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Chapitre 3 :
 La révolution industrielle

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 La révolution industrielle
I

Les différentes délimitations de la Révolution industrielle

A

La révolution industrielle, rupture ou continuité?

1

La Révolution industrielle, une rupture

Les mutations techniques ont remis en cause et ont remplacé les savoir-faire traditionnels.
Les exemples abondent : la navette volante de Kay en 1733; le métier à tisser de Cartwright en 1785; l'utilisation du coke dans la fabrication de la fonte par Darby en 1709; l'introduction du puddlage dans la production du fer par Cort en 1783; l'utilisation de la machine à vapeur dans les mines grâce aux pompes imaginées vers 1700 par Savery et Newcomen, etc.

Ces innovations ont été déterminantes puisqu'elles ont accru les quantités produites et ont modifié la forme d'emploi de la main-d’œuvre, désormais concentrée dans des usines et des ateliers.

Exemple : Au Royaume-Unis, entre 1770 et 1805 la production de coton a été multipliée par 17 et celle de lainage a doublé.

L'introduction des machines modifie la nature du travail. Il y a une inversion du rapport entre l’homme et la machine, responsable d’une perte de liberté dans le travail. Le factory system commence à s’imposer à travers le passage du travail qualifié de l’artisan à celui de l’ouvrier d’usine. Les conflits sociaux du début du XIX ème siècle portent la trace de ces changements. En Angleterre, le mouvement luddiste de 1811 fut dirigé contre les nouvelles machines et les dangers qu’elles représentaient pour l’emploi ouvrier. Il en fut de même en 1831 lors de la première révolte des canuts lyonnais, des ouvriers de la soie.

La révolution industrielle a fait apparaître de nouvelles classes sociales. L’ouvrier d’industrie est devenu le personnage nouveau de la première révolution industrielle. A l’autre extrémité de l’échelle sociale, les manufacturers ont fait leur apparition. Les manufacturers sont les entrepreneurs qui ont connu une belle réussite lors de la révolution industrielle. Exemple : Famille Darby, Watt, etc.

L’industrie a renforcé la croissance urbaine du fait des économies externes offertes par la ville. De fait, les villes se sont transformées suite à la construction de quartiers industriels, des cités et des banlieues ouvrières. Exemples célèbres : Le Creusot, Roubaix. L’industrie a été un facteur d’exode rural puisqu'en ville l'activité est plus régulière et mieux rémunérée qu’à la campagne. Porteuse d’un nouveau mode de vie, l’urbanisation s’est accompagnée de changements sociaux majeurs:

  • Relations sociales plus anonymes et individualisées

  • Sensibilité plus grande aux phénomènes de mode et d’imitation

  • Ségrégation sociale accrue

  • Opposition entre les beaux quartiers, les quartiers résidentiels, les quartiers populaires et les îlots de pauvreté

En Angleterre, le taux d'urbanisation est passé de 23% en 1800 à 75% en 1910. En France, le taux d’urbanisation est passé de 12% en 1800 à 38% en 1910.

2

La révolution industrielle, produit d’une continuité

Pour Bairoch et Rostow, il faut des conditions préalables à l’industrialisation. Du fait de la pénurie de bois qui s’est manifestée très tôt, le charbon a joué en Angleterre un rôle décisif dans le développement économique du pays. La révolution industrielle du XVIII ème siècle apparaît plus comme une accélération du changement technique que comme une nouveauté.
Selon Karl Marx, c’est au XVIème siècle que l’on aurait assisté, à la suite du début du mouvement des enclosures, à la première séparation radicale entre la propriété des moyens de production et la possession de la force de travail.

Pour Braudel, les fondements du capitalisme sont pluri-séculaires car ils reposent sur des évolutions lentes et profondes des mentalités et une maturation des esprits. Au sens braudélien, le capitalisme est avant tout une civilisation. La révolution industrielle n’en constitue que l’un des prolongements.

B

La révolution industrielle et les révolutions industrielles :

On peut distinguer trois différentes révolutions industrielles avec chacune des facteurs communs.

La première révolution industrielle a lieu entre 1780 et 1850 :

  • L'énergie dominante : vapeur, force hydraulique

  • Secteurs moteurs : textile, métallurgie, sidérurgie

  • Plan social : apparition des ouvriers d’industrie et des premiers transferts massifs de population active d’un secteur d’activité vers un autre

  • Progrès des transports : navigation à voile puis à la vapeur, amélioration des routes, construction des premiers réseaux de chemins de fer

La seconde révolution industrielle a lieu entre 1880 et 1930 :

  • L'énergie dominante : pétrole et électricité

  • Secteurs moteurs : industries chimiques et mécaniques, construction électrique, aluminium, automobile, aéronautique

  • Plan social : mouvement ouvrier, apparition des syndicats

  • Organisation du travail : apparition du taylorisme et du fordisme

  • Progrès des transports : l’automobile puis l’avion.

La 3ème révolution industrielle
Elle est plus difficile à cerner. Selon les uns, elle aurait démarré après 1945 avec les débuts de l’utilisation de l’énergie atomique et l’apparition de l’Etat-providence. Pour d’autres, elle se situe plutôt après 1970 et l'apparition des NTIC.

II

Les trois grandes «révolutions» économiques et sociales du XVIII ème siècle

A

Les débuts de la première révolution industrielle

La Grande-Bretagne est à ce moment-là une puissance maritime et un empire colonial. Les exportations d’indiennes se sont mises à concurrencer celles de laine, à l'origine production traditionnelle anglaise. C'est ce qui explique le fait que l’industrie textile britannique soit devenue très tôt une industrie d’exportation.

  • En ce qui concerne le secteur du textile, il a nécessité de corriger des déséquilibres successifs entre les activités de filage et de tissage. Le perfectionnement dans le tissage a provoqué progressivement une pénurie de fil à laquelle on a remédié dans les années 1760.
Exemple

La «spinning jenny» de Hargreaves en 1765 permet de fabriquer plusieurs fils à la fois. En installant près d’une rivière cette nouvelle machine, Arkwright utilise l’énergie hydraulique pour l'utiliser encore plus rapidement. L’opération de filage connaît un perfectionnement supplémentaire avec la «mule jenny» de Crompton en 1779: 400 broches en action contre 8 pour celle d’Hargreaves rendent le fil plus fin et plus solide. Le tissage ne parvenant plus à absorber la production de fil, il devient alors nécessaire de perfectionner le métier à tisser. C’est ce que fait Cartwright en lançant en 1785, un métier mécanique.

Sa modernisation entraîne l’essor de l’industrie mécanique car il faut produire en série les nouvelles machines. Il y a bien un effet d’entraînement puisque le secteur du textile aide au développement du commerce par le biais des importations de coton et d'exportations de produits finis.
Exemple : l’essor de Liverpool doit beaucoup à l’industrie du textile.

  • En ce qui concerne les secteurs de la sidérurgie et de la métallurgie, il ont également nécessité des innovations.
Exemple

La fabrication de la fonte s’effectuait encore uniquement au charbon de bois, la houille a pu constituer un substitut au bois devenu rare mais cette fonte était cassante. En 1709, Darby réalise un procédé qui consiste à distiller la houille pour obtenir du coke. Ce n’est cependant que dans les années 1770-1780 que la fonte au coke commencera à remplacer la fonte au charbon de bois.

Des fortunes industrielles se constituent dans ce secteur. Exemple : les familles Darby et Wilkinson.

  • Le secteur du transport a aussi connu sa propre révolution.
Exemple

En 1830, les 3600km de canaux construits en Grande-Bretagne permettent une nette amélioration du réseau routier du pays. Ce gros projet a été possible grâce à l'appel à l’initiative privée. Les chemins de fer vont devenir l’un des symboles de l’ère industrielle. Les premiers essais de locomotives sont l’oeuvre de Murdock et de Stephenson. La première ligne à usage industriel entre Stockton et Darlington date de 1825. De 870 km en 1837, le réseau ferroviaire britannique passe à 13 000 km en 1870.

B

La Révolution agricole

C’est ainsi que l’historien Bloch a qualifié les transformations du monde agricole au cours du XVIII ème siècle.

Exemple

Les transformations ont commencé avec la technique de l'assolement triennal qui consistait à diviser les terres cultivables en trois parties, ou trois soles. La première année, la sole était ensemencée en céréale d’hiver (blé, seigle), l’année suivante en céréale de printemps (orge, avoine), la troisième année la terre était mise en repos (jachère) en attendant d’être ensemencée de nouveau avant l’hiver. Mais les rendements étaient peu élevés alors l'agriculture utilisa «assolement quadriennal» : rotation des cultures, par alternance de céréales et plantes fourragères. Cette technique améliora nettement les rendements.

Les landlords revendiquent le droit de se réserver l’usage de leurs terres et de les enclore. L’Enclosure Act de 1727 leur donne satisfaction et marque la reprise d’un mouvement commencé au XVIème siècle. Cependant, les petits paysans se virent privés de terres et ont du émigrer vers les usines. Les progrès agricoles se poursuivent avec l'apparition du machinisme agricole.
Exemple : la moissonneuse-batteuse en 1834.

C

La Révolution démographique

Entre 1800 et 1940, la population du Royaume-Uni a été multipliée par 4, celle de la France par 1,5.
Les explications ne sont pas évidentes :
- Il y a avant tout le rôle du progrès de la médecine mais ce dernier porte plus sur la connaissance du corps que sur des connaissances thérapeutiques
- Le rôle de la révolution agricole a également été important mais la croissance démographique est elle-même considérée comme l'une des causes des progrès de l’agriculture
- On retrouve aussi l'apparition du «sentiment de l’enfant». L'enfant est de moins en moins perçu comme une force de travail

III

Les différentes approches de la première révolution industrielle

A

L’approche moderne

Dans le grand espoir du XXème siècle, Fourastié évoquait la productivité différentielle qui devait permettre aux sociétés de libérer de la main-d’œuvre dans l'agriculture puis dans l'industrie de manière à ce que le secteur tertiaire finisse par occuper une majorité d'individus et représenter la part dominante de la population active. Le développement économique finissait par conduire vers des sociétés d'individus mieux formés grâce au service d'éducation, plus cultivés grâce aux services culturels et plus heureux grâce aux services de loisir, le tout en étant en meilleure santé grâce au service de santé.

Les anglo-saxons utilisent le modèle Fisher-Clarck pour évoquer ce type de processus. Dans cette vision, il y aurait une sorte de modèle à suivre qui aurait finalement été celui de l'Europe et dans lequel l'industrialisation serait un passage obligé et dans lequel à un moment donné de son histoire chaque nation devrait voir une majorité d'emplois être industriels avant d'évoluer vers le tertiaire.

Cette vision trouve un prolongement dans l'analyse qui avait été faite plus tôt par Rostow qui évaluait les étapes de développement économique en décrivant un schéma linéaire d'une économie traditionnelle vers une économie de consommation en passant par le take-off lui même essentiellement fondé sur l'industrie.

Plus tôt encore, le modèle de Lewis reposait sur l'idée que tout développement économique devait se faire par une libération de la main-d’œuvre des secteurs traditionnels (agriculture, artisanat) vers un secteur moderne. La productivité marginale du travail pouvait être supposée nulle ou quasi nulle car une partie de la main-d’œuvre était oisive ou quasi oisive. Lewis raisonnait dans le cadre d'économie duale, duale doublement car le secteur traditionnel se situait plutôt dans les campagnes tandis que le secteur moderne, industriel se situait plutôt dans des villes. Le développement économique devait donc passer par un exode rural qui devait reposer sur le fait que dans le secteur industriel les gains de productivité latents étaient tels que des salaires plus élevés pouvaient être proposés de manière à inciter la main-d’œuvre oisive des secteurs traditionnels à venir travailler dans les industries naissantes. Le développement de l'industrie va reposer sur le fait que les salaires vont évoluer moins vite que les gains de productivité. De cette manière, la main-d’œuvre nouvellement utilisée dans l'industrie voit son niveau de vie s'élever tout en permettant aux entreprises industrielles de dégager des profits donc de réinvestir donc de stimuler la croissance et permettre la poursuite du développement.

B

Les rapports entre révolution agricole et première révolution industrielle

Pour Chambers et Crouzet l'évolution est plus complexe :

La libération de main d’oeuvre par l’agriculture n'est pas aussi massive qu’on l’avait pensée au départ. L'abandon de la jachère accroît les surfaces utilisées, ce qui requiert un volant de main-d’oeuvre agricole. La transformation de l’agriculture touche surtout les comtés du Sud de l’Angleterre alors que l’industrialisation affecte plutôt ceux du Nord (Yorkshire, Lancashire, Northumberland). Or, les information statistiques disponibles ne font pas apparaître d’importants transferts de population du Sud vers le Nord.

Les industriels sont obligés de mener un véritable combat en faveur d’un abaissement des prix agricoles, par le biais du prix des denrées importées, en exigeant la suppression des droits de douane sur les grains. En 1838, un filateur de Manchester, Cobden, fonde l’Anti Corn-Laws League, avec comme objectif la modération des augmentations salariales. Ce groupe de pression n’obtiendra gain de cause qu’en 1846, avec l'abolition des Corn laws, et prouve que la tendance à la baisse des salaires réels par des mécanismes de marché était insuffisante pour les industriels.

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