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Chapitre 8 :
La Grande dépression

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La Grande dépression

Taïeb et Marcel considèrent la grande dépression comme la première crise moderne.
Une crise précédée par une phase d’essor, de 1850 à 1873, qui correspond au Second Empire et suivie d’une phase d’essor économique, la Belle époque de 1895 jusqu’à 1914.

Pourquoi est-ce une crise moderne ?
Il s'agit d'une crise qui connaît en elle-même 3 crises économiques. Elle a un caractère quasi-universel de l’Europe jusqu’en Argentine. Le point de départ de la crise n’est pas agricole mais provient de crises bancaires et financières qui révèlent les crises industrielles.

Landes considère l’expression « grande dépression » pas adéquat car la croissance économique s’est poursuivie au cours de cette période mais à rythme décroissant. (Relève d’un cycle majeur et non long.)

L’école de la Régulation, amenée par Boyer, considère que la grande dépression ne traduit pas encore la fin du mode de régulation qui caractérisait le XIXème siècle : le mode concurrentiel. Il traduit les difficultés de ce mode de régulation concurrentiel. La nature du mode de régulation ne change pas mais est chahutée, le capitalisme n’a pas été mis en cause. C’est une crise de régulation et non une crise de mode de régulation .

I

La grande Dépression se caractérise surtout par une baisse des prix

Elle se déroule en 3 phases :
* 1873-1882: le choc initial
* 1882-1886 : la crise se creuse
* 1890-1895 : la crise persiste

A

La première phase est le choc initial

En 1873, le choc est arrivé en Allemagne et en Autriche lorsque la bourse allemande s’effondre et s’accompagne de faillites en Autriche. Plus tard, aux Etats-Unis, la grande firme Jay-Cook s'effondre. En Angleterre, les banques qui portent le même nom font faillite.
Ces difficultés découlent des mauvais résultats des compagnies de chemin de fer : les vagues spéculatives s’effondrent et les attentes sont déçues.
Aux Etats-Unis, la faillite de Jay-Cook déclenche la panique, c'est l'hécatombe des compagnies de chemin de fer. Les coûts salariaux doivent baisser pour échapper à la faillite. Dans la continuité, le système bancaire est touché, la bourse de New York s’effondre et ferme pendant 10 jours. Ces crises bancaires se traduisent par un phénomène déflationniste puisque les prix chutent de 20%.
Vers 1878, on est sur la fin de cette crise.

B

En 1882, la crise se creuse

Elle a lieu en France avec la faillite de l’Union générale, banque française. Au même moment, la France connaît une crise politique puisque le gouvernement de Gambetta est renversé en 1882. La confiance envers la France diminue et les capitaux partent à l’étranger.
Certaines banques dont le Crédit Lyonnais perdent la moitié de leurs dépôts. De plus, l’état français fortement déficitaire remet en question ses dépenses publiques, notamment les travaux publics. De nombreuses faillites sont constatées, surtout dans le secteur du chemin de fer. Les cours s’effondrent à Lyon et Paris traduisant cette crise de confiance. La crise ne peut que perdurer.
La France connaît également une crise agricole, essentiellement liée à la concurrence des Etats-Unis et des pays neufs.
Les autres pays sont eux-mêmes touchés : les prix ont baissé de 30 à 40% (déflation économique.) Crise plus intense et plus générale.

Dans cette seconde phase, c’est avant tout une crise boursière qui débute aux Etats-Unis. Elle s'est traduite par le combat entre 2 compagnies de chemin de fer américaines : l’Union Pacific et la Northern Pacific. On surenchère sur la baisse des prix et la concurrence boursière, on spécule à la baisse du cours de l’entreprise concurrente pour l’éliminer.
Le pays connaît des faillites en chaîne: 575 banques sur 3000 banques nationales ferment.

La crise a été également aggravée par de mauvaises récoltes en 1883. Les denrées deviennent rares et leur prix grimpe en flèche.
Pour s’en sortir, les Américains ont subi une baisse de 30% sur le salaire. La crise a éliminé les entreprises les plus fragiles pour laisser place à une plus forte concentration des entreprises du pays. Les entreprises n'hésitent pas à adopter des stratégies anti-concurrentielles comme des ententes pour se répartir le marché.

C

La crise persiste en 1890

La situation en Argentine se dégrade en raison de mauvaises récoltes et de difficultés liées à la crise politique. La Grande-Bretagne voit ses exportations vers le pays diminuer de 30 millions de dollars. L’Australie connaît aussi les mêmes difficultés que l’Argentine mais à un degré moindre. L’Angleterre doit accepter une baisse des salaires de 15% et un taux de chômage supérieur à 15%. C'est à cette période que le parti travailliste se forme.

Parallèlement, le marché américain, qui commence à se relever, commence également à se fermer de plus en plus. La crise sociale est un fait rare aux Etats-Unis, mais le fort taux de chomage va multiplier les grèves.

II

Son ampleur demeure limitée

Au niveau des branches d’activité, toutes ne sont pas touchées par la crise. Cela concerne particulièrement les branches les plus fragiles comme l’agriculture. Les industries traditionnelles comme le textile sont très touchées. Le chemin de fer l'est aussi, mais il demeure l’industrie motrice.
Si on prend le cas des Etats-Unis : la production de fonte (liée au chemin de fer) a quand même augmenté de 127% sur cette période.
Les industries de la seconde révolution industrielle sont épargnées: la chimie, l'électricité, l'aluminium.

Par pays, certains sont plus touchés que d’autre. Les premiers pays de la révolution industrielle sont plus touchés tandis que les Late Comers le sont moins. Ceci s’observe par la croissance de la production industrielle durant la crise:
* Grande-Bretagne : 1.8% /an
* France : 1,6% /an
* Etats-Unis : 3,9% / an
* Allemagne : 3,1 % /an

III

La voie de sortie conduit à une intervention de l’Etat limitée

La théorie dominante reste la théorie classique et néo-classique. Pour elle, la crise n’existe pas. S’il y a crise, elle est de nature exogène. L’Etat n’a pas lieu d’intervenir.

L'action de l'Etat s'est limitée à contrôler les échanges avec l'extérieur. En Allemagne, le tarif Bismarck se traduit par l’augmentation des droits de douane. En France, le Tarif Méline augmente également les droits de douane. Seule l’Angleterre est véritablement libre-échangiste. Aux Etats-Unis, l'Interstate Commerce Act, interdit le dumping ou le partage de marchés entre compagnies de chemin de fer et veut contrôler la concurrence des entreprises.

IV

Elle peut être perçue comme une crise de régulation

La crise a bousculé le mode de régulation mais ne l'a pas fait plier :
- Régime d’accumulation : après la crise on tend vers une accumulation de plus en plus intensive
- Pas de réelle modification en terme d'intervention de l’Etat, elle reste limitée
- Les relations internationales : il y a un passage de témoin entre la puissance anglaise et les Etats-Unis
* Rapports salariaux : le salaire réel a augmenté et le salaire nominal est constant
* Concurrence : elle est en pleine métamorphose puisque le progrès technique impose la grande taille et non l’atomicité des entreprises
* Au niveau monétaire : il n'y a pas de remise en cause du système étalon. Même si l’or est la référence, on utilise comme monnaie internationale la livre

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