douane avaient été mis en avant:

  • Ils élèvent artificiellement le prix des matières premières importées

  • Ils suscitent des réactions protectionnistes à l’étranger, donc des limitations de débouchés à l’exportation

  • Ils contribuent à la cherté du pain et des denrées alimentaires, ce qui renchérit le coût du travail

A partir de 1836, des associations s’élevèrent contre les Corn Laws, les lois anglaises taxant les céréales importées. L'Anti-Corn Law League, constituée en 1839, sous la houlette de Cobden. A la suite de la famine irlandaise de 1845-1846, le Premier ministre Robert Peel consentit finalement l’abolition des Corn Laws en 1846. Cette avancée fut le début d’un abandon progressif de la protection douanière de la part de la Grande-Bretagne. En 1849, le Navigation Act de Cromwell qui datait de 1651 et assurait le monopole du pavillon fut abrogé.

L'influence des idées libre-échangistes en France apparut à partir des années 1830. La France et l'Angleterre signent leur second traité de libre-échange en 1860 sous Napoléon III. Il s'agit du traité Cobden – Chevalier où les deux pays se consentirent mutuellement la «clause de la nation la plus favorisée ».

Définition : Clause de la nation la plus favorisée

C’est le principe selon lequel un pays qui accorde à un autre pays cette clause s’engage à lui faire bénéficier automatiquement de toute réduction de droits de douane qu’il accorderait à un 3ème pays.

3

Un coup d’arrêt

Durant la Grande Dépression de 1873 à 1896, l'agriculture des pays neufs, aggravée par la baisse des coûts de transports, accentuent la concurrence entre les pays. Cette crise fut à l’origine d’une remise en cause rapide du libre-échangisme. C'est pourquoi, l’Allemagne durcit sa politique commerciale à partir de 1879. En France, le retour au protectionnisme ne s’opéra véritablement qu’au cours de la décennie 1890 avec notamment la loi Méline. La loi Méline de 1892 imposa un relèvement des tarifs douaniers, notamment pour protéger l’agriculture France.

4

Le protectionnisme en Angleterre ?

A partir des années 1880, des tendances protectionnistes apparurent au Royaume-Uni. Constituée en 1881, la Fair Trade League a suggéré, sans succès, l’instauration d’un commerce loyal reposant sur une réciprocité de traitement, c'est-à-dire des droits de douane compensateurs appliqués à l’égard des pays protectionnistes. Marshall soulignait l’intérêt que représente, à l’égard de la compétitivité des entreprises, l’aiguillon exercé par la concurrence. Il faudra attendre les années 1930 pour voir le Royaume-Uni renoncer durablement au libre-échange.

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Et aux Etats-Unis?

Les Etats-Unis sont toujours restés protectionnistes. Le parti démocrate, fortement implanté dans les Etats du Sud exportateurs de produits agricoles, favorable au libre-échange, s’est régulièrement heurté au parti républicain représentant les intérêts des Etats industriels du Nord-Est et partisans d’un solide protectionnisme douanier. Les droits de douane furent portés à 49% en moyenne avec le tarif MacKinley en 1890, à 57% avec le tarif Dingley en 1897 et à 44% en 1913 avec le tarif Underwood.

Bairoch définira le monde de 1815 comme « un océan de protectionnisme cernant quelques îlots libéraux ». Cette définition est encore plus valable en 1913.

B

Le courant protectionniste

1

Ses origines

Le courant protectionniste apparaît du XVIème siècle au XVIIIème siècle avec les mercantilistes. Dans cette optique, l’intérêt d’un pays est d’acquérir de l’or grâce à une balance commerciale excédentaire, ce qui suppose de limiter les achats effectués à l’étranger et de protéger les activités nationales.

List préconise un protectionnisme éducateur avant d’adopter le libre-échange. En effet, le Royaume-Uni avait eu recours au protectionnisme avant de devenir une puissance industrielle. Pour développer ses forces productives, l’économie nationale doit être protégée. Une fois l’industrie installée, il est alors envisageable de libéraliser le commerce extérieur.

2

La relation entre protectionnisme et croissance des échanges

Comme l’a montré Bairoch, il ne faut pas exagérer l’influence négative supposée du protectionnisme de la fin du XIX ème siècle sur le développement du commerce international. Malgré une remontée des droits de douane, il y eut une nette reprise du commerce international entre 1896 et 1913.

III

Les facteurs spontanés de la croissance des échanges

Il convient de relativiser l’incidence des politiques commerciales sur le déroulement du commerce international. Même si l’ouverture a quelque fois été contrainte, il apparaît que des facteurs spontanés de cette croissance ont été plus décisifs.

A

La découverte de gisements aurifères

En Californie, en Alaska et en Afrique du Sud, la découverte de gisements aurifères a favorisé un accroissement de la circulation monétaire et dopé les échanges internationaux. Entre 1885 et 1913, la masse monétaire mondiale a été multipliée par 2,3.

B

La révolution des transports

La révolution des transports a favorisé les échanges mondiaux. Les navires à vapeur ont progressivement remplacé les voiliers à partir des années 1850. Les trajets ont été raccourcis grâce au percement des canaux inter-océaniques (exemple : Suez en 1869, Panama en 1914). Les chemins de fer sont désormais constitués en réseaux continentaux (exemple : tunnel du Saint-Gothard en 1882). L'abaissement des coûts des transports ont plus que compensé le relèvement des tarifs douaniers.

C

Création des premiers marchés de matières premières

La création des marchés de matières premières a fait apparaître de nouvelles techniques de négociation. Le Chicago Board of Trade, fondé en 1848, concerne les céréales et a fait naître l’apparition de la pratique des opérations à terme.

D

Le colonialisme

Le colonialisme a repris vigueur au cours du XIXème siècle. Ses retombées commerciales sont immédiates dans la mesure où les échanges effectués avec les colonies sont comptabilisés dans le commerce extérieur des grandes puissances. Exemple : achèvement de la conquête de l’Algérie en 1857 ; protectorat sur la Tunisie en 1882 ; protectorat sur le Maroc en 1912.

Pour autant, comme l’a fait remarquer Marseille, le poids des colonies dans les échanges extérieurs français ne doit pas être surestimé: en 1913, la métropole ne tirait que 9,5% de ses importations de ses colonies et n’y écoulait que 13,3% de ses exportations.

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