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Chapitre 11 :
Un nouveau capitalisme

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Un nouveau capitalisme
I

Concentration, État-providence et syndicats

A

La concentration

La crise des années trente puis la seconde guerre mondiale opèrent une concentration. La concentration est un processus à travers lequel un nombre de plus en plus réduit de firmes contrôle une part croissante de la production. Une grande entreprise peut alors mettre en place des économies d’échelle.

On distingue plusieurs niveaux et formes de concentration.

Définition : Concentration technique

La concentration technique s'opère au niveau des établissements (unités de production) dépendant d'une même entreprise, et consiste en une augmentation des capacités de production.

Définition : Concentration économique

La concentration économique correspond au contrôle d'une partie croissante du marché par un petit nombre de firmes.

Définition : La concentration conglomérale

La concentration conglomérale est nouvelle et résulte d'un processus de centralisation du capital, à travers la formation de groupes dans lesquels la société-mère détient un large portefeuille de participations dans le capital d'un grand nombre d'entreprises. Le conglomérat permet une diversification pour lutter contre une chute des profits.

Ainsi, AT&T, entreprise américaine de télécommunication, possède dans les années 1960 des chaînes d’hôtels.

B

Le nouveau rôle de l’État et des syndicats

1

L'Etat keynésien met en place des politiques contracycliques

Le rôle de l’état est de soutenir la croissance (politique conjoncturelle), les allocations des ressources et la politique sociale. La croissance ne doit pas déboucher sur l’inflation. Quels sont ses moyens ? La politique budgétaire, monétaire, commerciale (souvent influencée par les lobbys), l’encadrement des prix et des salaires. Le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon vont appliquer des mesures keynésiennes : politique de stop and go conjoncturelle pour lisser les à-coups de la croissance. Politique d’aménagement du territoire. Politiques sociales avec une politique redistributive.

Les gouvernements vont utiliser la politique monétaire par l’intermédiaire des taux directeurs des banques centrales. La pratique des taux faibles qui favorisent la création monétaire par le crédit permet une stimulation de la demande, favorable à la croissance. Le dérapage inflationniste qui en résulte est ensuite enrayé par une politique monétaire restrictive qui vient refroidir la croissance.

Ces politiques contracycliques, partiellement inspirées de Keynes, résolument à l’opposée des politiques de déflation pratiquées avant-guerre, donnent l’impression aux gouvernants qu’ils sont désormais en mesure de maîtriser la croissance.

2

L'Etat, aménageur de territoires

L’État est aussi l’aménageur des territoires. L’achèvement de la modernisation des grands réseaux de distribution d’énergie et de circulation joue un rôle de premier plan dans la diffusion de la croissance économique, et est comparable à bien des égards à l’impulsion donné à l’essor industriel par le développement du chemin de fer au XIXème siècle.

La modernisation du transport ferroviaire connaît un nouvel élan après l’ouverture en 1964 par le Japon de la première ligne à très grande vitesse, le Shinkansen, qui relie les 500 km qui séparent Tokyo d’Osaka à 160km/h de moyenne. La modernisation des réseaux de transports renforce l’attractivité des espaces urbains où se concentrent les hommes, les activités modernes et la richesse, alors que les régions agricoles se vident et déclinent.

En France, le nombre de mineur passe de 220 000 à 50 000 sur la période. Dans le même temps, la métallurgie est progressivement délocalisée vers les littoraux (Dunkerque). Aux États-Unis, le programme autoroutier (la construction de 70 000 km d’autoroutes entre 1955 et 1967 crée le premier réseau du monde) et les travaux d’aménagement de la voie d’eau du Saint-Laurent entre 1950 et 1959 font de la région des grands lacs une véritables façade maritime reliée à New York par le canal Erié.

3

Le pouvoir renforcé des syndicats

Les syndicats ont vu leur rôle augmenter dans les années 1930 avec notamment la signature en France des accords Matignon en 1936. Durant les Trente Glorieuses, leur essor se renforce.

La CGT prend du poids, car elle est vite rentrée en résistance. Mais la scission avec Force ouvrière en 1947, puis la création de la CFDT (Confédération française démocratique du travail) en 1964 met fin au quasi-monopole qu’elle exerçait. Par ailleurs, la création d’une Confédération générale des cadres (CGC) dès 1944 vient nuancer le tableau.

Aux États-Unis, le CIO (Congress of industrial organisation) est créé en 1938, et fusionne en 1955 avec l’AFL pour former une force syndicale considérable (un travailleur sur quatre en 1971) : on parle désormais de Big Labour.

II

Un capitalisme qui repose sur l'innovation et une croissance forte

A

Une accélération de l'innovation

L'apparition d'innovations est de plus en plus fréquente. Les appareils électriques apparaissent chez les ménages européens alors que la diffusion de l’automobile s'accélère. La pétrochimie permet elle l’apparition des plastiques. L'utilisation du nucléaire est désormais civile. Et les premiers signes de l'émergence de la troisième révolution industrielle (la révolution informatique) se font sentir.

Le progrès technique se diffuse également dans les entreprises. Le fordisme connaît son apogée durant les Trente Glorieuses, un tiers des ouvriers européens ayant un travail posté (à la chaîne). Trujillo invente la distribution de masse, « un îlot de perte dans un océan de profit », et met en place les supermarchés. Fournier, élève de Trujillo, invente en France les hypermarchés et Darty est fondé en 1958 pour développer ensuite le service après vente avec le slogan « le contrat de confiance ».

Les progrès dans la gestion des entreprises permet la mise en place de la technostructure (Galbraith) : les techniciens prennent le pouvoir sur les propriétaires dans l’entreprise. Les entreprises trouvent sans difficultés les financements nécessaires à leurs innovations : dans les années 1960, le financement bancaire assure 78% des ressources externes des entreprises françaises, la Bourse 18% et l’État 4%.

B

La croissance, miracle des Trente Glorieuses

1

Des chiffres inédits

Les chiffres de la croissance et de tous les indicateurs économiques sont inédits.

L'augmentation de la production est de 5% sur la période pour les pays de l’OCDE. Le commerce international progresse de 7%. La croissance est également peu inflationniste jusqu’en 1960. Entre 1950 et 1973, le PIB est multiplié par 3 en France, par 4 en Allemagne et par 8 au Japon. La productivité triple en France, quadruple en Allemagne et quintuple au Japon.

Surtout, la croissance est créatrice d'emplois en France. Le taux de chômage est de l'ordre de 2%, ce qui correspond à un chômage frictionnel lié au temps de transition entre deux emplois. Nombreux sont les secteurs à connaître des pénuries de main-d'oeuvre. Le progrès technique est globalement créateur d’emploi. Ainsi, la modernisation des campagnes accroît considérablement la productivité agricole et la France connaît un premier exode rural important.

2

L'apparition de la société de consommation

Sur la période des Trente Glorieuses, la croissance est tirée principalement par le marché intérieur, dans le cadre de politiques keynésiennes et d’économies relativement fermées. Le schéma keynésien fonctionne quand le consommateur achète des produits et des services nationaux. L’ouverture des économies ne se fait qu’à partir des années 1960, la France rejoignant le GATT seulement en 1958.

La période est aussi marquée par l’urbanisation et le crédit à la consommation. Aux États-Unis, 30 millions d’automobiles sont produites en 1947 contre 100 millions en 1975. En RFA, 200 000 en 1947 et 18 millions en 1975. La production est multipliée par plus de 3 aux États-Unis, par 90 en RFA, d’où la notion de miracle économique allemand. Dans le cadre du compromis fordo-tayloriste, la redistribution équitable des profits permet une consommation durable des ménages. Les fruits de la croissance sont partagés.

Avec le développement de la grande distribution qui multiplie les supermarchés et parkings à la périphérie des villes et l'émergence d'une publicité envahissante, la société de consommation s'installe progressivement.

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