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Chapitre 13 :
Les ruptures pétrolières

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Les ruptures pétrolières
I

Les années 1970 : une décennie de chocs pétroliers

A

L’euphorie pétrolière des années 1960

Pour l'économiste français C. Juglar, "les causes d'une crise résident toujours dans la période de prospérité qui a précédé". Si les années 1970 ont connu de chocs pétroliers si forts, c'est peut-être parce que les années 1960 constituent une réelle euphorie pétrolière.

Ainsi, la consommation mondiale d’énergie s’est accrue de 45% entre 1966 et 1973. Alors que la production de charbon stagne, celle de pétrole augmente de 80% sous l'organisation du cartel des seven sisters : Chevron, Mobil, Exxon (issus de la Standard Oil), Texaco, Gulf Oil, BP et Royal Dutch Shell.

Ces sociétés contrôlent l’ensemble de la filière :
- Prospection
- Extraction
- Transport
- Raffinage
- Distribution.

À partir de 1948, le Venezuela arrive à imposer le 50/50 alors que les royalties L’OPEP (Arabie Saoudite, Koweit, Irak, Iran, Venezuela) est créée en 1960 pour sauvegarder leur revenu pétrolier.

B

Le choc de 1973 et la guerre de Kippour

Le 14 septembre 1960, l’OPEAP (Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole) est créée, et permet des rapports beaucoup plus agressifs, sur fond de tensions avec Israël et ses alliés occidentaux. Accords de Téhéran avec la règle 55/45. Relèvement du prix du baril en 1972 qui est voulu par les pays exportateurs, pour compenser la baisse du dollar de 1971, et les Majors, pour mettre en production de grands gisements nouveaux. Le Qatar, la Libye, l’Indonésie, Abu Dhabi, l’Algérie, le Nigéria, l’Équateur, le Gabon rejoignent l’OPEP.

Le détonateur est la guerre de Kippour en 1973. L’armée égyptienne envahit le Sinaï, la Syrie le Golan (château d’eau de la région). Les ministres de l’OPAEP lancent un embargo progressif contre les États-Unis, les Pays-Bas (tutelle sur l’Indonésie), l’Afrique du Sud (régime d’apartheid). Le prix du pétrole s’envole, de 3$ à 11$ en deux mois. Mais pas de récession, juste un ralentissement de la croissance, parallèlement à l’inflation (inflation importée).

Les pays du Nord veulent une maîtrise de l’énergie. Ils veulent sécuriser leurs importations : les pays de l’OPEP représentaient 90% du pétrole acheté. Accentuation du programme nucléaire, en France, aux États-Unis, au Japon, en Allemagne. Économie d’énergie.

C

La révolution iranienne et le second choc pétrolier de 1979

1

Les causes du second choc pétrolier

Le premier choc pétrolier intervient en 1973 dans un contexte d’instabilité monétaire internationale. Le second choc de 1979-1980 découle des réactions du marché au risque de rupture des approvisionnements en provenance du golfe persique en raison de la révolution islamique en Iran et du début de la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988).

Le second choc pétrolier révèle le risque qui pèse sur les approvisionnements en pétrole (et en gaz naturel) du monde occidental. Les nations occidentales découvrent leur dépendance économique vis-à-vis de pays du Moyen-Orient dont elles ont perdu le contrôle au cours des années 1970. Cette perte d'influence fait écho à la montée du Tiers-Monde et la fin des empires coloniaux.

La chute du Chah Reza Pahlevi en 1979, soutenu par les États-Unis, va jouer de manière décisive sur la détermination américaine de rétablir une situation compatible avec la poursuite de l’exploitation de ses richesses pétrolières et de réaffirmer leur leadership sur le monde.

Le Chah avait fait de l’Iran le « gardien du golfe persique ». Sa chute est suivie d’une révolution islamique qui porte au pouvoir l’anti-occidental Imam Khomeiny et d'une prise d’assaut de l’ambassade des États-Unis (dont 52 membres sont retenus en otage entre 1979 et 1981)

2

Les conséquences du second choc pétrolier

Les conséquences du second choc pétrolier sont terribles pour les nations occidentales, l’Iran étant le troisième exportateur mondial de pétrole. Le prix du baril monte alors à près de 34 dollars. La facture pétrolière française passe ainsi de 1 à 4% du PIB sur la décennie.

Les nations occidentales découvrent la stagflation.

Stagflation, alors que précédemment l’inflation était signe d’accélération de l’activité et donc de plein-emploi, désormais, elle s’accompagne du ralentissement de l’activité et de la monté du chômage.

Définition : Stagflation

La stagflation est la situation d'une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d'une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix). Cette situation est accompagnée d'un taux de chômage élevé. Elle est caractéristique des années 1970, où les nations occidentales découvrent l'échec du keynésianisme qui prévoyait un arbitrage entre inflation et chômage, et non la conjonction de ces deux phénomènes.

La staglation est un mot-valise, contraction de « stagnation » et d’« inflation », employé en premier par le Chancelier de l'Échiquier Iain Macleod en novembre 1965.

3

La réaction des nations occidentales

Les gouvernements décident de lutter contre l’inflation – c’est l'unique priorité à partir du début des années 1980 – par des politiques de rigueur. L'objectif de l'époque est de favoriser l’investissement de productivité afin d’aider les entreprises à améliorer leur compétitivité, pour renouer avec la croissance et favoriser la diminution du chômage.

C'est un aveu d'échec pour les politiques d’inspiration keynésienne qui semblent devenues inefficaces en raison de l’ouverture croissante des économies. Suite au second choc pétrolier, il devient suicidaire de privilégier la demande intérieure en soutenant l'emploi et la consommation des ménages : l’inflation persiste, les balances extérieures se détériorent et le chômage augmente.

II

Le retournement des années 1980

A

La perte d'influence progressive de l'OPEP

Le second choc pétrolier se traduit également par une diversification des pays producteurs de pétrole. Ainsi, les Etats-Unis mettent en valeur le pétrole offshore du golfe du Mexique ainsi que le pétrole de l’Alaska. La Chine devient exportatrice de pétrole. L'URSS exploite le pétrole de Sibérie.

Définition : Le NOPEP

Le sigle NOPEP désigne les pays exportateurs de pétrole non membres de l'OPEP comme le Royaume-Uni, l'Egypte ou le Mexique. Ce groupe s'est constitué dans les années 1970 avec des pays "nouveaux" sur le marché du pétrole et qui pour différentes raisons (politique, stratégique...) ne souhaitaient pas intégrer l'OPEP.

L'OPEP souffre d'intérêts divergents en son sein entre des pays très peuplés et peu peuplés, des visions long terme contre des visions court terme. À partir de 1982, l’offre mondiale de pétrole devient supérieure à la demande mondiale. Les pays de l’OPEP, qui produisaient 55% du pétrole mondial en 1960, n'en produisent en 1985 que 30%. Pire, le ministre saoudien du pétrole, le Cheikh Yamani, lance une guerre des prix en 1985 faisant passer le pétrole passe de 30$ à 8$. C'est le contre-choc pétrolier avec un cours qui se maintiendra à 18$ entre 1986 et 1996 (avec un pic avec la guerre du golfe de 1991).

B

La crise du Tiers Monde

1

Les causes de la crise du Tiers Monde

Parallèlement à la chute relative de l'OPEP dans les rapports de force mondiaux, les pays du Tiers-Monde subissent une crise de la dette durant les années 1980. Cette crise s'explique d’abord par la facilité avec laquelle nombre d’États ont eu accès au cours des années 1970 à des prêts consentis par les banques occidentales. En effet, la surélévation des cours des matières premières (qui a été parallèle à la hausse des prix du pétrole) garantissait la solvabilité des pays du Tiers-Monde qui en étaient exportateurs, les liquidités internationales en dollars détenues par les pays de l’OPEP (les pétrodollars) s’accumulaient.

Le contre-choc pétrolier fait tomber de manière spectaculaire le prix du brut (8 dollars le baril en 1896), entraînant la baisse de l’ensemble des prix des matières premières, alors que la politique de la FED de brusque élévation de ses taux directeurs provoque une forte réévaluation du dollar et une hausse brutale du coût des intérêts des dettes (libellées dans le devise américaine).

Le piège du surendettement se referme alors sur les pays du Tiers-Monde. En 1995, la dette extérieure de la Guinée s’élève à 350% de son PIB, ou celle du Nicaragua à 600% de son PIB. En 1982, la dette du seul Mexique atteint 85 milliards de dollars et plus de 10% de la totalité de la dette du Tiers Monde. Le pays se déclare insolvable en 1982.

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La sortie de la crise

Cette forme particulière de crise financière va trouver sa résolution dans l’aide apportée par des grandes puissances intéressés par le maintien de l'insertion des pays du Tiers-Monde dans l’économie international. Les États-Unis apportent en 1985 par le plan Baker et en 1989 par le plan Brady, une aide substantielle au Mexique. À moyen terme, c'est surtout l’évolution des modes de financement des prêts bancaires qui va aider les pays du Tiers-Monde, avec une transition vers des investissements opérés directement (IDE) par les grandes entreprises transnationales.

En 1980, sur le total des flux financiers privés à destination du Tiers Monde, 15% seulement étaient des Investissements Directs à l'Étranger contre 75% de prêts bancaires. En 1990, la part des banques est retombée à 30% du total, celle des IDE passant à 50%. Ce relais pris par les investissements directs a contribué à intégrer ces économies, aujourd’hui qualifiées d’émergentes, dans les processus transnationaux de production organisés par les plus grandes firmes capitalistes occidentales.

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