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Chapitre 25 :
Agriculture, Industrie et Services en France

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Agriculture, Industrie et Services en France
I

L'agriculture en France

A

La France est une grande puissance agricole, de rang mondial plus encore qu’européen

1

L'agriculture décolle grâce à l'intervention de l'Etat

À la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, les conditions sont réunies pour faire de la France une puissance agricole mondiale. La France a une superficie agricole utilisée de 30 millions d’hectares (soit plus de 50% du territoire national) qui est répartie de manière assez équilibrée. Historiquement, l'Etat ne s’est jamais désintéressé de l’agriculture. Le pays bénéficie de climats variés et d'exploitations concentrées.

À la libération, un élan modernisateur dans le cadre du plan Monnet est lancé par un ministre socialiste, François Tanguy–Prigent : en 1970, le fermage représente 46% de la surface agricole utile.

Définition : La surface agricole utile (SAU)

La surface agricole utile (SAU) est un instrument statistique destiné à évaluer la surface foncière déclarée par les exploitants agricoles comme utilisée par eux pour la production agricole, différente de la SAT.

En 1945, l’Etat réorganise l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) et crée les CUMA (coopératives d’utilisation de matériel agricole). Le Crédit Agricole se voit confier le monopole de distribution des crédits pour l’équipement agricole, les taux pratiqués diminuent alors de 50% par rapport à ceux pratiqués par les autres banques.

En parallèle, l’Etat instaure une politique de soutien des cours avec une mise en place d’organismes de soutiens chargés de stabiliser le cours des produits agricoles comme l'ONIC. En 1961, l’ensemble de la production est placée sous ce régime par l’intermédiaire du FORMA (Fonds d’orientation et de régularisation des marchés agricoles)

Pourtant, en 1965 le bilan est mauvais: les exploitations sont médiocres, les rendements peu satisfaisants et les échanges extérieurs sont lourdement déficitaires. Les efforts gouvernementaux et l’aide européenne paieront à partir de la décennie suivante. Il a fallu attendre les 30 dernières années pour que la puissance agricole française se manifeste enfin dans toute son ampleur.

En 1971, pour la 1ère fois depuis 1860, la France devient exportatrice nette de produits agricoles. Depuis, l’excédent agro-alimentaire n’a cessé de s’amplifier. A la fin des années 70, la France se classe derrière les USA, au rang de 2e exportateur agro-alimentaire mondial.

2

Les raisons d'un tel succès

Le succès de l'agriculture française s'explique par :

  • La motorisation : le parc de tracteurs quintuple de 1945 à 1955 et, atteint un sommet en 1979.
  • La chimisation : la consommation d’engrais double à chaque décennie jusqu’aux années 1980.
  • L'augmentation de la taille des cultures : la taille moyenne des exploitations a été multipliée par 2 par rapport à l’après-guerre
  • L'amélioration des rendements : les rendements céréaliers sont de 4 à 8 fois améliorés.
  • La construction européenne, plus encore que la politique de l’Etat, a constitué un perpétuel facteur de progrès et de stimulation, offrant à l’agriculture française des débouchés garantis et une protection vis-à-vis du reste du monde.

A partir de 1962 et la mise en place de la PAC, la France écoule une part croissante de sa production sur le marché européen. En 1995, l’Union Européenne a absorbé 70% des exportations agroalimentaires françaises contre 25% au début des années 60. On observe une spécialisation française dans certains domaines. La France représente 20% de la production agricole européenne totale (avec une pointe à 44% pour le maïs). Rouen est devenu par exemple le premier port céréalier européen.

Bien qu'elle soit capitale pour les débouchés, l’UE ne l’est pas moins pour les approvisionnements. En 1968, la disparition des barrières douanières pour les produits manufacturés permet aux agriculteurs français de se procurer tous les produits nécessaires à la modernisation auprès des fournisseurs européens. Le soja provient ainsi d'Italie.

Depuis 1962, la PAC a donné aux agriculteurs français l’assurance de pouvoir écouler sur le marché communautaire leur production, quel qu’en soit le volume. C’est le contribuable européen qui finance la PAC (alors qu’aux États-Unis, c’est le consommateur).

3

Le décollage s'accompagne d'une transformation des régions agricoles

Les régions naguère déshéritées l’emportent en puissance productive face au littoral qui subit les fréquents effondrements des prix des produits maraîchers.

Exemple

La Champagne crayeuse ou « pouilleuse» a connu une révolution complète à partir des années 50 : les grands propriétaires ont décidé de se spécialiser dans des plantes fourragères comme la luzerne. On y trouve désormais les plus puissantes sucreries de France voire d’Europe.

La « France du vide » désigne ces régions non touchées par des transformations sensibles, vidées par l’exode agricole, subissant le vieillissement des exploitants, affectées par la concurrence des résidences secondaires et des équipements touristiques.

B

Pourtant, l’agriculture traverse aujourd’hui une crise

1

Les formes de la crise

La crise actuelle se manifeste à plusieurs niveaux :

  • Le revenu des agriculteurs est en constante progression de 1960 à 1973 puis en baisse constante jusqu’en 1980. Depuis, ces revenus sont marqués par une extrême volatilité. La dépendance des agricultures vis-à-vis de l’Etat ne fait que s’accroître. En 1995, 68% du revenu annuel des éleveurs de moutons a ainsi été fourni par les aides gouvernementales.

  • Depuis le début des années 80, les prix agricoles reculent. Parallèlement, le patrimoine des agriculteurs se dévalorise.

  • L'endettement, longtemps gage de modernisation et d’efficacité, s’est transformé en source d’innombrables difficultés. Aujourd’hui, les frais financiers absorbent 20% des charges d’exploitation des agriculteurs. Ils ne représentaient en 1960 que 3%.

2

« La fin des paysans »

Ces difficultés communes cachent cependant une forte hétérogénéité interne : en 2004, les revenus des viticulteurs augmentent de 50% tandis que ceux des éleveurs hors-sol (volailles, lapins) s’effondre de 19%. Mais il reste néanmoins un sentiment commun chez les agriculteurs : celui de « la fin des paysans ». En 2004, les agriculteurs exploitants représentent 3,5% des actifs contre 30% en 1945. Le vieillissement est tel que 60% des chefs d’exploitation ont aujourd’hui plus de 50 ans.

Marginalisés dans la population active, minoritaires dans les communes rurales, les agriculteurs sont ainsi confrontés à une crise multiforme qui, à la différence de celle des années 1930, ne menace pas seulement leur condition matérielle, mais remet en cause leur existence même.

3

L'absence d'un complexe agro-alimentaire

L’agriculture souffre de son intégration encore incomplète au reste de l’économie. Il n’existe pas en France de « complexe agro-alimentaire », comme il en existe aux États-Unis. Les activités d’amont (machinisme agricole, industrie des engrais) sont souvent dépendantes de capitaux étrangers.

À l’aval, la puissance des industries agro-alimentaires (IAA) est indéniable. Mais si la France est première en Europe pour sa production brute, elle n’est que troisième, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, pour la valeur ajoutée générée par ses IAA.

Exemple

Le secteur laitier fait exception, car il est très concentré avec de grandes coopératives comme Lactalis, numéro deux mondial du lait après le néo-zélandais Fonterra. Lactalis, qui veut aujourd'hui s’implanter en Inde comme premier producteur mondial de lait, réalise déjà 60% de son CA en Europe et achète des entreprises au Brésil ou en Chine

La France fait reposer l’essentiel de sa puissance agricole sur des produits bruts et dépend donc trop étroitement des ventes de produits dont la valeur ajoutée est réduite.

4

Une moindre protection de l'agriculture française par l'Union Européenne

Le rôle de l’Europe, longtemps bénéfique, s’est inversé. La Politique Agricole Commune a, dès ses débuts, généré des problèmes de surproduction. Puis, en 1984, l’institution de seuils et de quantités maximales garanties pour toutes les catégories de produits a pénalisé gravement l’agriculture française.

Quant aux prix garantis, sans cesse revus à la baisse depuis plusieurs années, ils ne forment plus pour les agriculteurs une sauvegarde efficace contre la mévente. Surtout face aux Etats-Unis, l’Europe s’est souvent montrée tolérante, au détriment des intérêts agricoles français.

Après les vifs affrontements de l’Uruguay Round, l’Union Eeuropéenne a fortement réduit ses subventions à l’exportation, facilitant ainsi l’accès au marché communautaire pour les exportateurs du reste du monde. Aujourd’hui, dans de nombreux domaines, l’agriculture française dépend des décisions de Bruxelles (fixation des prix garantis, organisation des marchés, contrôle des productions, normes sanitaires).

II

L’industrie française depuis 1945

A

Juxtaposant forces et faiblesses, l’industrie française présente un aspect contrasté

La France connaît depuis le début des 1960s le phénomène de désindustrialisation qui se manifeste par :

  • Plafonnement puis baisse de la part de la population active travaillant dans le secondaire
  • Recul de certaines grandes productions
  • Déficit de la balance commerciale des produits industriels
  • Extension des poches de chômage et des friches industrielles au niveau régional

En 1945 le secondaire et le tertiaire emploient autant d’actifs (32%). Mais la progression du secondaire durant les Trente Glorieuses est moins forte que celle du tertiaire. En 1973, 50% de la population travaille dans le tertiaire contre 38% pour le secondaire.

Dès lors, la France semble avoir perdu son statut de grande puissance industrielle, même si elle demeure la 5ème puissance industrielle au sein de l’OCDE, elle ne manque pas de grandes entreprises capables de dominer leur secteur (ex : LVMH, Alstom, Pechiney,…),l’industrie française est relativement équilibrée et possède la gamme complète des productions industrielles,elle s’est toujours montrée capable de spectaculaires prouesses techniques (ex : Concorde 1968).

La présence internationale de l’industrie française a connu récemment une percée remarquable. Depuis 1985, le flux d’IDE réalisés par les entreprises françaises dépasse largement celui des IDE reçus en France. De 1990 à 1992, la France est le 2nd investisseur mondial en termes de flux. Les entrepreneurs français ont la délocalisation facile (ex : Renault en Turquie, Pechiney au Cameroun).

Les firmes françaises n’hésitent pas à s’emparer de firmes étrangères pour atteindre une taille critique et devenir acteurs de l’économie mondiale (ex : l’Oréal réalise 76% de son chiffre d’affaire à l’étranger).

Cependant, la France a quelques lacunes. Elle a l'incapacité à faire face à la concurrence des pays du Sud sur certaines productions (ex : aucune firme française ne figure parmi les 10 premières mondiales de l’informatique, de la construction électrique ou du textile.).

Elle délaisse certaines productions comme le secteur des machines-outils (10ème rang mondial), qui est pourtant capitale pour les besoins en équipement, pour certaines entreprises elle est en situation de monoproductionce qui n’est pas problématique en période faste, mais qui est dangereux en cas de turbulences.

Les « géants » nationaux pèsent peu par rapport à leurs homologues étrangers (Danone ne réalise qu’1/4 du chiffre d’affaires de Nestlé).

Les efforts de recherche sont insuffisants (la France se classe au 4e rang des principaux pays de l’OCDE par son effort global de recherche) et se dirige de manière excessive vers le secteur militaire. Les PME ne réalisent que moins d’1/5 de l’effort de recherche industriel en partie car elles sont trop petites, en effet en 2007, 155 000 PME ont été comptabilisées dans l’industrie et plus des quatre-cinquièmes étaient des micro-entreprises. Même dans le secteur militaire, son efficacité est à nuancer.

En janvier 14, le Brésil décide de choisir le Gripen (Suédois, Saab) pour ses avions à défaut du Rafale pour 5MM$. Or si le Rafale domine tous les autres sur le plan technique, il est 25% plus cher tant à l’achat qu’à l’entretien et donc peu adaptés à des pays qui n’ont pas d’ennemi et dont les budgets sont serrés. Dassault a connu le succès avec son Mystère (vendu à 600 exemplaires dans les 70, ou le mirage 2000, avions robustes et peu onéreux).

La stratégie de montée en gamme prônée par tous les politiques est-elle payante ? Exemple de l’Allemagne (machines outils, berlines) ou des entreprises françaises (luxe, Sanofi, Club-Med) qui affichent une croissance record dans les pays émergents. Mais la montée en gamme doit correspondre aux besoins de la clientèle. Ne pas faire de la technologie juste pour de la technologie : concorde = échec commercial, EPR= difficultés de lancement, Rafale = échec ?

La dimension internationale de l’industrie française demeure également précaire. Le dynamisme exportateur repose essentiellement sur un petit nombre de grandes entreprises.

Bilan du commerce francais en 2013

Recul de 9% par rapport à 2012. Cependant c'est a nuancer car il y a eu un repli des exportations de 1% et de 2,5% pour les importations (en partie à cause de la contraction de l’économie). C'est la marque d’une reprise lente, mais aussi d’une zone euro qui a du mal (60% du commerce francais se fait avec l’UE). En revanche, le nombre d’entreprises qui exportent est en augmentation (150 000), or le grand point faible de la France est le manque d’ouverture de ses entreprises qui ont du mal à prospecter à l’étranger Ex : les PMI (90% du nombre total d’entreprises industrielles + 50% effectifs) ne contribuent qu’à 25% des exportations, c'est un comportement résiduel à l’exportation

Le poids dans le commerce mondial est en recul (6% dans les années 90, 3,2 aujourd’hui ‘hui), avec de plus en plus de compétition mondiale mais aussi européenne (baisse importante du coût du travail en Espagne/Italie)

2001/2007/2013 France Allemagne
Balance commerciale +3MM /-30MM/ -61MM + 60MM /+185MM/ +198MM+ 60MM /+185MM/ +198MM
Exportations en MM€ 360/ 440 600 / 1100
Part dans le commerce mondial 5/3,2 8,6/7,8

Les industries nationales sont vite être dépassées par la pénétration d’industries étrangères sur le sol français et la dépendance technologique est loin d’être négligeable (la balance des brevets est traditionnellement déficitaire).

Enfin, une bonne part de l’industrie nationale reste sous contrôle étranger (30% des effectifs, 36% des exportations, 37% des investissements, avec comme première région l’Alsace 45%). Ce qui renforce la vulnérabilité de la France, ainsi en 2010 baisse de 70% des IDE entrants et -30% de création d’usines (Massey-Ferguson à Bauvais).

B

Le tissu régional porte la marque des facteurs qui ont successivement déterminé les localisations industrielles

L’industrie lourde s’est implantée sur les ressources locales. Lecharbon du Nord-Pas-de-Calais, la région de Saint-Etienne a attiré la sidérurgie, le minerai a permis l’industrialisation le long des côtes de Moselle, l’hydroélectricité explique l’apparition de la métallurgie de l’aluminium dans les vallées alpines et pyrénéennes.

L’industrie s’est aussi fixée en fonction de la situation géographique de plusieurs régions françaises. La région de Mulhouse = proche des foyers rhénans et helvétiques  rôle pionnier dans révolution industrielle début XIXe siècle.

Les grands foyers urbains ont toujours été attractifs pour l’industrie (concentration de main d’œuvre).

Exemple

En 1960, Paris concentre 50% des salariés dans la construction automobile, malgré la décentralisation (fermeture de Seguin en 92)

Autres facteurs :

  • Éloignement des usines d’armement
  • Construction aéronautique de frontière Nord-est
  • Usines s’implantent dans le Centre et le Sud-ouest (Toulouse)

Le ralentissement de la croissance dans les 1970’s a eu d’importants effets sur les localisations industrielles. L'état a multiplier les subventions pour y attirer des industries de substitution dans les régions subissant un déclin industriel. La construction automobile a ainsi fait son apparition dans le Nord (Douai, Valenciennes) et en Lorraine.

Enfin, l’appel aux capitaux étrangers est devenu systématique. L’implantation de firmes étrangères sur le sol français représente parfois la seule chance de survie pour les activités industrielles menacées.

C

Les responsabilités de la situation présente sont partagées, mais risquent de déboucher sur de graves conséquences à l’aube du grand marché européen

Depuis la libération, l’Etat a été un puissant agent de modernisation industrielle. Mais la politique conjoncturelle (blocage des prix, augmentation des impôts sur les bénéfices) a souvent été catastrophique pour les entreprises.

La politique budgétaire a parfois freiné la croissance industrielle (les aides en Recherche et Développement dans les années 1970 ont été trop négligées, représentant 2,5% du PIB de 1960 à 1973).

La politique sociale (la protection sociale est financée par les cotisations) renchérie le coût de la main-d’œuvre aux dépens de la compétitivité (ex : 1968 : accords de Grenelle : salaires : + 9 à 35% sans aucun égard pour les gains de productivité).

Enfin, la politique industrielle, par ses fréquentes incertitudes et erreurs d’orientation, est également coupable de la situation actuelle. Ex : erreur de stratégie avec l’Affaire Bull en 1964.

La construction européenne peut représenter une aide précieuse pour l’industrie. Elle protège certaines branches contre la crise.

Exemple

Les accords Multi Fibres signés en 1974 crées par la CEE avec les exportateurs d’articles textiles du Tiers Monde permettent de freiner quelque peu la montée des importations.

De protectrice, l’UE devient stimulante lorsqu’elle permet la coopération technique entre pays membres.

Exemple

Depuis 1970, le programme Airbus a joué un rôle décisif dans l’activité d’Aérospatiale. Le programme Ariane est un autre exemple : Les Européens sont devenus champions des lancements de satellites avec le programme Ariane 5, d’autant plus que les Américains se sont retirés du marché en 2009 et que les fusées russes ou chinoises ne sont pas aussi fiables.

Si l’Europe avait craint un temps la concurrence des pays émergents et de leurs coûts de production très bas, c’est finalement la recherche de pointe qui est notre plus grand concurrent.

Pourtant, l’Europe est aussi pour l’industrie française une source de problèmes, voire de difficultés. L'Europe s’est révélée incapable de mettre en œuvre une véritable politique industrielle commune négligeant l’élaboration d’un statut juridique de la firme européenne, hésitant à mettre en place une politique commune de recherche.

En matière industrielle, la construction européenne est fondée sur une logique de libre concurrence, et non de coopération. L’année d’ouverture du grand marché européen en 1993, aurait dû représenter pour l’industrie française un regain de dynamisme.

Elle a malheureusement coïncidé avec la pire récession que la France ait connue depuis 60 ans. Le marché européen n’est pas uniquement une source d’avantages pour l’industrie nationale. Il signifie également une concurrence aggravée avec les pays européens mais également avec le monde.

Exemple

Dans le domaine de l’automobile japonaise, le point de vue libre-échangiste de l’Allemagne l’a emporté sur celui Français qui est plus restrictif.

Mais les causes profondes du déclin sont endogènes. La France n’a pas encore réussi à intégrer pleinement le capitalisme industriel dans sa société. L’attitude des chefs d’entreprises a été longtemps dominée par des réflexes de type patrimonial et par de la frilosité au risque.

Les syndicats de salariés ont longtemps voulu être, non pas des partenaires, mais des adversaires résolus du capitalisme. Incapable d’exalter un modèle national qui n’existe pas, la France semble vouée à copier les USA, le Japon ou l’Allemagne.

III

Les services en France depuis 1945

A

L'économie française devient tertiaire

1

La montée en puissance du tertiaire

Dès 1954, les effectifs de secteur tertiaire dépassent ceux du secondaire. En 1971, plus de 50% de la population travaille dans le secteur tertiaire.

Définition : Le secteur tertiaire

En économie, le secteur tertiaire est défini par exclusion des deux autres secteurs : il regroupe toutes les activités économiques qui ne font pas partie du secteur primaire (l'agriculture) ou du secteur secondaire (l'industrie). Il s’agit du secteur qui produit des services.

On recense une grande diversité des entreprises et des actifs dans le secteur tertiaire (services marchands, non marchands, diversité des statuts et des conditions de travail).

2

Des liens forts avec l'industrie

Grâce au secteur tertiaire, l’économie française va disposer de puissantes firmes comme Carrefour. Mais si le secteur tertiaire décolle, c'est en partie parce qu'il est marqué par une interpénétration croissante avec l’industrie.

Dans la liste des 30 plus grandes entreprises françaises (banques exclues), la moitié exactement appartiennent au secteur tertiaire en 2003, contre 4 en seulement en 1960.

Exemple

Les services urbains Suez ont aussi une activité productrice de biens matériels, notamment dans le bâtiment

3

Un secteur qui craint le progrès

Le secteur tertiaire est aussi celui où les craintes face à la modernisation sont les plus fortes. Les actifs du tertiaire craignent que tout activité de services puisse être délocalisée à terme, des services après-vente aux activités de conseil. Le petit commerce prend lui peur face à la grande distribution.

Exemple

En 1973, l'opinion publique milite pour la création de la loi Royer : toute création ou extension de grande surface au-delà de 1000m2 est désormais soumise à l’autorisation d’une commission départementale composée à 50% de petits commerçants.

La mesure ralentit de facto l’ouverture d’hypermarchés.

B

L’influence des services est devenue considérable

1

Dans la lutte contre le chômage

Sept entreprises de services figurent parmi les dix plus gros employeurs de France en 2001. Le tertiaire permet une offre importante d’emplois n’exigeant que peu de qualifications. Tous les intérimaires sont dans le secteur tertiaire. Manpower est ainsi le premier « employeur » du pays. Cependant le tertiaire n’est pas encore en France la « job machine » qui permettrait de limiter l’extension du chômage.

2

Dans la transformation des activités productives

Le primaire et le secondaire, à l’amont comme à l’aval, ont un besoin croissant du secteur tertiaire, et notamment des secteurs transport et distribution. En 2004, les supermarchés et les hypermarchés représentent 70% des ventes de produits alimentaires contre 4% en 1984.

3

Dans l'évolution de l'espace

Les grandes métropoles régionales doivent leur rayonnement à ces fonctions de tertiaire supérieur. Au niveau des petites villes, la possession de grandes surfaces de vente joue un rôle important, permettant par leur rayon de fréquentation de dresser la carte des zones d’influence.

4

Dans les équilibres extérieurs

De nombreuses firmes étrangères dans le secteur tertiaire sont implantées en France. Réciproquement, les grandes entreprises tertiaires françaises ont multiplié les implantations à l’étranger. Auchan a ainsi créé Alcampo en Espagne. L’internationalisation des activités s’accompagne d’une remarquable percée des services dans les échanges extérieurs français.

5

Dans le tourisme

La vocation touristique de la France entraîne le développement d’un important parc hôtelier. En 2004, 10 milliards d'euros, soit bien davantage que le solde agro-alimentaire, ont été touchés par le secteur touristique. La France est le premier pays touristique du monde et veut le rester. En 2013, la France a ainsi accueilli 1,5 million de touristes Chinois.

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