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Chapitre 17 :
Les grands traits de l’évolution économique française depuis 1945

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Les grands traits de l’évolution économique française depuis 1945

Chronologie

1948 : Début de l’aide Marshall. Plan Mayer
1952 : Gouvernement Pinay
1958 : Dévaluation. Ouverture commerciale et financière
1959-1962 : Balance commerciale excédentaire
1963-1965 : Plan de stabilisation conjoncturelle
1967 : Premières manifestations du chômage structurel
1969 : Dévaluation Giscard
1973 : Flottement généralisé des monnaies
1974 : 1ère récession d’après guerre
1979-1980 : 2ème choc pétrolier
1983 : tournant de la rigueur (Mauroy)
1985-87 : déréglementation des prix, des changes, du crédit
1992 : signature du traité de Maastricht
1993 : grave récession (3M de chômeurs)
2002: remplacement du franc par l’€
2008 : crise financière + fort renchérissement du prix du pétrole

Après la seconde guerre mondiale Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible (écrit en 1979 par Jean Fourastié), bouleverse en une génération les modes de vie, les conditions d’existence et les comportements des Français.

En 1973, la France va connaitre une longue phase de ralentissement économique, de désagrégation sociale, d’interrogations idéologiques baptisée, faute de mieux « la crise » (qui est durable et non passagère, d’où un étonnement de l’opinion publique est un agacement des hommes politiques, dorénavant plus « maîtres de leur destin »).

Longtemps fermée, la France s’ouvre après 1959 (imitation des modes de croissance et des règles de conduite de ses partenaires). Mais ouverture pas toujours bénéfique. Tout autant que le passage de la prospérité à la crise, celui de la fermeture à l’ouverture rythme ainsi l’évolution et permet d’esquisser une périodisation.

I

L’économie fermée (1945-1958)

A

L’inflation, l’aide Marshall et le dirigisme permettent la reconstruction

Jusqu'au début des années 1950, la croissance est spectaculaire grâce à l'érosion monétaire, les crédits extérieurs, les actions des pouvoirs publics.

1

L'inflation, facteur d'accélération de la croissance...

L’inflation est rapide tout au long de la période. Résultat : les dettes fondent, les ménages sont incités à multiplier leurs achats par anticipation et les entreprises à s’endetter pour commander des biens d’équipement.

2

... qu'il faut contrôler

Le franc est dévalué deux fois. Mais l’inflation isole la France, incapable de remplir les obligations des organisations économiques internationales dont elle est membre.

Mayer, ministre radical des Finances dans le gouvernement Schuman (1947-48), comprend les limites de la dérive monétaire. Il fait jouer les mécanismes du marché et autorise les entreprises à relever leurs tarifs. Le but est de leur permettre d'équilibrer leurs comptes et de diminuer les demandes de subventions qui grèvent le budget de l’État et génèrent le déficit.

Mais, on assiste à une nouvelle hausse des prix. Pour comprimer la circulation monétaire, l’état retire les billets de 5000 Francs, qui alimentent le marché noir. En 1949, le taux d’inflation revient à une valeur raisonnable, la dérive de l’hyperinflation est évitée et la croissance toujours suffisante pour la assurer la modernisation du pays.

3

La plan Marshall

La France est le deuxième pays bénéficiaire du plan Marshall. Elle reçoit 2,6 milliards de dollars essentiellement sous forme de dons, utilisés pour la reconstruction.

Le gouvernement français établit une liste des commandes de biens américains qui est adressée aux entreprises américaines. Les produits sont livrés gratuitement et ont une contre-valeur en franc, qui est employée par le Trésor de trois manières :

  • Remboursement de la dette contractée par l’Etat auprès de la Banque de France ;

  • Dotation en capital aux grandes entreprises publiques (EDF, GDF, SNCF, Charbonnages de France) ;

  • Prêts à long terme aux entreprises.

Chaque dollar versé sert donc deux fois : acquisition de biens américains et modernisation de l’économie française. La moitié des ressources nécessaires au Plan Monnet est fournie par le plan Marshall.

4

Mise en place d'un dirigisme économique

L’action gouvernementale est durant toute cette période d’un extrême dirigisme. Le poids des dépenses publiques dans le PIB est énorme. Il y'a un contrôle des prix, des changes, du crédit et même des salaires jusqu’en 1950.

Ce dirigisme économique s'exprime par plusieurs nationalisations et le dynamisme des hommes placés à la tête des entreprises publiques (Louis Armand à la SNCF). Surtout, le Plan Monnet de 1947 établit les secteurs prioritaires : charbon, électricité, acier, ciment, transports, matériel agricole, carburants, engrais azotés.

5

Ses réussites et ses limites

L'objectif est de dépasser de 25% le niveau de production de 1929 dès 1950, mais il n'est pas atteint (+12% seulement en 1952 mais le résultat est déjà remarquable).

Mais, ce dirigisme économique montre quelques limites. Il entraine tout d'abord un déficit public important et favorise l'inflation. Il se fait ensuite dans le contexte politique d'une majorité parlementaire de droite ou du centre, méfiante voire hostile à cette politique économique.

D'autres parts, les entreprises publiques doivent acquérir leur autonomie et le secteur privé doit trouver avantage à la croissance.

B

A partir du début des années 1950, l’expansion s’enhardit mais bute sur des limites étroites

1

1952 : Arrivée au pouvoir d'Antoine Pinay dans un contexte inflationniste

Arrivée à la présidence du Conseil d’Antoine Pinay en mars 1952, la droite libérale donne la priorité au retour de l’ordre monétaire et non à la modernisation.

On assiste en même temps à un nouveau gonflement de l’inflation aggravée par les dépenses militaires (Guerre Indochine). Pinay fait appel au bon sens, au réalisme et a l'intérêt matériel des Français.

2

1953-1955 : L'âge d'or de la 4e République

Il obtient des engagements de modération des hausses des prix de la part des fédérations patronales. Il lance aussi un emprunt public indexée sur l’or et dont les intérêts versés sont exonérés d’impôt et de droits de succussions.

Réussite éclatante : en 1953, pour la première et la seule fois dans le siècle, les prix baissent, sans que l’économie ne soit en récession. On assiste plus généralement à un « âge d’or » de la 4e République.

À côté de la croissance sans inflation, la revendication systématique n’est plus la règle d’action des syndicats et on assiste à début d’ouverture de l'économie française. Ainsi la France prend une part active dans la construction européenne.

Exemple

La conférence de Messine en 1955 conduit à l'abrogation partielle des contingentements.

3

1956-1957 La prospérité remise en question

Mais l’expansion reste fragile. La France, dont le ressort de la croissance reste uniquement intérieur, butte périodiquement sur la surchauffe.

1956-1957 voit une nouvelle flambée inflationniste avec la guerre d’Algérie. Les dépenses publiques augmentent et la main d'oeuvre se et raréfie. L’expédition de Suez provoque également une brusque tension sur les prix de l’énergie.

Par ailleurs, le retour de la gauche (Guy Mollet) au pouvoir inquiète les milieux financiers. Ces derniers boudent l’emprunt par lequel le ministre des Finances Paul Ramadier tente de financer le déficit et de nouveaux emprunts sont contractés auprès du FMI. Le nouveau plan de redressement qui en résulte est humiliant selon l’opinion publique.

4

Les signes d'inertie de l'économie française

On ne voit pas de mutations structurelles survenir. Les grandes entreprises dominantes appartiennent toujours à des secteurs identiques à ceux de l’avant-guerre.

On assiste aussi au succès du poujadisme auprès des petits commerçants et de petits agriculteurs, symbole de la France des « petits », repliée sur elle-même, refusant la modernité.

Exemple
  • Automobile : Renault

  • Pétrole : Esso France

  • Pneumatique : Michelin

5

Une ouverture au monde difficile

Malgré l’Accord monétaire européen de 1955 qui prévoyait le retour de toutes les monnaies européennes à la convertibilité externe, le franc reste inconvertible contrairement à la Livre Sterling et au DeutschMark.

Les échanges extérieurs restent majoritairement cantonnés à la zone franc. En 1958, les échanges avec les partenaires de la zone franc représentent 40% des exportations et 30% des importations. L'Algérie demeure le 1er partenaire commercial depuis 1932.

La signature du traité de Rome, enfin, se fait dans une perspective plus politique qu’économique.

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