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Chapitre 6 :
La théorie du commerce international: l'apport classique

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La théorie du commerce international: l'apport classique
I

L'apport de Smith

Il faut considérer deux pays produisant chacun deux biens. Chacun des pays est caractérisé par une productivité propre pour la production de chacun des biens. Un pays dispose d'un avantage absolu pour la production d'un bien s'il peut produire ce bien pour un coût inférieur à celui d'un autre pays.

Pour Smith, ces deux pays ont intérêt à échanger s’ils disposent tous les deux d’avantages absolus. Dans ce cas leur productivité pour la production d’une marchandise est supérieure à celle des autres pays. Chaque pays se spécialise dans la production des biens pour lesquels il dispose des coûts de production les plus faibles. Chaque pays a intérêt à exporter les biens qu’il produit de façon plus efficace que ses pays voisins et importer les autres types de biens.

Limites

Un pays dont les coûts de production sont plus élevés que ceux de l'ensemble de ses partenaires ne peut pas, si l'on s'en tient à l'argument de Smith, exporter de façon profitable. Cette théorie ne permet pas de comprendre pourquoi un pays qui serait plus efficace dans la production de tous les biens aurait tout de même intérêt à entretenir des relations commerciales avec ses pays voisins.

II

L'apport de Ricardo

L'avantage comparatif est une théorie développée par Ricardo pour le commerce international. C'est une évolution dans la continuité de la théorie de Smith et sa théorie de l'avantage absolu. Cette théorie veut que deux pays peuvent commercer, même si ces derniers n'ont pas d'avantage absolu différent. De son coté Adam Smith développe qu'il faut produire là où on est le meilleur afin commercer avec un pays ayant un avantage absolu différent du sien. David Ricardo pense que deux pays ont toujours un moyen de commercer grâce à l'avantage comparatif.

Par exemple, Yang peut produire 600 kg de riz dans sa rizière ou élever 600 poulets durant une année. Lee peut lui produire 500 kg de riz dans sa rizière ou 250 poulets d'élevage durant l'année.

Yang a l'avantage absolu dans les deux cas, mais s'il décide de produire 300 kg de riz, il ne peut plus produire que 300 poulets car il doit partager sa capacité de production par 2.
Lee a l'avantage absolu dans aucun des cas mais la théorie de Ricardo prouve que les deux ont tout intérêt à commercer l'un avec l'autre, en se spécialisant tous les deux dans le produit pour lequel ils ont l'avantage comparatif.
Si Yang et Lee décident de ne pas s'échanger, en dépensant une capacité équivalente pour chaque produit, ils peuvent produire respectivement 300 kg de riz avec 300 poulets et 250 de riz avec 125 poulets. On a donc un total de 550 de riz et 425 poulets.

Ricardo propose de calculer le coût d'opportunité pour chaque produit:

  • Si Yang veux produire 10 poulets, il renonce à 10 kg de riz. S'il produit 10 kg de riz, il perd 10 poulets.

  • Si Lee veux produire 10 poulets, il renonce à 20 kg de riz. S'il produit 10 kg de riz, il perd 5 poulets.

Yang a donc un meilleur avantage comparatif sur le poulet, en effet, il perd 1 de riz en produisant 1 poulet, tandis que Lee perd 2 de riz en produisant 1 poulet.

De son coté, Lee a un avantage comparatif sur le riz, il perd 0,5 de poulet en produisant 1 de riz tandis que Yang perd 1 de poulet en produisant 1 de riz.

Si les deux décident d'échanger et de se spécialiser, là où ils ont un avantage comparatif, ils peuvent produire en tout 500 kg de riz et 600 poulets. La production totale serait donc bien meilleure que si

Yang et Lee produisaient chacun de leur coté.

Ricardo a étendu cette théorie au commerce international. Si les pays se spécialisent dans un secteur où ils ont un avantage comparatif et qu'ils échangent librement entre eux, ils bénéficient tous de ce système.

Limites

La théorie de Ricardo est un fondement de la théorie du commerce international, mais elle est maintenant dépassée. En effet, cette théorie ne prend pas en compte les coûts annexes, comme le coût du transport, le chômage, la libéralisation du capital, ou encore les taxes de douanes. A sa décharge, la libéralisation du capital n'était pas développée à l'époque de Ricardo et lui même ne pensait pas que l'argent pouvait traverser les frontières. La mondialisation met donc à mal sa théorie, mais elle reste utile pour comprendre la logique du commerce international.

III

L'apport de Mill

La théorie des valeurs internationales de Mill postulent que si la demande mondiale d'un bien est forte, le prix qui va se fixer dépendra des conditions de production les plus défavorables et le gain commercial s’en trouvera accru d’autant pour le pays qui possède les meilleures conditions de production. A l'inverse, si cette demande est faible, le prix se rapprochera de celui des conditions de production les plus favorables et le gain commercial de ce dernier sera alors réduit.

Ricardo ne s’est pas interrogé sur les conséquences des spécialisations internationales. Chaque pays est voué à vendre éternellement la production pour laquelle il s'est spécialisé, de telles spécialisations sont inévitablement créatrices d’inégalités de développement. C’est ce qu’ont confirmé les travaux de Bairoch: les écarts de niveaux de développement à travers le monde étaient relativement faibles au milieu du XVIII ème siècle alors qu’ils n’ont cessé de croître depuis les débuts de l’ère industrielle. L’industrialisation de certains pays a parfois reposé sur la désindustrialisation d’autres pays.

Finalement la théorie ricardienne de l’échange international apparaît datée en cela qu’elle ne considère que le commerce inter-branches et jamais intra-branche. Or, de plus en plus le commerce international comprend des échanges intra-branche de pays à pays. Selon une étude réalisé par l’OMC en 2008, un peu plus de 50% des exportations allemandes vers la France portent sur des biens que la France produit également et vend parfois à son voisin.

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