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Chapitre 16 :
L’économie française en 1945. L’ancien et le nouveau.

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L’économie française en 1945. L’ancien et le nouveau.

Chronologie

1800 : Fondation de la Banque de France
1803 : Franc Germinal
1837 : Chemin de fer Paris Saint-Germain
1846-1848 : Grave crise économique
1853-1864 : Fondation des principales banques de dépôts
1860 : Traité de libre-échange avec la Grande-Bretagne
1867 : Loi sur les sociétés anonymes
1878 : Monométallisme or
1882 : Krach de l’Union générale
1892 : Tarifs Méline
1914 : Cours forcé du billet de banque
1918-1926 : Crise du franc et poussée inflationniste
1928 : Franc Poincaré
1931 : Maximum de l’indice de la production industrielle
1936 : Accords Matignon. Loi des 40 heures. Dévaluation.

L’économie française présente un double visage : sclérosée mais aussi capable de dynamisme, souvent fermée sur elle-même, elle se montre pourtant sensible aux impulsions venues de l’extérieur, émiettée en une multitude d’entreprises industrielles et commerciales et de petites exploitations agricoles, elle sait néanmoins laisser sa place à un grand capitalisme. Ce dualisme devient très visible après la Seconde Guerre Mondiale

I

Un héritage immédiat catastrophique.

A

Quinze ans de crise et de guerre ont laissé l’économie exsangue

L’économie sort profondément affaiblie par la guerre et l’occupation allemande. Elle n’a connu aucune reprise après la crise des années 1930 à part le tardif essor de 1938 (fortement lié à l’effort de réarmement) et les effets de la guerre sont ravageurs.

Exemple

La production industrielle française a été divisée par 2 en 1945, alors qu’aux États-Unis et la Royaume-Uni, elle s'est maintenue voire a augmenté.

Toutes les infrastructures sont à reconstruire. Le retard technique s'est accentué. La ruine financière sévit, car Vichy a payé le coût de l’occupation grâce aux avances de la Banque de France, ce qui entraîne une augmentation de la masse monétaire avec une multiplication par 4 pendant la guerre. L’hyperinflation menace et le marché noir prolifère.

B

Le pays vit replié sur lui-même.

Le commerce extérieur est anéanti dû à un manque de ressources, une destruction des installations et de la flotte. Le niveau des exportations vaut 10% de son niveau d’avant-guerre. La France multiplie les emprunts auprès du Royaume-Uni et des Etats-Unis avec l'accord Blum-Byrnes en mai 1946 puis le plan Marshall en juin 1947).

Le contrôle des changes est institué depuis 1939. Un resserrement des liens avec les territoires sous domination française est indispensable car en 1949, 41% des exportations françaises se font vers l’Empire qui devient l'Union Française en 1958. La création d'une zone franc, où toutes les monnaies sont rattachées au franc métropolitain, rapproche encore plus la France de ses colonies.

Paradoxe

Alors que la France fait cavalier seul, on assiste sous impulsion des État-Unis, à la mise en place d'une organisation mondiale des échanges, fondée sur la multilatéralisation et le démantèlement des barrières douanières.

C

La misère attise les tensions sociales

Les tensions sociales sont très fortes. La dégradation du pouvoir d'achat et le chômage rendu inévitable par la paralysie de la production ravive les luttes des classes. Renault n'a ainsi conservé qu'un tiers de ses ouvriers au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

Les citadins reprochent aux ruraux d’avoir profité du marché noir pendant l’Occupation. Les consommateurs se scandalisent eux de la prospérité du petit commerce.

II

Les blocages du passé

A

Tout au long du 19ème siècle, l’économie française n’a jamais vraiment décollé

Il n'y a pas eu de décollage marqué par une augmentation significative des taux de croissance et d’investissement pour la France, à l’inverse des autres grandes nations. L'exception française d'un développement sans « take-off » pour reprendre l'expression de Rostow. L'économie française souffre d'un manque de modernisation avec des techniques passéistes et un« règne du petit » : une multitude de petites entreprises agricoles et industrielles se partagent le marché.

La France, qui était le deuxième pays exportateur mondial en 1850, est relégué au quatrième rang en 1914.

B

La démographie a bridé la croissance

La France est le pays d’Europe qui a accompli le plus tôt sa transition démographique.

Globalement, sur un siècle, sa population a augmenté deux fois moins vite que les pays européens. Cela a ralenti la marche de l’industrialisation, les gains de productivité n’ayant permis de compenser la pénurie démographique qu’après la première guerre mondiale. Par ailleurs, l’immense majorité de la population est restée rurale jusqu’aux années 1930. La France n'a pas connu comme le Royaume-Uni, un fort exode rural dès le 19ème siècle, libérant de la main d'oeuvre pour l'industrie, et permettant de faire pression à la baisse sur les salaires.

C

L’action de l’Etat a manqué d’envergure

Dans un pays à tradition colbertienne, l’Etat est allé à contre-courant, en maintenant uniquement une fonction classique d’encadrement, s'occupant des "routes, ponts, ports, canaux" comme le préconisait Adam Smith. L’Etat protège de la concurrence extérieure et de l’exploitation patronale en adoptant notamment des lois :

  • Sur le travail des enfants et des femmes.
  • Sur le repos hebdomadaire.
  • Sur la responsabilité en cas d’accident.

Mais l'Etat jamais n'apparaît donner une impulsion à l'économie. Ainsi une grande partie de l’argent du plan Freycinet de 1879 a été détournée.

III

Les possibilités du renouveau

A

Le legs du passé est loin d’être uniformément négatif

À la thèse d'un retard français, on peut opposer l'idée d'une spécificité française. La France s'est en effet appuyé sur son monde rural pour sa première révolution industrielle. L’industrialisation se fait par l’aval jusqu’en 1890 : les moteurs de la croissance sont les branches consommatrice de main-d’œuvre à la différence du Royaume-Uni où les industries de base impulsent l’ensemble.

La période de seconde industrialisation, avec le pétrole, l'électricité, la chimie, l'automobile et l'électrométallurgie en secteurs pionniers, est celle d’une croissance rapide. En 1914, la France est ainsi la première exportatrice d’automobiles. Son tissu économique est constitué de petites entreprises, mais plusieurs grandes entreprises familiales et dynamiques émergent comme les Schneider au Creusot dans le domaine de la sidérurgie. Les années 1920, bien que marquées par une dépréciation monétaire accélérée, sont propices aux regroupements et aux restructurations.

B

Des chances de redressement existent

A la Libération, les ministères à vocation économique se multiplient (Reconstruction et Urbanisation, Population, Ravitaillement). La politique économique s’appuie désormais sur un appareil conceptuel véritable et sur la diffusion des idées keynésiennes. La planification s’impose avec le Plan Monnet. L'idée de démocratie non seulement politique, mais économique et sociale s’impose entraînant la restitution à la nation des activités de base. Les nationalisations touchent l’énergie, les transports, le crédit ou encore l’assurance.

L'Etat procède à un renforcement de la législation sociale avec la création des comités d’entreprises et le salaire minimum vital). L’Etat Providence devient réalité avec les Ordonnances de Pierre Laroque en 1945 qui fondent la Sécurité Sociale. On assiste enfin à un renouveau démographique, le Baby-boom (1942-1965).

C

Reconstruire ou moderniser ?

Les élites dirigeantes françaises sont marquées par le souvenir des décisions prises suite à la Première Guerre Mondiale. Face à la dévastation du Nord-Est, il avait été décidé de restaurer le patrimoine, au lieu de le transformer.

À la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, la France décide cette fois de faire de la modernisation, un impératif majeur. La recherche de modernisation touche non seulement les dirigeants, mais aussi les chefs d’entreprises dans leur façon de produire ou les agriculteurs dans leurs achats de matériel pour moderniser l’exploitation.

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