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Chapitre 5 :
Les Trente Glorieuses

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Les Trente Glorieuses
I

Les caractéristiques d’ensemble des économies capitalistes entre 1945 et 1974

Les pays connaissent le plein emploi mais de profonds déséquilibres demeurent. Le contexte est inflationniste et des déséquilibres marqués de balances extérieures apparaissent entre les Etats-Unis et les autres pays occidentaux.

A

La croissance économique

En terme réels et en moyenne annuelle, aucun pays ne connaît entre 1950 et 1973 de croissance du PIB inférieure à 3%.

Taux de croissance en 1913 :

  • En France : 1%

  • Au Japon : 2%

  • Aux Etats-Unis: 3%

  • Au Royaume-Uni : 2%

  • En Allemagne : 1.5%

Taux de croissance en 1950 :

  • En France : 5%

  • Au Japon : 9.5%

  • Aux Etats-Unis : 4%

  • Au Royaume-Uni : 4.5%

  • En Allemagne : 6%

La « mauvaise performance » des Etats-Unis doit se comprendre par rapport à l’exceptionnelle croissance du XIX ème siècle, à une époque où le pays mettait en valeur un territoire d’une échelle continentale et accueillait des flots d’immigrés venus chercher fortune ou tout simplement un emploi.

B

L’inflation

Dans de nombreux pays, la forte croissance des années 1950-1973 s’est accompagnée de l’inflation, surtout en début et en fin de période. A la fin des années 1960, se manifeste en effet une inflation engendrée par une course des prix: les salaires et les coûts de production augmentent en raison des revendications sociales qui exigent un meilleur partage des fruits de la croissance et une transmission internationale de la hausse des prix. Rares ont été les périodes de stabilité des prix, même relative, durant la période qui sépare la fin de la Seconde Guerre mondiale du premier choc pétrolier. Le choc pétrolier exerce un effet inflationniste indiscutable sur des économies déjà confrontées à une inflation rapide.

C

Les déséquilibres extérieurs

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la situation des Etats-Unis contraste avec celle de l’Europe occidentale. Sur la base de la balance des paiements courants, l’énorme excédent américain tranche avec le déficit enregistré par les pays de l’OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique).

Entre 1950 et 1970, les Etats-Unis ne connaissent que trois années de déficits de paiements courants alors que cette situation se produit le même nombre de fois en RFA, huit fois au Japon, neuf fois en France et onze fois au Royaume-Uni. La liste des principales dévaluations monétaires, consécutives à des déficits fondamentaux de balance extérieure est éloquente.

Exemple

La livre est dévaluée en 1949 de -35% et en 1967 de -14.3%.
Le Franc est dévalué en 1948 de -43,6%, puis en 1949 de -40,2%, en 1957 de -17,9% et en 1969 de -10%.

Entre 1950 et 1970, l’excédent cumulé des Etats-Unis dépasse les 70 milliards de dollars. Une véritable asymétrie se manifeste alors dans les relations économiques internationales entre les Etats-Unis et le reste du monde. A la fin des années 1970, ce sont les déficits extérieurs des Etats-Unis qui inquiètent le monde. Une forte croissance économique ne constitue pas une garantie d’équilibre, la période de 1945 à 1974 le prouve à l’évidence.

II

Les croissances économiques nationales à l’étranger

A

Aux Etats-Unis

Le pays possède une position d’économie dominante incontestable au sein du monde occidental. La domination est à la fois économique, commerciale, financière et monétaire. Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis font figure de super-producteur.

Exemple

Dans les années 1960 un agriculteur américain satisfait par son travail l’équivalent des besoins alimentaires de plus de 30 personnes. Dans l’industrie, la puissance américaine n’est pas moins éclatante. Dans les années 1960, les Etats-Unis réalisent 50% de la production de biens de consommation durable pour les occidentaux, cette production atteint 70% pour les biens destinés aux entreprises et aux administrations publiques.

Le « gap technologique » entre le nouveau et le vieux continent est alors éclatant. Cette avance est évidente dans des secteurs comme l’informatique, la chimie, l’aéronautique et l’industrie spatiale et elle est due à la part importante du PNB consacrée à la R&D, soit 3,3% du PNB dans les années 1960.

Durant les Trente glorieuses, les économies occidentales ont bénéficié d’un effet de rattrapage par rapport aux Etats-Unis grâce à un important transfert de technologie. A partir du début des années 1960, le «gap technologique» s’est fortement réduit. Cette puissance productive repose aussi sur l’étendue du marché intérieur américain. La demande des ménages est en forte augmentation après 1950, soutenue par l’augmentation des salaires réels, du développement du crédit à la consommation et à l’équipement des entreprises. De même, la demande publique est en forte augmentation à travers les dépenses pour la défense, la conquête spatiale et les programmes sociaux des années 1960.

Le marché intérieur est efficacement protégé contre les importations étrangères. L’arsenal protectionniste hérité des décennies précédentes est maintenu : le Buy American Act de 1933 peut être utilisé pour donner la préférence dans ses commandes à des produits américains. C’est seulement sous Kennedy et avec le Trade Expansion Act de 1962 que sont envisagées de substantielles réductions tarifaires dans le cadre négociations commerciales multilatérales.

La domination financière américaine se manifeste par le volume des investissements réalisés à l’étranger. Dans les années 1950, les américains réalisent environ 80% du total mondial de ceux-ci. Il s’agit aussi bien d’investissements directs, c'est-à-dire conduisant à une prise de contrôle sur des entreprises et des productions étrangères, que d’investissements de portefeuille effectués à des fins de placements. La puissance américaine se manifeste donc par l’accroissement du poids financier des filiales des FMN (IBM, Ford, General Motors, etc.).

La prééminence du dollar est éclatante depuis les accords de Bretton Woods. C’est l’époque où les dollars sont considérés « as good as gold ». Cependant, les sorties de capitaux contribuent à l’accroissement du déficit de la balance des paiements du pays.

B

Le Royaume-Uni

Le taux de croissance économique est très faible de part son faible dynamisme industriel. Le déclin industriel britannique des années 1950 est souvent imputé au comportement des chefs d’entreprise. Peu optimistes, ils auraient insuffisamment recouru à l’endettement, se contentant de l’autofinancement. Il y a donc eu une insuffisance des investissements productifs. Malgré les dévaluations de 1949 et de 1967, son économie devra supporter les méfaits d’une monnaie surévaluée. Cette politique monétaire extérieure est responsable, avec les faiblesses de l’appareil de production, de l’adoption d’une politique économique conjoncturelle dit de « stop and go » très préjudiciables sur le long terme.

Instabilité accentuée par alternance du pouvoir des travaillistes et des conservateurs, surtout dans les années 1960. Selon Beveridge, il convient pour un Etat moderne, de « libérer l’homme du besoin » en lui garantissant une sécurité de revenu et en le prémunissant contre un certain nombre de risques : maladie, accidents, du travail, maternité, vieillesse. Pour y parvenir, un système global et cohérent d’aides sociales doit être édifié. Ce dernier doit être à la fois général, unifié (tous types de risques), uniforme (éviter toute discrimination) et centralisé (faciliter la gestion).

Les travaillistes, sous l’impulsion de leur leader, Atlee, font passer dans le secteur public la banque d’Angleterre, les mines, la sidérurgie, le gaz, l’électricité, l’aviation civile, les transports routiers et les télécommunications.

C

En RFA

En 1948, la Bundesbank devient la nouvelle banque centrale. Elle est indépendante du pouvoir politique et fait naître une nouvelle unité monétaire : le Deutsch mark. A partir de 1949, une politique monétaire rigoureuse parvient à rétablir la confiance à l’intérieur du pays et parmi les milieux financiers internationaux.

Soutenus par les alliés, les Chrétiens Démocrates (CDU) proposent au peuple allemand un modèle de société original, prenant appui à la fois sur le libéralisme économique et sur l’ouverture sociale. « L’économie sociale de marché » est l’expression qui résume le mieux l’esprit de ce nouveau modèle. Dans les entreprises il repose sur le principe de la cogestion. La cogestion a bénéficié du soutient du grand syndicat national, reconstitué en 1949 et renommé le DGB (Deutscher Gewerkschafts Bund). La priorité est donnée à la lutte contre l’inflation, au risque de provoquer une sévère récession, comme en 1967. C’est ce que l’on appelle également « l’ordo libéralisme ».

D

Au Japon

A la fin des années 1960, le monde se découvre, derrière les Etats-Unis et l’URSS, un « troisième grand », comme le disait Guillain. Entre 1950 et 1974, le taux de croissance annuel moyen du Japon est alors de 10%. Comme en Allemagne, le rôle des Américains a été absolument décisif. Ils incitent les Japonnais à effectuer des réformes de structures nécessaires au relèvement de leur pays afin d’endiguer les progrès du communisme. Dès 1945 et sous l’égide de Mc Arthur, les Américains obtiennent les pleins pouvoirs sur le pays et imposent des réformes profondes.

La politique industrielle est l’œuvre du puissant MITI (Ministry of industrial trade and industry) crée en 1949. L’intervention de l’Etat dans l’économie au Japon ne saurait être comparée à aucune autre tant les liens qui unissent les milieux politiques et le patronat sont étroits. Les marques Japonaises commencent à être connues des consommateurs du monde entier : Suzuki, Honda, Toshiba, Hitachi , Sony, Toyota, etc.
Paraphrasant Bodin, il est exact de dire que la première richesse du Japon, ce sont les hommes. Ce peuple, grâce à son système éducatif et à sa curiosité naturelle, est l’un des plus qualifié et des plus informé de la terre. De nombreux spécialistes du Japon estiment que le succès économique de ce pays tient surtout à un mariage particulièrement réussi entre tradition et modernité.

III

La France et les Trente Glorieuses

Depuis plus de 20 ans, l’accumulation des difficultés économiques a été telle que l’évocation des Trente Glorieuses, telles d’un « âge d’or », a sans doute de quoi faire rêver. Si les Trente Glorieuses ont effectivement vu la France passer d’un pays semi industrialisé, à celui de pays moderne vite confronté aux mutations liées à l’ère « post-industrielle », elles ont été également marquées par des incertitudes et des déséquilibres chroniques.

A

Le sens de l’expression Trente Glorieuses

  1946 1975
Nombre d'adolescents de plus de 14 ans étudiant encore (en milliers) 650 4000
Durée hebdomadaire moyenne du travail dit à temps complet 42 37,5
Mortalité infantile (/1000) 84,4 13,8
Revenu national / tête 87 320
B

Les facteurs de la croissance française

  • La planification et, d’une manière plus générale, l’effort de modernisation de l’économie entrepris à partir de 1945

  • Les grandes réformes de structures décidées et conduites entre la Libération et le début des années 1970

  • L’ouverture internationale dans le cadre de la CECA puis du Marché commun

  • La croissance démographique liée au Baby Boom. De fait, l’augmentation de la population active disponible pour l’activité a permis de pourvoir aux emplois suscités par les nouvelles demandes et la diversification des activités. L’économie a bénéficié de l’effet général du rajeunissement de la population, porteur de projets à long terme, facteur de renouvellement des forces vives du pays et des besoins

  • Dès 1945, la France dût organiser une politique d’accueil avec la mise en place de l’Office national de l’Immigration. De 1954 à 1962, il y eut plus d’un million d’entrées

  • Les premiers plans Français de Monnet (1946 – 1952) et de Massé (de 1959 – 1966) ont permis de définir des priorités, de dégager les lignes directrices du développement économique futur et de mieux coordonner les décisions politiques.

  • Accroissement du degré d’ouverture du pays aux échanges internationaux. Le phénomène majeur a surtout été une réorientation géographique des échanges. Après avoir pratiqué une politique de repli en direction de son empire colonial durant ces périodes de difficulté, à partir du début des années 1950, la France a reporté ses échanges extérieurs en direction de ses partenaires de la CECA et de la CEE. En 1952, 20% des importations françaises provenait des pays de la communauté Européenne contre 50% en 1970.

C

Malgré tout, une période d’incertitude

Pour Guyard, « L’histoire de l’expansion économique Française depuis 1945 n’a rien de miraculeux : c’est une longue suite d’hésitations, d’erreurs, d’audaces, d’efforts ». L'inflation sans précédent qui existe depuis la Première Guerre mondiale a fait augmenter les prix de 60% de 1946 à 1948. L’auteur conclut en dénonçant les fortes inégalités sociales à l’intérieur du pays et l’insuffisante satisfaction des besoins collectifs.

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