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Chapitre 10 :
La crise des années 1970

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La crise des années 1970
I

Une crise conjoncturelle devenue structurelle

A

Les chocs pétroliers et leurs effets économiques

Le déclenchement de la crise est, à l'automne 1973, le quadruplement du prix du baril de brut décidé par l'OPEP , pour faire pression sur les pays occidentaux lors de la guerre israélo-arabe du Yom Kippour: Deux conséquences en résultent:

1

Un climat inflationniste dans les années 1970

Le quadruplement de la facture énergétique des pays occidentaux constitue une contrainte extérieure. Les entreprises répercutent dans leurs prix de vente le surcoût de l'énergie, de sorte que l'indice des prix à la consommation passe de 5.5 % avant le choc du Kippour à des fluctuations comprises entre 8 % et 14 %.
L'émission croissante de liquidités par le FMI sous forme de DTS (Droit de tirage spéciaux) et d'eurodollars par les Etats Unis alimentent une inflation que les Etats tolèrent pour éponger les divers déficits (budget, sécurité sociale, commerce extérieur..).
Parallèlement, sont réalisées des économies d'énergie et une reconversion vers le nucléaire (puissance installée et multipliée par 9 en France, par 6 au Japon entre 1973 et 1982).
La France de Valéry Giscard d'Estaing devient la seconde puissance électronucléaire mondiale et lance le spot télévisé " Nous les Français, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées" ainsi que le slogan "Chassez le gaspi".
A partir des années 1980, les pays contraints de gagner des parts de marchés à l'exportation, jugulent l'inflation par des politiques de désinflation compétitive (redressement des taux d'intérêts pour renchérir le coût du crédit, plans d'austérité, blocage des salaires et des rémunérations, diminution des prestations sociales...)
A partir des années 1990, les ménages dont la pouvoir d'achat se contracte, deviennent pessimistes, tentent de se désendetter et épargnent pour leurs vieux jours; ils freinent leur consommation. La baisse de la fécondité contracte la demande de biens domestiques et d'équipement. Cette stagnation de la demande élimine l'inflation, mais accentue le chômage.
De plus, le nouveau contexte international (aide à la Russie, guerre du golfe, réunification allemande, ouverture économique de la Chine...) maintient les besoins financiers des Etats.

2

Un essor sans précédent du chômage à partir des années 1980

En Europe, le pourcentage des sans emploi quadruple de 1970 à 1993. Un actif européen sur 10 est réduit au chômage en 1993.
En France, le nombre de chômeurs double pendant "les années Mitterrand" (1981 / 1994 ); le chômage des jeunes est, en France, un des plus élevé parmi les pays développés. L'économie française, créatrice nette d'emplois jusqu'au second hoc pétrolier (1979), perd des emplois à partir de 1980, bien que la démographie freine l'augmentation de la population active.

B

Les conséquences sociales de la crise

1

Une quadruple redistribution des richesses s'opère

  • Au plan international: de l'Occident vers les Etats producteurs de pétrole notamment le Moyen Orient qui accumule les pétrodollars (années 1970), puis vers les NPI d'Asie ( années 1980 / 1990 ):Taiwan, Corée du Sud, Singapour...
  • Au plan national : des travailleurs vers les rentiers. Les salariés qui ne disposent que des revenus de leur travail s'appauvrissent. Au contraire, ceux qui disposent d'une épargne ou d'un capital financier s'enrichissent dans des placements boursiers ou monétaires. Les bourses du monde entier sont florissantes dans les années 1980 qui sont "l'âge d'or des rentiers". Mais la spéculation provoque, en Octobre 1987, un krach boursier qui secoue New York, Tokyo, Londres et Paris.
  • Au plan industriel: des entreprises qui préservent l'emploi vers celles qui délocalisent: pour échapper aux charges sociales qui doublent le coût du salaire, les entreprises se partagent entre deux stratégies:
    Certaines choisissent de se maintenir en réduisant leurs coûts: elles "substituent du capital au travail" (investissement en nouvelles machines) pour réduire leur personnel, donc leurs charges sociales. Elles procèdent ainsi à des licenciements partiels.
    D'autres se délocalisent, c'est-à-dire transfèrent leurs unités de productions dans les pays à faible salaire. Elles licencient leur personnel, mais augmentent leurs marges bénéficiaires sans investissement important et placent leurs excédents dans des placements spéculatifs. De 1989 à 1994, l'investissement productif en France baisse de 33 %.
  • Au plan politique: des citoyens vers les administrations étatiques ou supra-nationales (dans les années 1990, le budget de l'Union européenne de Bruxelles augmente de 6 % par an, soit trois fois plus vite que le PNB des Etats membres de l'Union).
    L'indemnisation des nouveaux chômeurs creuse les déficits sociaux; pour les combler, de nouveaux impôts apparaissent: ainsi, en France: impôt sur les grandes fortunes instauré en 1981 par le gouvernement Mauroy; cotisations sociales généralisées (CGS ) et TVA sur les taxes locales ( un impôt frappant un autre impôt ! ) établies par le gouvernement Rocard. Le poids des prélèvements obligatoires des Etats et de l'Union européenne s'alourdit sans cesse; en France, il dépasse 45 % du PNB.
2

Une société à trois vitesses apparaît

Le chômage creuse les inégalités sociales qui s'étaient résorbées dans les années 1960 et 1970. Une nouvelle stratification sociale apparaît: elle comporte 3 étages.
- Au sommet, les privilégiés (élite du secteur privé, de l'administration, classe politique, classe médiatique): leur important capital financier, culturel et relationnel leur permet de bénéficier d'augmentations réelles de revenus de 6 à 7 % par an.
- A l'échelon intermédiaire, les classes moyennes dont les salaires stagnent ou progressent d'environ 1% par an. Une partie parvient à arrondir ses e revenus par des placements rapportant de 10 à 20 % de leur salaire.
- En bas, les exclus: ce sont des chômeurs, mai aussi des personnes seules ou âgées dépourvues de ressources, des SDF, etc. Ils constituent "les nouveau pauvres" et ne survivent que grâce à l'aide sociale et aux associations charitables. Le chômage entraîne une recrudescence des sentiments identitaires et xénophobes et une montée du sentiment d'insécurité.

3

Un effondrement démographique inédit en temps de paix

Dès 1975, les taux de fécondité chutent dans les pays occidentaux. Une nouvelle baisse intervient dans les années 1990: 1,6 enfant par femme en 1993 en France, 1,2 dans l'Europe du Sud. La langueur démographique a eu plusieurs effets :
- le renouvellement des générations n'est plus assuré
- la consommation de biens domestiques fléchit
- le vieillissement de la population s'accentue
- le financement des retraites est compromis, d'où la nécessité de reculer l'âge de la retraite (le gouvernement Balladur, en, 1993, recule de 3 ans l'âge de la retraite)

II

Le défi du chômage : réponses et interrogations

La montée du chômage conduit à l'expérimentation de diverses politiques économiques à partir de 1974. Dans les années 1990, un tournant intervient: les opinions publiques commencent à se détacher des choix économiques des décennies précédentes.

A

Les politiques keynésiennes montrent leurs limites

Toutes les tentatives de relance de l'activité par la consommation et la revalorisation des bas revenus échouent:
Ainsi, la relance Ford-Carter de 1974-1980 aux Etats Unis, la relance Fourcade de 1974-1975 et la relance Delors de 1981-1992 en France, la relance Myazana au Japon en 1992.

B

Les politiques libérales et monétaristes

Elles sont préconisées par les économistes de l'école de Chicago ( autour de Friedman ) recommandant d'assoupir les contrôles de l'Etat ( déréglementation, privatisations ) et d'assurer une progression modérée et régulière de la masse monétaire par le biais des taux d'intérêts . Elles inspirent l'action de Reagan et Bush aux Etats Unis (1980-1992), de Thatcher (1979-1990) en Grande Bretagne et donnent des résultats mitigés:
Appareil industriel se restructure mais le retour au plein emploi reste très partiel.
La déréglementation Nakasone (1982-1988) au Japon réussit mais débouche sur une "bulle spéculative" dangereuse.

C

Les politiques monétaires soulignent les divergences d'intérêt des pays occidentaux

Dans les années 1980, la France espère redresser sa balance commerciale en dévaluant le Franc à 3 reprises (dévaluations Delors de 1981, 1982, 1983 ). C'est un échec. Son successeur Bérégovoy adopte une politiques inverse de "franc fort" qui aboutit, en 1993, à un nouvel échec (chômage accru et lourd déficit budgétaire ).
Dans un monde ouvert ( libre-échange mondial ), les politiques monétaires des pays de stature moyenne son tributaires des pays leaders:
Ainsi, dans les années 1990, les taux d'intérêts français doivent s'aligner sur les taux allemands que la Bundesbank (banque fédérale, en abrégé "buba ") maintient délibérément élevés pour juguler les menaces d'inflationnistes provoquées par la réunification allemande de 1990.

III

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