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Chapitre 14 :
La récurrence des crises économiques et financières depuis 1990

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La récurrence des crises économiques et financières depuis 1990
I

Le précédent de la crise japonaise (1991-2003)

A

La crise

Au Japon, il y eut la formation d’une bulle financière spéculative qui portait sur les actions des sociétés cotées en Bourse, les valeurs immobilières et le foncier.

Définition : Bulle spéculative

La bulle spéculative caractérise l'augmentation cumulative anormale du cours d’un actif financier ou non financier, principalement par la croyance des opérateurs à une poursuite de la hausse.

De 1989 à 1991, l'indice Nikkei cédait de 60%. De 1991 à 2000 le taux de croissance annuel réel du Japon était de 1,5% alors qu'il était de 4% avant la crise. Alors que le pays connaissait un taux de chômage de 2,5% de la population avant la crise, il a été confronté à un sous emploi prononcé avec un taux de chômage de plus de 5% après 1998. Le Japon a connu jusqu’en 2004, une situation ouvertement déflationniste. Le seul point positif fut le maintien d’un important excédent courant malgré l’appréciation du yen par rapport au dollar et la faible intégration commerciale au reste du continent asiatique.

B

Les réponses à la crise

Les réponses furent des politiques keynésiennes. De 1991 à 2003, onze plans de relance ont été à l’origine de la formation d’un très important déficit budgétaire et d’un énorme endettement public. Parallèlement, la politique monétaire a été considérablement assouplie avec parfois, des taux d'intérêt ramenés à 0%. Ces mesures, uniquement conjoncturelles, ne répondaient pas aux véritables défauts structurels de l’économie japonaise.

L’éclatement de la bulle spéculative a révélé la faiblesse du système bancaire nippon: durant le boom des années 1980, il a laissé se former un endettement excessif constitué de nombreuses créances douteuses. Jusqu’aux réformes entreprises à partir de 1997, il est demeuré cloisonné, ce qui fut à l’origine de pertes financières importantes et de faillites bancaires.

On note l'épuisement du modèle social japonais reposant sur le diplôme, l’emploi à vie, le salaire à l’ancienneté, le refus du chômage. De plus, le pays connaît un grave problème de vieillissement de la population. Les travailleurs âgés prolongent leur activité, ce qui accroît le chômage des jeunes.

II

La crise de la Bulle Internet de 2000 à 2002

La crise de la nouvelle économie éclate en mars 2000 avec la chute du NASDAQ.

Définition : NASDAQ

Le NASDAQ (National association of securities dealers automated quotation) est le marché américain des valeurs des sociétés opérants dans le domaine des nouvelles technologies.

Durant la crise, la valeur des actions cotées sur ce marché chuta de 78% en raison d'une forte spéculation sur les valeurs de la «nouvelle économie».
La crise s'est déclenchée à la suite de l'annonce de l’accumulation des difficultés rencontrées par les start up du commerce électronique. Cette secousse s’est accompagnée de faillites et de débâcles. Exemple : Worldcom en 2002, Enron en 2001.
Les autorités monétaires, en réduisant les taux d’intérêt, ont permis un endettement sans précédent des ménages américains. La loi américaine Sarbanes-Oxley de 2002, votée après les scandales d'Enron et de Worldcom, a simplement essayé de réglementer le travail d’audit et d’instaurer les conditions d’une meilleure information interne dans les firmes.

III

La crise des subprimes

A

Les facteurs de la crise

Suite à l'éclatement de la bulle internet et de l'attentat du 11 Septembre, les liquidités sont devenues abondantes et les taux d’intérêt faibles aux Etats-Unis. Les banques ont alors cherché à jouer sur l’effet de levier, n’hésitant pas à investir dans des activités, éventuellement risquées, qui offraient de hauts rendements. L'Abondance de liquidités a également été provoquée par l’accumulation d’importants excédents courants grâce aux pays émergents.

Définition : Effet de levier

L'effet de levier explique le taux de rentabilité comptable des capitaux propres en fonction du taux de rentabilité après impôt de l'actif économique et du coût de la dette.

Après le krach de 2000-2002, les investisseurs se détournant de l’high tech ont recherché de nouvelles formes de placement offrant une rentabilité élevée. Ils se sont alors tournés massivement vers le marché des subprimes, un marché hypothécaire gagé sur la valorisation des biens immobiliers achetés à crédit par les ménages américains offrant de faibles garanties de remboursement. Entre 2001 et 2006, le volume de ces prêts a été multiplié par 7. Bénéficiant de bas taux d’intérêt, les ménages américains ont été incités à s’endetter. Ce processus s’est accompagné d’un développement de la titrisation des créances détenues sur les ménages.

Définition : Titrisation

La titrisation est une technique financière qui consiste classiquement à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances, en transformant ces créances par le passage à travers une société ad hoc, en titres financiers émis sur le marché des capitaux.

La titrisation engendre cependant un risque systémique. C’est ce qui s’est produit quand, au cours de l’année 2006, le marché immobilier américain s’est retourné à la baisse.

Définition : Ratio Cooke

Introduit en 1988 par le Comité de Bâle, le ratio Cooke impose aux banques à vocation internationale de conserver un rapport égal à 8% entre le montant de leurs fonds propres et celui de leurs engagements pondérés en fonction de la nature des risques.
Relativement peu contraignant, il n’a pas empêché les établissements bancaires à distribuer généreusement du crédit. En 2006 puis en 2010, il fut d’ailleurs nécessaire de définir de nouveaux ratios («Bâle II» et «Bâle III») plus contraignants que les précédents.

B

La chronologie de la crise

  • 2006 : retournement du marché immobilier aux Etats-Unis
  • Juillet 2007 : la crise des subprimes éclate lorsque la banque d’affaires Bear Stearns annonce d’importantes dépréciations d’actifs détenus par deux de ses hedge funds. Wall Street et les autres places financières baissèrent fortement
Définition : Hedge funds

Les hedge funds sont des fonds d'investissement non côtés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées et qui utilisent abondament les produits dérivés, en particuliers les options. Ils se servent de l'effet de levier.

  • Septembre 2007 : les banques, devenues méfiantes les unes à l’égard des autres, refusèrent de s’accorder mutuellement de nouveaux crédits et on assista à une première crise de liquidités, à laquelle la Fed et la BCE réagirent en injectant de l’argent frais sur le marché monétaire. Elles remplirent leur rôle de «prêteur en dernier ressort»
Définition : La théorie du prêteur en dernier ressort

Bagehot Lombard explique que le rôle d’une banque centrale confrontée à un risque d’insolvabilité de plusieurs banques secondaires pouvant conduire à leur faillite doit consister à leur offrir rapidement des liquidités.

  • Janvier 2008 : Bush lance un plan de relance de l’économie américaine de 150 milliards de dollars. Entre janvier et avril la FED abaissa à plusieurs reprises ses taux directeurs
  • Début septembre 2008 : Freddie Mac et Fannie Mae, deux établissement publics spécialisés dans le refinancement immobilier, furent mis sous tutelle
  • 15 Septembre 2008 : Accélération dont le détonateur a été l’annonce de la faillite de Lehman Brothers, 4ème banque d’affaire des Etats-Unis. Sur le plan de l’histoire économique mondiale, cette date est désormais placée sur le même rang que celle du 24 octobre 1929 (jeudi noir).

Le lendemain, la « Fed » prit plus de 80% du capital de l’assureur AIG. Ces annonces provoquèrent un affolement généralisé, une plongée des bourses mondiales et un nouvel assèchement des liquidités sur les marchés interbancaires. Ce cercle infernal de défaillances rappelle ce que Fisher avait décrit lors de la Grande Crise comme un processus de «déflation par la dette».

Les agents endettés sont contraints de vendre, voire de brader, des actifs financiers ou les biens qu’ils produisent ou qu’ils détiennent pour obtenir des liquidités ou rembourser leurs dettes. Ce faisant, ils contribuent à entretenir la baisse des prix des actifs et des biens, ce qui accroît la valeur réelle des dettes et oblige à des ventes accrues d’actifs ou de biens. Le cercle vicieux de la déflation est enclenché

  • Octobre 2008 : Octroi d’aides publiques massives destinées à sauver le système bancaire mondial. Le 3 octobre, le Congrès américain accepta le plan Paulson, préparé par le secrétaire d’Etat au Trésor, accordant 700 milliards de dollars d’aide au secteur bancaire sous forme de rachat de créances douteuses. Le lendemain les dirigeants des quatre principaux pays de l’Union européenne ( Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni) reconnurent également la nécessité de lever les contraintes budgétaires inscrites dans le Pacte de stabilité et de croissance. D’un montant de 1700 milliards d’euros, le plan de sauvetage bancaire européen donna lieu à des annonces nationales simultanées (360 milliards d’euros pour la France).

  • Fin 2008 : La crise est devenue économique avec l’entrée en récession des grandes économies développées et une remontée inquiétante des chiffres du chômages. Aux Etats-Unis, le taux de chômage atteignant 10% de la population active. En France, la barre des 2 millions de chômeurs a été repassée en octobre 2008.

  • 2009 : sur le plan de la croissance économique, 2009 restera une année noire. Les pays développés ont connu une croissance négative de 3,7% en termes réels, de -5,1% en Allemagne, de -2,5% en France et de -3,5% aux Etats-Unis. Comparativement, les économies émergentes et en développement s’en sont mieux sorties avec une croissance moyenne de +2,8%, essentiellement du fait des performances de la Chine (+9,2%) et de l’Inde (+6,8%).

C

Les causes profondes de la crise

Pour Aglietta la crise est liée au marché des actifs financiers qui n’obéit pas aux mêmes lois que celui des autres biens et services. Sur les marchés financiers, l’augmentation des prix des actifs ne dissuade pas leur demande dans les phases de spéculation intense.

Dans ces conditions, les prix ne remplissent plus leur rôle de régulation et il faut rejeter l’idée selon laquelle il existerait une efficience des marchés financiers, c'est-à-dire que les actifs ne sont jamais surévalués ou sous-évalués. La crise Internet puis celle des subprimes ont fait voler en éclats l’idée selon laquelle la libéralisation des marchés de capitaux à laquelle on a assisté depuis les années 1980 aurait amélioré sur le long terme l’efficience des marchés financiers.
Keynes quant à lui compare la Bourse à un casino.

À travers la métaphore du concours de beauté, Keynes explique que la spéculation repose fondamentalement sur des comportements mimétiques qui font perdre en définitive de vue la valeur réelle de ce qui s’échange. La spéculation est tout le contraire d’un calcul rationnel fondé sur une perspective de rendement.

Il y a un principe de découplage entre ce que l’on appelle aujourd’hui l’économie réelle, ici assimilée à l’entreprise, et l’économie financière qui se trouve assimilée à la spéculation. De plus en plus, la seconde tend à prendre de l’importance par rapport à la première. Keynes dénonce les «esprits animaux» qui, dans les prises de décisions économiques, l’emportent sur le calcul rationnel.

D

Les implications et conséquence de la crise

1

La prise en compte des leçons de l’histoire économique

Les gouvernements ont évité de renouveler les principales erreurs qui furent commises lors de la crise de 1929, notamment celles qui consistèrent à laisser sombrer les établissements financiers , à recourir rapidement au protectionnisme et à pratiquer, durant les premières années de la crise, des politiques déflationnistes consistant à favoriser des baisses de prix et à élever les taux d’intérêt pour encourager l’épargne.

Keynes avait vigoureusement combattu le recours à la déflation dès les années 1920, selon lui «de nature à soigner le malade en le faisant mourir». Avec adoption de plans de relance et de soutien à l’activité économique, on a parlé d’un retour de Keynes durant la crise des subprimes.

Les pays de l’Union européenne décidèrent en commun le principe d’une relance économique mais celle-ci s’effectua de manière dispersée :

  • La Grande-Bretagne fit le choix, à travers la baisse des taux de TVA, d’une relance par la consommation.
  • La France, avec un plan d’un montant total de 26 milliards d’euros arrêté en décembre 2008, fit celui d’une relance centrée sur l’investissement.
  • L’Allemagne, touchée plus tardivement mais finalement très durement, ne décida qu’en janvier 2009 d’un plan de relance. D’un montant de 50 milliards d’euros, il a été également centré sur l’investissement.

Dans ces pays, le secteur automobile, durement touché par la contraction du crédit, a bénéficié en 2009 et 2010 de plans d’aide sous la forme de «primes à la casse».

  • Barack Obama, président nouvellement élu, parvint à faire voter par le Congrès dès février 2009 un plan de relance de 787 milliards de dollars.
  • En novembre 2008, la Chine avait elle aussi procédé à un plan de relance, équivalent à 455 milliards de dollars.
2

La nécessité d’une régulation de l’activité financière

Il y a eu consensus entre plusieurs pays pour éviter de telles crise. Les idées phares furent la nécessité d’une régulation portant sur :

  • La réglementation des marchés de «produits dérivés»
  • L’activité des hedge funds
  • Les risques systémiques de la finance
  • Les paradis fiscaux
  • La protection des consommateurs face aux pratiques prédatrices relatives au crédit
Définition : Paradis fiscal

Un paradis fiscal est un pays ou un territoire à fiscalité réduite ou nulle, c'est-à-dire où le taux d'imposition est jugé très bas en comparaison avec les niveaux d'imposition existant dans les pays de l'OCDE.

Les paradis fiscaux abritent de nombreux fonds spéculatifs participant à la formation des bulles précédemment décrites et ils privent les Etats de recettes fiscales.

3

Les premières décisions

Les premières décisions allant en ce sens sont intervenues lors des sommets du G20 de Londre et de Pittsburgh en 2009. En 2010, Obama a fait voter une réforme importante de Wall Street.

Le sommet de Londres a décidé d’un renforcement du FMI notamment dans les domaines de la prévention de crises financières et de la lutte contre les paradis fiscaux. A la suite des propositions faites par le Comité de Bâle, le G20 de Séoul a décidé la mise en oeuvre de nouvelles normes prudentielles («Bâle III») s’appliquant aux banques.

Elles fixent à 7% le ratio à respecter entre les fonds propres et l’ensemble constitué des crédits distribués. La loi américaine du 15 juillet 2010, le Dodd Frank Act, relative à la régulation de l’activité financière, a créé une agence de protection des consommateurs face aux pratiques financières frauduleuses. Au sein des banques, le Dodd Frank Act crée une séparation entre les activités de trading et les activités traditionnelles des banques de dépôts et des banques d’affaires.

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