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Chapitre 9 :
La crise de 1929

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La crise de 1929
I

La crise de 1929 : les faits

A

De la crise boursière à la crise économique mondiale

La crise se déclenche le 24 octobre 1929, désormais appelé «jeudi noir», suite à un mouvement massif de baisse des cours.

La période de prospérité après 1921 se traduit par une hausse des profits des entreprises et une augmentation des cours de la bourse de New York. Cependant, cette hausse fut disproportionnée, ainsi entre 1921 et 1929 la hausse de la production industrielle atteint environ 50%, dans le même temps, l’indice du cours des actions augmente de 300%.

Denizet a expliqué que, sur les marchés financiers, ce sont les phénomènes de contagion, d’imitation et d’influence réciproque qui l’emportent. Ceux sont des comportements opposés à ceux qui fondent la rationalité du marché. Ce qui veut dire que dans le cas de mouvement spéculatif à la hausse, la hausse du prix coté, au lieu d’amener la baisse de la demande et la hausse de l’offre amènera le contraire.

B

De la crise boursière à la dépression aux Etats-Unis

Trois effets se sont conjugués :
Perte de confiance qui a modifié les comportements des agents économiques en termes d’investissement
Certains entreprises ont perdu des sommes importantes et se sont trouvées en situation de faillite
La baisse de la valeur des actions a entraîné un appauvrissement des agents économiques, ce qui s'est répercuté sur leur demande

L’automobile et l’immobilier, deux piliers de la croissance des années 1920, vont être fortement touchés par la raréfaction du crédit. De surcroît, la baisse de la masse salariale et la chute de l’investissement se traduisent par une nouvelle baisse de la demande qui entraîne une nouvelle baisse des prix et de la production et ainsi de suite. Dans ce cas là, Fisher parle de spirale déflationniste
En dollars courants, le PNB diminue de près de moitié entre 1929 et 1933 mais seulement de 30% en dollars constants, compte tenu de la forte baisse des prix. Entre 1929 et 1932, la production industrielle diminue de près de moitié.

C

De la crise américaine à la crise mondiale

L'extension de la crise s’explique par le poids dominant de l’économie américaine dans l’économie mondiale. Ainsi, en 1929, la production industrielle des Etats-Unis représente 45% de la production industrielle mondiale et leurs importations 12,5% des importations mondiales.
Cette transmission se fait par le biais de deux canaux : le commerce d’abord mais aussi les mouvements de capitaux.

D

Le rôle du commerce

La récession américaine se traduit par baisse des importations américaines et donc des exportations des autres pays. Cela implique directement une baisse de la demande dans ces pays, donc un ralentissement de la production et de la croissance. Puis, le ralentissement de la croissance se répercute à son tour sur leurs importations et donc sur des exportations ; on assiste à un mouvement cumulatif de baisse des échanges extérieurs et des productions nationales.
Les politiques menées cherchent à exporter le chômage dans les autres pays en essayant de développer ses exportations et de freiner ses importations par le biais de politiques de déflation ou de dévaluation, mais aussi de plus en plus par le recours au protectionnisme.

E

Le rôle des mouvements de capitaux et la crise financière internationale

Avec la crise boursière, les capitaux vont avoir tendance à se raréfier. Le 14 mai 1931, la Kredit Anstalt de Vienne cesse ses paiements ; il s'agit d'une quasi-faillite du système bancaire autrichien puisqu'il s’agit de la plus grande banque autrichienne.
Le 20 juillet 1931, une des principales banques de Berlin a perdu 220 millions de marks dans la faillite du consortium lainier de l’Allemagne du Nord. L’Etat doit intervenir après la ruée des déposants dans les banques.
D'Allemagne la crise financière se répercute en Grande-Bretagne qui connaîtra à partir de juillet d’importants retraits de fonds. Ces difficultés vont obliger l’Angleterre à abandonner l’étalon or et à dévaluer de fait la livre en la laissant flotter. Cette décision est suivie par de nombreux pays liés à la Grande-Bretagne, ce qui précipite la chute du système monétaire international et conduit à un processus de dévaluation généralisé accentuant la contraction des échanges mondiaux.

Cette crise financière internationale entraîne dans la plupart des pays une crise du crédit qui ne fait qu’accentuer les difficultés économiques et renforcer les tendances dépressionnistes. Ainsi, elle aboutit à la dislocation du système financier et monétaire international ; les grandes monnaies abandonnent la convertibilité or : la livre en 1931, le dollar en 1933, et puis finalement le bloc de l’or autour de la France en 1936. Le monde se fractionne en zones monétaires : le bloc dollar, la zone sterling et le bloc de l’or.

II

La crise de 1929 : l'analyse

A

Les libéraux et les monétaristes

Robbins présente l’analyse libérale selon laquelle la crise est due à :

  • La rigidité des salaires quand les entreprises auraient besoin d’une baisse des coûts
  • La rigidité des prix du fait du progrès, des oligopoles et des monopoles sur les marchés des produits

Rueff reprend en France cette analyse selon laquelle l’absence d’un marché libre du travail, le maintien artificiel de salaires à des niveaux élevés, empêchent les ajustements nécessaires et expliquent un chômage volontaire élevé.

Pour Friedman, la réduction de la masse monétaire est à l'origine de la crise. Les faillites bancaires causées par l’incapacité de la Fed à accroître ses prêts aux banques ont transformé une crise cyclique en une profonde dépression. L’insuffisance de l’offre de monnaie s’explique donc d’abord par la panique qui provoque des retraits massifs et la multiplication des fermetures des banques. La disparition d’environ un quart de celles-ci réduit la monnaie en circulation et exerce des effets déflationnistes au niveau global. Pour Friedman, «la gravité de la crise a pris son origine aux Etats-Unis, elle a été provoquée, ou du moins favorisée, par une politique monétaire qui a permis à la masse monétaire de se réduire d’un tiers... La réduction la plus forte jamais enregistrée dans le pays.»

B

Keynes et les prékeynésiens

Dans cette théorie, trois facteurs majeurs ont été à l'origine de la crise :
- l'insuffisance de la demande globale
- la thésaurisation
- la sous-consommation due à l’inégalité des revenus.

L’excès d’épargne est à l’origine de la crise et accessoirement de la spéculation puisque «l’épargne croît plus rapidement que l’investissement et la différence alimente la spéculation boursière» nous disait Duménil. La crise de 1929 est une crise de sous-consommation ou de surproduction due à l’insuffisance de la demande globale.

Keynes s’oppose aux politiques déflationnistes et à l’étalon-or («la relique barbare »), il prend position pour la dévaluation. La baisse du salaire nominal préconisée par les néoclassiques ne peut qu’accroître le chômage par l’effet défavorable sur la demande.

Hansen, autre auteur keynésien, considère que la faiblesse de la demande aux Etats-Unis est aussi liée au ralentissement de la croissance démographique et au tassement des progrès technologiques qui provoque le recul des occasions d’investissement.

Fisher considère que c’est le surendettement, menant à une crise financière cumulative, qui est responsable. La baisse des taux d’intérêt durant les années 1920, provoquée par la politique britannique sur la livre, explique ce surendettement, ainsi que la spéculation effrénée.

Ensuite, une fois la crise déclenchée, les entreprises tentent de se désendetter pour éviter la faillite et accentuent la réduction de la masse monétaire. La déflation qui s’ensuit entraîne une hausse des dettes et des taux d’intérêt réels car «plus les débiteurs remboursent et plus ils sont endettés».

La chute des prix atteint les firmes, les profits baissent et les faillites se généralisent. Les particuliers thésaurisent davantage et un comportement pessimiste se répand. Dès lors, la production s’effondre et le chômage massif s’installe. Face à la crise, Fisher préconise une intervention des pouvoirs publics pour opérer une relance.

1

Les analyses de Galbraith et de Polanyi

Pour Galbraith, «les causes de la catastrophe se trouvaient toutes dans l’orgie spéculative qui l’a précédée». De plus, l’inégalité des revenus et la consommation insuffisante financée à crédit ont accéléré la crise. Galbraith attribue à la politique britannique de retour à l’étalon-or et de surévaluation de la livre en 1925 une responsabilité dans la crise.

Pour éviter les fuites de capitaux, Churchill demande aux Etats-Unis une réduction de leur taux d’intérêt. Strong, gouverneur de la Banque fédérale de New York, est favorable à cette option. Les autorités fédérales, par des achats de titres pour augmenter les liquidités des banques vont faire baisser le prix de l’argent de 4 à 3,5%. Le crédit étant dès lors abondant et peu coûteux, une spéculation excessive est encouragée aux Etats-Unis pendant toute la fin des années 1920.

Polanyi, quant à lui, explique que la crise de 1929 correspond à l’avènement d’une économie administrée à la suite de l’effondrement du libéralisme économique du XIX ème siècle. Le mécanisme auto-régulateur du marché, mis en place progressivement depuis le XV ème siècle, conduit à une désagrégation de la société. Celle-ci se protège alors par un retour aux anciennes protections, un nouvel enchâssement de l’économie dans le social, qui se manifeste par une nouvelle organisation économique, celle du capitalisme mixte d’après 1945. La crise est donc celle de la transition entre les deux types de capitalisme.

On passe : d’un capitalisme libéral à un capitalisme mixte où l’Etat renforce son rôle ; d’un capitalisme d’industriels propriétaires à un capitalisme de dirigeants salariés, les managers ; d’un capitalisme agro-industriel à un capitalisme industriel et tertiaire.

C

Kindleberger et les désordres économiques internationaux

Pour Kindleberger, les facteurs essentiels de la crise sont :

  • Les déséquilibres monétaires internationaux
  • Les excès et l’instabilité du crédit
  • L’insuffisance du prêteur en dernier ressort
  • Les effets de la propagation internationale par les prix des matières premières
  • Les crises de liquidité
  • La crise devient mondiale car les Etats-Unis n’acceptent pas de jouer le rôle de stabilisation de l’économie internationale comme la Grande-Bretagne l’avait fait jusqu’en 1914. Ils pratiquent le protectionnisme et refusent la coopération internationale. Exemple : le tarif Smoot-Hawley de 1930.

Il y a eu de nombreuses erreurs de politiques économiques.

La première erreur fut d’avoir augmenté et maintenu à un niveau élevé les taux d’intérêt. Dans un premier temps, pendant les années 20, la politique monétaire est laxiste et cela alimente la spéculation. Lorsque celle-ci prend des proportions alarmantes, la Banque fédérale augmente les taux, en 1929. Mais par la suite, une fois la crise déclenchée, elle maintient des niveaux anormalement élevés. Au pire moment de la crise bancaire, en 1930-31, alors que les banques sont à court de liquidité, la Fed réduit l’émission monétaire. En 1931-32, lorsque la livre décroche de l’or, la Fed augmente encore ses taux pour empêcher les sorties de capitaux.

La seconde erreur réside dans la politique protectionniste. Suite à la loi Smoot-Hawley, le commerce mondial s'effondre de près de deux tiers entre 1930 et 1933.

Définition : Loi Smott Hawley

La loi Smott Hawley a augmenté les droits de douane à l'importation de plus de 20.000 types de biens.

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