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Chapitre 18 :
En France, l’économie ouverte (1959-1973) et l'économie en crise (à partir de 1973)

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En France, l’économie ouverte (1959-1973) et l'économie en crise (à partir de 1973)
I

L'économie ouverte (1959-1973)

A

L’ouverture a d’abord des effets largement positifs

1

Des décisions fortes sont prises

La France adopte une série de mesures pour favoriser son ouverture au commerce international. Le ministre des Finances sous De Gaulle, Antoine Pinay, modernise le système fiscal et limite le déficit budgétaire français aux prêts à long terme accordés par le Trésor aux entreprises. Surtout Pinay officialise la dévaluation en décembre 1958 et en décide une nouvelle, au taux élevé (17,5%) pour donner une nouvelle impulsion aux exportations à la veille de l’ouverture du Marché commun.

Il faut réaliser d’un seul coup une triple mutation, commerciale, financière et monétaire. En même temps que la dévaluation de décembre 1958, sont annoncés :

  • L’abrogation de 90% des contingentements
  • La baisse des tarifs douaniers de 10% à l’égard des partenaires du Marché commun, conformément aux engagements pris lors du traité de Rome
  • Le rattachement du franc à l’or et non plus au dollar.
2

Une réaction positive

L’économie réagit positivement au choc de l’ouverture. Pour la première fois depuis 1876, le commerce extérieur dégage plusieurs années consécutives d’excédents. La monnaie est solide. Les échanges se recomposent sectoriellement et géographiquement.

Sur le plan des Exportations :
La France bénéficie d'une progression de ses parts à l'exportation pour les produits agricoles et alimentaires, les biens d’équipement, et le matériel de transport. Les pays européens sont de nouveaux débouchés pour les entreprises. L’Allemagne fédérale remplace l’Algérie comme premier client de la France en 1961.

Sur le plan des Importations :
La montée des produits manufacturés dans le total des importations fournit aux ménages des biens de consommation courante et durable. La France, comme de nombreux pays européens, bénéficie d'un rattrapage technologique vis-à-vis des Etats-Unis, en important des produits de qualité supérieure.

Sur le plan des Flux financiers :
La balance des paiements courants est largement positive durant les Trente Glorieuses. Les capitaux à long terme sont investis de plus en plus dans le pays, attirés par la stabilité politique, la faiblesse de l’inflation et la position centrale de la France dans l’espace européen. L’économie bénéficie ainsi de l’installation de nombreuses firmes étrangères, surtout américaines et d'une ouverture humaine (immigration fortement réduite durant les 1950’s).

La grande vague migratoire provenant de la péninsule ibérique et de l’Afrique du Nord amène une main d’œuvre importante dans le bâtiment, la sidérurgie, la construction automobile ou l’industrie chimique. Les structures productives se transforment en profondeur : les entreprises industrielles se concentrent, la superficie moyenne des exploitations agricoles augmente, La grande distribution fait son apparition (naissance de Carrefour en 1959), et un changement de dimension au sein de l’économie nationale s’opère.

3

La croissance provient aussi du marché intérieur

La croissance des Trente Glorieuses provient également de causes intérieures. Le baby-boom a un impact stimulant sur la croissance, opérant un rajeunissement démographique. Les taux de fécondité sont élevés jusqu'en 1965, et le marché du travail ne souffre d'aucune pénurie de main d'oeuvre.

L’exode rural, accéléré par la politique de modernisation des structures agricoles, stimule les besoins de logements, dynamise l’investissement, fournit une main d’œuvre abondante et peu coûteuse aux industries et contribue à la « révolution silencieuse » des campagnes. De nouveaux comportements s'observent, avec une modernisation technique et une intégration de l’agriculture dans l’économie nationale.

En 1948, dans le cadre du plan Marshall, s’organisent des missions de productivité : des chefs d’entreprises, cadres ou ouvriers qualifiés sont envoyés aux Etats-Unis pour s'enrichir des dernières innovations. En 1954, Mendès France crée un Commissariat à la productivité, et De Gaulle crée la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST). En 1965, le taux de croissance est supérieur ou égal à la moyenne des autres pays industrialisés grâce à un effort de rigueur, à la surveillance des tendances inflationnistes et à un plan de stabilisation conjoncturelle draconien.

B

L’internationalisation de l’économie fait surgir de nouvelles difficultés

1

La contrainte extérieure

La contrainte extérieure freine à plusieurs reprises la croissance à court terme. La France ne peut plus diriger son économie sans prendre en compte la conjoncture économique de ses voisins. En 1967, une sévère récession allemande entraîne des difficultés pour les entreprises françaises exportatrices. La France ne peut plus tolérer des poussées inflationnistes à cause des effets sur les équilibres extérieurs.

On surveille désormais le différentiel d’inflation, et non le montant absolu de la hausse annuelle des prix de détail. En septembre 1963, un nouveau plan de stabilisation conjoncturelle est mis en place, à cause d’une légère recrudescence inflationniste. Cette stabilisation affaiblit la croissance. Entre 1965 et 1967, la croissance est en effet moins brillante et le chômage est significatif (300 000 personnes en 1967) ce qui entraîne la création de l’ANPE en 1967.

L’internationalisation oblige aussi à des mutations structurelles douloureuses et à la reconversion de certaines régions. Les régions comme le Nord-Pas-de-Calais ou la Lorraine sidérurgique, ancien bastions de la puissance industrielle du pays, subissent un ralentissement marqué et nécessitent une reconversion. La mise en place par l’Etat de pôles de croissance sont fondés non plus sur les ressources intérieures mais sur les importations.

Exemple

La sidérurgie de Dunkerque ne s’approvisionne plus en minette lorraine, mais en hématites de Mauritanie, du Brésil, d’Australie

2

Repenser la politique économique devient obligatoire

Avec l'ouverture des économies, on observe une évolution du dirigisme dans lequel se meut la politique économique française depuis 1945. La France doit s’adapter aux modifications dans les domaines du droit de la concurrence, de la réglementation des transports ou du régime des aides régionales imposées construction européenne.

Dans les années 60, de nouvelles règles de conduite sont adoptées avec une profonde révision des principes et méthodes en vigueur depuis la Libération. Michel Debré, ministre de l’Economie en 1966, abroge ainsi la séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires. Les ressources collectées par les grands établissements de crédit peuvent alors être utilisées pour le financement des investissements dans une logique de marché et non plus de réglementation étatique. Le Vème Plan de 1966 ne sert plus à obtenir la croissance la plus large possible, mais à déterminer les conditions qui permettent une croissance équilibrée en tenant compte de l’environnement international.

L’internationalisation débouche sur des échecs. La crise de mai 1968 crée un malaise social suscité par la montée du chômage et l'explosion de l’inflation. La France connait une crise monétaire très grave à l’automne 1968. Pour éviter la dévaluation, on rétablit les mécanismes de contrôle disparus depuis 10 ans avec un recours au blocage des prix et à l’encadrement du crédit. En été 1969, la dévaluation Giscard entraîne un rééquilibre des échanges extérieurs mais l’inflation continue de progresser. La France, comme les autres pays industrialisés occidentaux, connaît une surchauffe annonciatrice des grands dérèglements postérieurs à 1973.

Mise en place d’un nouveau paysage monétaire : les changes flottants. Hausse des prix du pétrole, instabilité des cours des matières premières industrielles et agricoles.

L’économie française tente de s’adapter à de nouvelles conditions : le passage aux changes flottants à partir de 1976, la hausse des prix du pétrole et l'instabilité des cours des matières premières industrielles et agricoles.

II

L’économie en crise (à partir de 1973)

A

L’évolution devient incertaine et les déséquilibres se creusent au cours des années 1973-1982

1

Le ralentissement de la croissance

Avant les chocs pétroliers, le chômage semble conjoncturel

Avant le 1er choc pétrolier, l’inflation et le chômage avaient fait leur apparition. Jusque là, ces maux paraissaient évitables (croissance accélérée, mauvaise adaptation de la population active aux besoins de l’économie).

Ce d’autant plus que la France avait partagé avec d’autres pays industrialisés tels le Japon ou l’Italie le privilège de n’avoir connu encore aucune récession depuis 1945.

Les années 1970 : chocs pétroliers et menace de récession

À partir de 1973, la récession menace. En 1975, le taux de croissance est nul. Seuls les services permettent alors d’éviter une sévère récession car la production industrielle recule fortement entraînant un triplement du chômage par rapport au niveau de 1967 (date de la création de l’ANPE).

À partir des années 1980, le chômage atteint une taille critique

En 1980, on compte 1,5 millions de chômeurs. Quant à l’inflation, elle dépasse fréquemment les taux à deux chiffres. La France se situe cependant dans les moyennes des autres pays industrialisés.

2

L’affaiblissement structurel de l'économie française

La crise des années 70 révèle les limites de la modernisation antérieure et la fragilité de ses acquis. Les chocs monétaires et énergétiques ne sont que les détonateurs d’une crise qui était devenue inéluctable.

La modernisation des équipements marque le pas

L’investissement est paralysé a cause du déclin des ressources d’autofinancement des entreprises, et le désir de ne plus recourir à des crédits bancaires de plus en plus onéreux.

L’État, dans sa recherche d’équilibre budgétaire, évite de surcharger ses dépenses de grands programmes de Travaux Publics ou d’équipements collectifs. Enfin, le baby boom est passé et les ménages investissent moins dans un logement.

Fin du paradigme de la grande entreprise

La recherche d’une taille accrue semble révolue dans les entreprises industrielles et commerciales, comme dans les exploitations agricoles. Face au ralentissement de la croissance, les PME paraissent souvent mieux adaptées au nouvel environnement, grâce à leur souplesse face à la conjoncture.

Le dynamisme régional est atteint

Les pôles de croissance littoraux sont devenus des poches de chômage depuis que les industries lourdes qui y ont été implantées entrent en crise les unes après les autres (sidérurgie, raffinage pétrolier, construction navale…).

Les effets négatifs de l'internationalisation de l'économie

L’ouverture au reste du monde, qui semblait irrésistible lors de la période précédente, multiplie ses effets négatifs. Certes la France est devenue la 4ème puissance exportatrice du monde, mais le déficit commercial s’installe à nouveau et la balance des paiements courants est presque toujours négative. La position internationale du franc devient très précaire (3 dévaluations en 1981, 1982, 1983).

3

L'échec des politiques économiques

Fin du modèle keynésien

Face à une telle situation, les gouvernements successifs connaissent les mêmes hésitations que les autres pays industrialisés. Au moment même où le keynésianisme semble enfin triompher en France et fournir à la politique économique un cadre à la fois intellectuellement satisfaisant et pratiquement efficace, il achoppe sur la crise. Les politiques de relance conjoncturelle échouent les unes après les autres.

Exemple

On peut citer en exemple l'échec cuisant plan de refroidissement puis de relance de 1974-75.

Les gouvernements successifs face à leurs hésitations

La planification devient un outil inutile. Au cours de cette période, les mesures successivement tentées semblent manquer du temps nécessaire pour faire sentir leurs effets. Des stratégies diamétralement différentes ont été successivement adoptées par des équipes appartenant à la même majorité, parfois par un même gouvernement.

Exemple

Jacques Chirac à la tête du gouvernement hésite ainsi entre rigueur et relance face au 1er choc pétrolier.

B

Depuis 1983, l’économie française s’est alignée sur les grandes tendances en vigueur dans les autres pays industrialisés

1

L'adoption de la rigueur

En 1983, le gouvernement Mauroy décide, enfin, de s’aligner sur les politiques de rigueur des autres pays industrialisés. L’heure n’est plus à des tentatives de politique « autonome ». Au tournant des années 1990, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, s’efforcent de limiter les déficits publics, d’assainir les structures de l’économie, d’éliminer les comportements non concurrentiels et de placer ainsi la France en situation de remplir les engagements souscrits lors de la signature du traité de Maastricht en 1992.

Exemple

Pierre Bérégovoy fait de la « désinflation compétitive » sa ligne de conduite. Il s’agit de rendre la France semblable aux autres pays industrialisés (et de respecter également les « critères de convergence » de l’UE, pour pouvoir participer à la mise en place de l’euro). C'est un renoncement au « modèle français » qui reposait sur une large intervention étatique.

C’est donc moins le souci de rigueur que la volonté de « mise en phase » avec les autres pays industrialisés qui caractérise la politique économique et sociale française dans les années 1980.

La mondialisation, le triomphe du marché, l’interdépendance croissante entre les pays de l’Union Européenne sont ressentis, par tous (gouvernements mais aussi industriels, commerçants, agriculteurs), comme un cadre obligé qu’il est impossible de ne pas respecter et dans lequel toute décision doit nécessairement s’inscrire.

L’action gouvernementale adopte et copie des mesures prises à l’étranger (le thatchérisme et ses privatisations, Reagan et la dérèglementation).

Exemple

L’ordonnance sur les prix est abrogée en 1986 et le contrôle des changes a disparu en 1990.

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