Menu
  1. Toutes les matières
  2. Histoire-Géo
  3. Prépa HEC

Chapitre 10 :
Capitalisme et croissance de 1945 au début des années 1970

< Chapitre précédent : La construction européenne : les ajustements successifs de la PAC face aux pressions
Capitalisme et croissance de 1945 au début des années 1970

On peut dénombrer trois types de pays en 1945 :

  • Les pays capitalistes avec économie de marché.
  • Les pays socialistes.
  • Les pays du Tiers Monde, avec une forte croissance et des économies encore peu ouvertes.

Chronologie

1950 : Création du SMIG en France
1954 : Création de la TVA en France
1957 : Création de la CEE
1956 : Troisième semaine de congé payé en France
1960 : création de l’OCDE, indépendance des colonies africaines
1971 : définition par l’ONU des PMA

I

Tableau de l’économie mondiale en 1945

La Seconde Guerre Mondiale a fait 60 millions de morts, qui sont surtout des civils. Ils sont pour la plupart asiatiques (Chine, Japon, Urss). En 1945, le tiers de la flotte mondiale a disparu. Les espaces détruits se concentrent sur l’Europe et l’Extrême Orient.

A

Les Etats-Unis

Aux Etats-Unis, les hommes politiques font le balancier des hommes politiques entre isolationnisme et messianisme.

L'opinion publique se souvient de la loi Cash and Carry en 1939, promulguée pour éviter les mésaventures des États-Unis pendant la Première Guerre mondiale, durant laquelle le secteur privé américain avait poussé pour l'entrée en guerre. Conformément à la doctrine Monroe, les États-Unis ne sont entrés dans la Seconde Guerre Mondiale, qu'au moment où le Japon et l'Allemagne leur ont déclaré la guerre. Et une partie des élites américaines défend un retour à l'isolationnisme en 1945.

Mais un autre mouvement constate la suprématie de la puissance américaine. Les Américains ont consacré 33 milliards de dollars aux alliés (un tiers de cet argent est allé aux Soviétiques). Le PNB américain a été multiplié par deux entre 1939 et 1945. La Seconde Guerre mondiale a permis aux États-Unis de mettre en valeur l’Ouest de leur territoire (la production aéronautique se fait à l’Ouest, Boeing étant basé à Seattle).

Les États-Unis ont désormais toutes les caractéristiques de la puissance. Le PIB américain représente la moitié du PIB mondial, le quart des exportations, et 40% de la flotte mondiale. Les États-Unis possède 85% de l’or monétaire mondial. Le Canada, l’Australie, le Brésil sont entraînés par le dynamisme américain et deviennent des pays émergents.

B

Le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni est un pays exsangue. La livre sterling est très instable. L’empire est ébranlé, la décolonisation commence dans l’immédiat après-guerre en Inde (1947). Les Anglais rejettent Churchill aux élections. Les dépenses de guerre ont été très importantes, les Anglais voulant être présents au Moyen Orient, à cause de la Guerre froide. L’empire colonial maintient l'opinion publique dans le mythe de grande puissance mondiale alors que le pays ne peut plus gérer ses colonies.

Le Welfare State est mis en place à partir de 1942 avec le Plan Beveridge avec des lois sociales « from cradle to the grave », où les dépenses sont couvertes par l’impôt (contrairement au système bismarckien qui repose sur les cotisations).

C

L'URSS

L’URSS est très touchée. La moitié de la capacité de production russe a été occupée par l’Allemagne et a subi la technique de la terre brûlée. Les mines sont inondées. Les déportations représentent 25 millions de personnes. La moitié des chemins de fer n'existe plus.

La guerre oblige les Soviétiques à mettre en valeur leur territoire au-delà de la seule Russie européenne. On commence la mise en valeur de la Sibérie occidentale. L’URSS a bénéficié de l’aide américaine, pour plus de 11 milliards de dollars, et de la confiscation des biens allemands, qui leur a donné un atout technologique. L’URSS a aussi bénéficié de réparations allemandes, italiennes, roumaines, bulgares.

D

L'Allemagne

En Allemagne, un tiers des villes sont détruites. Mais les Allemands ont modernisé leur production tout au long de la guerre, et ont protégé leurs usines (bunkers). On estime qu’au maximum 15% des capacités de production allemandes ont été détruites par les bombardements. L’Allemagne a perdu la Pologne, et est désormais divisée en zones d’occupation.

Lors de la partition allemande, entre 12 et 13 millions d’Allemands sont chassés d’Europe centrale et s’installent en Allemagne de l’Ouest, ce qui est dans un premier temps un immense poids pour l’économie allemande, qui doit vivre sous perfusion américaine, mais qui ensuite se révèle être salutaire pour le redressement de son économie.

E

Le Japon

Le Japon n’a plus de flotte marchande, ce qui est impensable pour un archipel. Les destructions sont massives : Tokyo a été détruite. Les Japonais perdent leur empire colonial, 6 millions doivent se rapatrier au Japon.

Le Japon, qui n’a pas été directement occupé, détruit les preuves des exactions: seul Tojo est pendu, l’empereur reste en place. Seul les Américains occupent le pays sous la direction de Mac Arthur. Les Soviétiques occupent la Corée du Nord, les Américains le Sud.

II

Un nouvel ensemble autour des États-Unis

A

Le nouvel ordre mondial américain

1

Hégémonie économique

La première marque de l'hégémonie est la reconstruction d’un nouveau système monétaire international à Bretton Woods en 1944, sur la base du plan américain, le plan White.

Les Britanniques défendaient le plan Keynes qui proposait la création d'une nouvelle monnaie émise par le FMI qui ne serait rattachée à aucun pays, le bancor. Le plan White est choisi et se fonde sur la convertibilité du dollar et de la livre. Or, de facto à partir de 1947 et la fin de la convertibilité de la livre, seul le dollar est convertible en or. Le dollar se place alors au cœur de l’économie mondiale.

Dans le domaine économique, le capitalisme américain est ravivé par la Seconde Guerre mondiale. Les grandes entreprises américaines (Ford, GM, Boeing, DuPont) ont su rapidement s’adapter à l’économie de guerre. La loi Taft-Hartley de 1947 limite le pouvoir des syndicats, dans un contexte d’anti-communisme. Le poids du complexe militaro-industriel (expression d’Eisenhower) qui lie fonctionnaires du Pentagone et patrons du secteur de l’armement ne cesse de grandir.

Dans le domaine commercial, les États-Unis se sont ralliés aux idées d’ouverture économique et de libre-échange, alors qu’ils étaient protectionnistes avant 1945. Ils établissent un lien fort entre démocratie et libre-échange et pensent ainsi exporter leur conception du monde par le commerce.

2

Hégémonie politique

La puissance américaine comprend que son repli était nuisible à l’ensemble du monde, en s’appuyant sur les exemples des dictatures autarciques expansionnistes. De plus, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont la seule grande puissance, et veulent investir les marchés étrangers pour éviter une crise de surproduction en 1945. En pays dominant, les Etats-Unis ont intérêt à s'impliquer dans le commerce international.

Pourtant les sénateurs américains ne ratifient pas la charte de La Havane en 1947 qui prévoit la mise en place de l’OIC (organisation internationale du commerce). Il reste seulement un accord, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) dont les principes sont :

  • Le refus du dumping (commercial, monétaire, social)
  • Le refus des contingentements
  • La clause de la nation la plus favorisée (obligation d’appliquer les mêmes avantages à tous les partenaires commerciaux, principe de multilatéralisme)
  • L’arbitrage des conflits.

La charte de San Francisco en 1945 met en place l’ONU, en donnant l’avantage aux grandes puissances (États-Unis, Urss, Chine, Angleterre, France). Contrairement à la SDN, elle est dotée d’une armée de casques bleus pour aider les peuples à disposer d’eux-mêmes.

B

L'essor du Japon et de l’Europe occidentale

1

Le plan Marshall

Le Japon et l’Europe occidentale sont deux zones redressées par les États-Unis. Les Américains proposent le plan Marshall, qui distribue 13 milliards de dollars aux pays bénéficiaires sous forme de marchandises. Le plan sert ainsi également à écouler les biens américains.

Le plan Marshall met surtout en place une agence européenne de productivité, qui envoie aux États-Unis des missions de productivité pour former les chefs d’entreprises européens au management américain. Le plan Marshall est distribué à partir de 1948 grâce à l’OECE (organisation européenne de coopération économique), destinée aussi à surveiller l’utilisation de l’aide. Elle peut être considérée comme l’embryon de la construction européenne. L’OTAN est créé en 1949 et permet aux pays d’Europe occidental d’alléger leur budget militaire.

2

L'intérêt américain : endiguer la montée du communisme

L’objectif de la politique américaine est alors de soutenir l'Europe Occidentale (et particulièrement l'Allemagne) et le Japon pour faire face à la menace communiste. En effet, L’URSS met au point la bombe A en 1949 alors que Mao l’emporte en Chine la même année. Le communisme s’étend également en Europe de l'Est, et l'Allemagne devient bientôt un enjeu majeur.

Un redressement monétaire et financier de l’Allemagne et du Japon est mis en place par les Etats-Unis, sur fond de lutte contre l’inflation : c'est le plan Dodge. Le Japon devient un protectorat américain et l’Allemagne est divisée en zones d’occupation. Le plan Dodge met aussi en place une nouvelle monnaie en Allemagne en 1948, le Deutsche Mark.

L'investissement américain en Europe s'explique par la massive sous-évaluation des monnaies européennes à la sortie de la seconde guerre mondiale. Les produits américains en souffrent, ne sont pas compétitifs et les Etats-Unis répliquent en investissant directement en Europe, avec le Royaume-Uni en tête.

III

Mais un ordre mondial incomplet

A

Qui ne s’étend pas au pays du Tiers Monde

Le Tiers-Monde (expression instaurée par Alfred Sauvy) est une catégorie par défaut, caractérisant des pays n’appartiennent ni au camp américain ni au camp soviétique. Ces pays s’approprient l’expression à la conférence de Bandung en 1955 (Indonésie), qui annonce la volonté d’une décolonisation politique, économique et culturelle. Un cartel de l’étain est ainsi créé en 1957, pour que les pays producteurs de matière première reprennent la main sur le prix de leur matière première.

La guerre d’Indochine (1946-1954) voit les Américains participer d’un point de vue logistique aux côtés des Français. Les Américains se placeront par la suite du côté des pays colonisés (Crise de Suez en 1956). Dans les années 1930, le tiers du commerce mondial s’effectuait avec des pays du Tiers-Monde, dans les années 1960, les échanges se font principalement entre pays du Nord, avec moins de 10% de part dans le commerce mondial. L’exclusion progressive de ces pays de l’économie mondiale expliquera leurs stratégies de développement dans les années 1960-1970.

B

Ni aux pays d’économies socialistes

Dans un premier temps, l’URSS semble s’inscrire dans un certain ordre mondial : elle bénéficie du prêt-bail, elle est présente à Bretton Woods et se voit offrir le plan Marshall. Mais l'URSS refuse le plan Marshall, ce qui marque le début de la Guerre froide en 1947.

L’URSS ne peut accepter les conditions du plan :

  • Fournir des matières premières stratégiques, comme la bauxite
  • Accepter les investissements américains
  • Fournir des données économiques fiables sur le pays
  • Se soumettre à la surveillance de l’OECE.

L’URSS oblige les pays de l’Est à refuser le plan, notamment la Tchécoslovaquie.

Le CAEM (conseil d’assistance économique mutuel) est créé en 1949. Les échanges entre l’Union soviétique et les pays de l’Est deviennent planifiés dans le cadre d’une division internationale socialiste du travail. En 1950, le Comitee for Coordinating Multilateral Exports (COCOM) est créé pour limiter les échanges de haute technologie avec l’URSS. Mais l’Inde, jouissant du statut de pays neutre, sert de cheval de Troie pour permettre d’importer le progrès technique en territoire soviétique.

1

2

Chapitre suivant : Un nouveau capitalisme >