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Chapitre 27 :
Les infrastructures. Sources d’énergies, transports, capitaux

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Les infrastructures. Sources d’énergies, transports, capitaux
I

Les sources d’énergies

A

Les données des problèmes énergétiques sont difficiles et complexes

Depuis 1945, l’énergie en France est une source de problèmes bien que le pays consomme relativement peu (4,4 tep (tonne équivalente de pétrole) en 2003 contre 8 aux USA).

Pourquoi ?

  • Insuffisance des ressources nationale (montant global et composition) entrainant des importations massives (50% de la consommation). La France ne possède pratiquement pas de pétrole (98% est importé), de plus ne produit plus de charbon depuis 2003 et peu de gaz naturel (97% importé). Enfin, concernant l’énergie électronucléaire, la France a délaissé son procédé (uranium naturel + graphite + gaz) mis au point par le CEA dans les années 60, pour le procédé américain (uranium enrichi + eau) à partir de 1969 donc cela a créer une dépendance américaine (fournitures en uranium enrichi (également au Nigeria et au Gabon) + droits d’utilisation des brevets). La source d’énergie privilégiée est le pétrole (50% de consommation d’énergie primaire en 2004) mais il y a un déclin depuis 1973 (où il représentait 75% de la consommation).

  • Coût des approvisionnements : La France subit la loi du marché pétrolier. Avant 1973, les acheteurs imposaient la stabilité des prix nominaux du pétrole même une baisse entrainant une diminution du poids de l’énergie dans les importations françaises (11% en 1970 contre 20% en 1958) Après 1973, le réveil est brutal, la part de l’énergie augmente jusqu’à représenter un maximum de 30% des importations en 1981 (envolée du baril lors des chocs pétroliers puis, lors du contre-choc, la dépréciation du franc par rapport au $ ne permet pas à la France de bénéficier du retournement à la baisse). Paradoxalement, alors que les importations de pétrole brut diminuent en quantité, sous l’effet de la crise économique, des efforts d’économie d’énergie et de la croissance de la production énergétique nationale, elles ne cessent d’augmenter en valeur. Aujourd’hui, la facture énergétique française représente 60 Mds €.

  • Difficulté des choix énergétiques : Le secteur de l’énergie est fortement capitalistique (lourds investissements), les décisions sont risquées et primordiales. En matière énergétique, l’exercice de prévision, pourtant indispensable, est si aléatoire qu’il en devient illusoire. TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) et la TVA procurent d’abondantes ressources à l’Etat mais augmente le prix de l’énergie (pour dissuader consommation) ce qui relance de l’inflation et provoque une diminution des investissements de certaines entreprises et certains choix énergétiques rentrent en contradiction avec d’autres impératifs.

Exemple

Fermer une exploitation d’un gisement non rentable, c’est augmenter le chômage et affaiblir l’économie de la région concernée

B

Depuis 1945 la politique énergétique a connu plusieurs étapes nettement marquées

Dans la période 1945-1960, il y a eu une valorisation des ressources nationales dans le cadre des grandes entreprises publiques créées en 1944-1946 (Houillères du Nord-Pas-de-Calais, Charbonnages de France, EDF) Le quasi-monopole sur la production entraîne de grands programmes de modernisation

Exemple

EDF, plus pour satisfaire aux exigences de pouvoir que par réelle conviction, se lance dans la production d’électricité nucléaire. En 1956, création de la 1ère centrale à Marcoule.

Mais des limites financières (EDF et Charbonnages de France ont absorbé 36% de la contre-valeur du plan Marshall, en 1959 + Etat couvre 43% des besoins financiers d’EDF) ET économiques (il faut renoncer à des productions nationales non compétitives pour se tourner vers les approvisionnements extérieurs) apparaissent.

Exemple

La création de la CECA puis la révolution des transports maritimes « achèvent » le charbon français.

Dans la période 1960-1973 : Il y a une dépendance extérieure est systématiquement recherchée (le taux d’indépendance énergétique s’élève à 59% en 1960 ≠ 22% en 1973). Elle est surtout pétrolière.

A savoir : En 1928, le gouvernement Poincaré vote la loi pétrolière qui organise le système du monopole délégué :

  • L’Etat accorde aux sociétés pétrolières le droit d’importer du pétrole brut dans le cadre de contingents fixés.
  • Les compagnies doivent transporter le pétrole brut sur des navires français pour au moins 66% du tonnage global (toujours valable aujourd’hui).
  • Les prix des produits pétroliers étaient fixés directement par l’Etat.

Cet ensemble, fort dirigiste, constituait un moyen idéal à disposition du gouvernement pour influer sur la stratégie d’approvisionnement du pays. Véritable point de départ d’une « politique pétrolière ».

dominaient le raffinage et la distribution. En 1960, création de l’UGP (Union Générale des Pétroles) pour raffiner et commercialiser le pétrole saharien, qui devient en 1966 ELF-ERAP et en 1976 Elf-Aquitaine, qui est le grand instrument de politique pétrolière nationale, assure un approvisionnement massif et à bas prix en produits pétroliers.

D’autre part, la production énergétique nationale et freinée ou réorientée.

Exemple

Le plan Jeanneney (1960) qui diminue la production charbonnière de 10% sur 5 ans et De Gaulle qui souhaite faire état du « prestige national ».

Ex : usine marémotrice de la Rance (Bretagne), ouverte en 1966, unique au monde par son procédé (fierté des ingénieurs français)… Mais livre un courant qui n’est pas rentable. Dès 1969, Pompidou fait le choix de l’uranium enrichi (procédé Westinghouse) pour le domaine électronucléaire et rompt ainsi avec l’obstination gaullienne.

Il y a une acceptation d’une dépendance énergétique vis-à-vis du reste du monde qui repose sur le maintien de la stabilité des prix du pétrole.

À partir de 1973, loin d’être considérée comme gage de modernisation, la croissance de la consommation est dénoncée comme facteur de gaspillage. Les approvisionnements à l’étranger (qui représentaient alors les ¾ de la consommation) sont systématiquement comprimés. La production nationale, délaissée depuis le début des années 1960 est à présent encouragée, avec un certain succès.

Les économies d’énergie, lancées dès 1974 (amélioration du rendement des centrales, abaissement de la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes) se couplent à une stratégie de diversification des approvisionnements, les groupes pétroliers nationaux s’efforcent d’acquérir des gisements « sûrs ».

Exemple

Canada, Argentine et mer du Nord et contrats à long terme avec les pays producteurs du MO.

La production d’énergie primaire (essentiellement nucléaire) est vigoureusement relancée : le plan Messmer (1974) décide de la construction de 13 nouvelles centrales nucléaires en 10 ans. En matière nucléaire, l’Etat impose ses choix au travers du Commissariat à l’Energie Atomique (créé en 45 par DG).

L’approvisionnement en uranium, son enrichissement, la production du courant à partir de l’énergie nucléaire ainsi que le retraitement des déchets nucléaires sont assurés par des filiales du CEA. Le nucléaire assure aujourd’hui 75% de production française en électricité. Les énergies alternatives (solaire, éolienne) encore peu développées (5,4% de la consommation totale).

C

Les résultats, malgré les incertitudes qui les affectent aujourd’hui, sont indéniablement positifs

La France est aujourd’hui beaucoup moins vulnérable qu’elle ne l’était lors du premier et même du deuxième choc pétrolier. Le bilan énergétique s’est recomposé dans un sens favorable à l’indépendance nationale (la consommation de pétrole a diminué fortement -31% de la consommation, augmentation de la production d’électricité à partir de sources primaires –hydraulique, nucléaire, solaire, éolienne). La France est la 2ème puissance électronucléaire du monde (derrière les USA).

De même, les approvisionnements semblent mieux assurés qu’ils ne l’étaient il y a encore 20 ans. Les grands contrats à long terme conclus d’Etat à Etat ont été remplacés par des approvisionnements à court terme ce qui permet de bénéficier des fluctuations quotidiennes des cours. Ces tendances sont analogues pour le gaz et le charbon (renégociation systématique des contrats avec fournisseurs pour obtenir prix plus bas, et régler en € et non plus en $).

La politique suivie depuis 1945 a permis aussi de renforcer la place de l’énergie dans l’ensemble de l’économie, c’est un secteur pilote par l’ampleur de ses gains annuels de productivité, secteur où l’on trouve de puissantes entreprises ressortant toutes aujourd’hui du secteur privé.

Exemple

Total = 8Mds € de bénéfices. Le groupe est présent à tous les stades de l’industrie pétrolière + engagé dans une vaste stratégie de diversification (extraction minière, chimie de base et parachimie) / Gaz de France, revendue par l’Etat en bourse en 2005, ambitionne de devenir un acteur sur l’ensemble de la chaîne énergétique

L’Etat conserve encore d’importantes positions dans le secteur énergétique.

Exemple

en 2001, dans un seul holding, Areva, toutes les activités ressortant du nucléaire civil, c'est la 1ère place mondiale dans son domaine d’activité.

Enfin, les retombées industrielles de la politique énergétique considérables. Ex : Areva s’est chargé des programmes d’équipement nucléaires de la Belgique, de l’Espagne, de la Chine et de la Corée du Sud.

Des incertitudes persistent toutefois:

  • Les fluctuations incessantes des cours du pétrole, la montée des concurrences venues des pays de l’Est (et du Sud) et la part déclinante du pétrole dans la consommation globale d’énergie entraîne une grave crise dans l’industrie du raffinage (ex : en janvier 2010, Total souhaite fermer son site à Dunkerque).
    Depuis 1980, la France est devenue importatrice nette de produits raffinés (car la filière française est trop spécialisée dans les « produits noirs » et pas assez dans les « produits blancs »), avec la fermeture des raffineries non rentables, création de la Petit-Couronne. Même les grandes entreprises ouvrent des unités dans les pays du golfe et réduisent leurs capacités en France comme Total (Feyzin contre Jubail) ou Exxonmobil (encore 3 raffineries en France, contre 6 en 2000)

  • Les bases de la politique énergétiques ont été révisées.

Exemple

les grandes surfaces commerciales ont pu s’emparer de 40% du marché des carburants, aux dépens des réseaux possédés ou gérés par les compagnies pétrolières. Depuis 1985, le prix de vente des produits pétrolier est libre.

  • L’avenir du programme électronucléaire bute sur de nombreux obstacles : la crainte de l’opinion publique (phobie « Tchernobyl »), la nécessité d’investissements lourds (d’où dette d’Areva, qui se répercutent sur la dette de l’Etat français), la compétitivité moindre face au charbon ou au gaz naturel. Depuis l’accident de Fukushima, le débat est relancé avec la fermeture de la centrale de Fessenheim.
  • La nouvelle donne du gaz de schiste, réserves modestes mais qui permettraient quand même de diminuer de 3-4MM€ la facture énergétique (≈60MM). Mais il y a refus, par principe de précaution, a cause du danger à terme pour la compétitivité

  • Les gisements potentiels au large de la Guyane (prospection en cours par Shell), mais ne profitera pas directement à la métropole.

La France pâtit aujourd’hui d’une capacité de production électrique excédentaire due à un programme surdimensionné : elle vend certes son électricité aux pays voisins (15% production exportée chaque année) mais cette solution n’est qu’un palliatif.

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