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Chapitre 30 :
Illusions et déceptions d’après-guerre (1945-1958)

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Illusions et déceptions d’après-guerre (1945-1958)

La préoccupation principale de la période peut être résumée sous forme d’une question : comment concilier dépendance et égalité ?

I

Les illusions de la victoire

A

Les difficultés du Général de Gaulle avec les alliés…

La reconnaissance du Gouvernement Provisoire de la République Francaise (GPRF) est tardive, fin octobre 1944 alors qu’il existe depuis juin. Cela est due à la méfiance de Roosevelt, puis de Truman vis-à-vis de de Gaulle, qu’ils jugent autoritaire et trop indépendant (cf. son refus d’évacuer Strasbourg comme le lui avaient demandé les alliés fin 1944).

Mais les USA sont obligés de l’investir à cause de sa légitimité populaire qui se manifeste notamment à la libération de Bayeux et lors de la descente des Champs-Élysées.

B

…Poussent ce dernier à se rapprocher de l’Est…

En octobre 1944, Staline avait également reconnu le GPRF. Mais cela ne suffit pas pour justifier un rapprochement qui peut sembler étrange au vu des convictions du Général. Les motivations de cette alliance sont au nombre de trois :

  • Crainte de l’Allemagne ;
  • Volonté d’indépendance face aux anglo-saxons ;
  • Désir de faciliter l’intégration des communistes dans le gouvernement provisoire ;

Ce rapprochement est marqué par la signature d’un pacte d’alliance franco-russe en décembre 1944.

C

… Mais sans grand résultat…

De Gaulle n’est invité ni à Yalta (février 1945), ni à Postdam (juillet 1945).
Mais il obtient tout de même à force de bataille et grâce au soutien de la Grande-Bretagne une zone d’occupation en Allemagne, un siège dans l’organisation des ministres des Affaires étrangères, et une place de membre permanent du conseil de sécurité à l’ONU.

D

Le choix de la grandeur et de l’austérité

De Gaulle a le soutien de la population pour sa politique d’indépendance. Il choisit donc l’austérité que cette politique implique au détriment du comblement des besoins de la population.

E

L’illusion de la puissance retrouvée

Deux éléments donnent l’illusion d’une puissance retrouvée : l’admission de la France dans le directoire des « grands » et la récupération de ses territoires coloniaux.

Mais ce n’est qu’une illusion, car d’autres éléments montrent clairement la faiblesse de la France :

  • Les velléités d’indépendance dans les colonies (cf. les émeutes du Sétif au lendemain de la capitulation allemande) ;

  • Les accords de Bretton Woods (ces accords faisaient du dollar la monnaie de référence pour le change, au détriment de l’or qui remplissait ce rôle avant la guerre) signés en juillet 1944 qui obligent la France, qui manque de dollars, à emprunter aux USA, la plaçat ainsi sous tutelle financière ;
  • La France doit ouvrir son marché aux importations américaines (cf. notamment l’ouverture aux productions cinématographiques hollywoodiennes) en échange d’un prêt de 500 millions de dollars de la BIRD ;

  • Beaucoup d’infrastructures sont à reconstruire, voire parfois des villes entières (c.f Caen, Le Havre, Dunkerque, etc.…) ;
II

Le syndrome allemand

A

Les relations avec les pays frontaliers

L’amitié est très vite rétablie avec l’Italie. On considère que les crimes commis pendant la guerre sont dus au "Duce" et les souffrances qu’elle a endurée aident au pardon des Français.

Les relations sont détériorées avec l’Espagne, qui sous la pression des réfugiés politiques devient dans l’opinion l’ultime repaire du fascisme européen. Toutefois, les contacts reprennent à partir de 1948.

L’Allemagne est considérée avec beaucoup d’hostilité, le nazisme étant vu comme une faute collective.

B

La question allemande

En septembre 1945, de Gaulle précise ses attentes sur l’Allemagne. Il réclame son démembrement, le placement de la rive gauche du Rhin et de la Ruhr sous contrôle politique international.

A partir de juillet 1945, la France occupe une zone. Mais, très vite les Français donnent l’impression de vouloir exploiter le pays. De plus, cette politique française contredit les souhaits des alliés qui veulent relancer l’activité économique pour alléger les frais d’occupation. En septembre 1946, les Américains annoncent la fin de la période d’occupation punitive, et la création d’un système économique unifié des zones américaines et anglaises. La France refuse d’y participer.

Mais, la France ayant de plus en plus besoin des Etats-Unis face à la montée des tensions doit de plier aux volontés des alliés. A la conférence de Londres en novembre-décembre 1947, elle accepte l’unification économique, prélude à l’union politique allemande.

III

Le choix atlantique

A

Les raisons de ce choix

Avec la montée des tensions, la France doit faire un choix entre les deux grands. Elle se tourne finalement vers les USA par crainte de l’URSS, crainte augmentée par la proclamation de la doctrine Jdanov (automne 1947) et le coup de Prague (février 1948). Mais cette alliance est dénoncée par le Parti Communiste Français et le Rassemblement du Peuple Francais.

B

Aides américaines et influence

L’aide américaine se manifeste dans deux domaines :

  • Economique. En mai 1946, Blum se rend à Washington et obtient des USA un prêt de 2,5 milliards de dollars (accords Blum-Byrnes) en échange d’une ouverture des cinémas aux films américains, car Vichy avait interdit l’importation des films américains, mesure prolongée par le GPRF (l’économie française est encore trop fragile pour que les Américains exigent une libéralisation totale). A l’été 1947, la France commence également à recevoir les aides du plan Marshall, dont elle est l’un des principaux bénéficiaires. En contrepartie, les USA imposent le choix du libéralisme économique et de la stabilisation financière.

  • Militaire, avec la création de l’OTAN (avril 1949). Elle vient compléter le pacte de Bruxelles signé en mars 1948 entre les pays du Benelux, la France et l’Angleterre, qui visait à se prémunir contre une éventuelle offensive de l’Armée Rouge. L’OTAN est d’ailleurs créée à la demande des européens.

On observe donc une ingérence économique certaine. Mais dans le domaine politique, il n’apparaît pas clairement que les USA aient tenté d’user de leur pouvoir.

IV

Espérances et incertitudes européennes

A

Les débuts de la construction européenne

Après la guerre naît l’idée d’une construction européenne. Mais très vite deux courants s’opposent :
- Les "fédéralistes" qui souhaitent la création d’une structure forte, avec un gouvernement doté de véritables pouvoirs, en réduisant la souveraineté absolue des états-membres ;

  • Les "unionistes" qui veulent bâtir les "Etats-Unis d’Europe" dans le respect des souverainetés nationales ;

Mais finalement, ce sera ni une union, ni une fédération : à l’initiative du président du conseil français Bidault (MRP) est ratifié à Londres le 5 mai 1949 la création du conseil de l’Europe, qui réunit 10 pays d’Europe occidentale pour se doter d’institutions communes avec un rôle de « laboratoires d’idées » que les états sont libres d’appliquer ou non. C’est donc un "club" qui est créé.

B

1950, le tournant

Le 18 avril 1951, à l’initiative de Schuman (ministre des affaires étrangères), le traité instituant la CECA (Communauté Economique du Charbon et de l’Acier) est ratifié par six pays : Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, RFA, Italie et France avec pour objectif de faciliter l’échange de matières premières. C’est un succès économique, il aide la croissance, et politique, il favorise la réconciliation

C

Le problème du réarmement allemand et l’échec de la CED

C’est face à la demande des ISA qui s’inquiètent de l’évolution du bloc de l’Est que se pose le problème du réarmement allemand. Les USA proposent une entrée de l’Allemagne dans l’OTAN après l’avoir réarmé, mais la France refuse considérant que c’est trop dangereux.

Pour résoudre ce problème sans réarmer l’Allemagne, les Français lancent le projet de CED (Communauté Européenne de Défense) qui doit réunir des bataillons des membres de la CECA sous le commandement de l’OTAN. La RFA et le Benelux le ratifient. En France, le débat fait rage entre cédistes et anti-cédistes (crise politique grave). Finalement, le projet est rejeté (les députés votent une motion qui refuse le projet avant même discussion préalable) par l’Assemblée le 30 août 1954.

Les Français sont donc obligés de revenir à la proposition des Américains et ratifient le 23 octobre 1954 les accords de Paris, qui font entrer la RFA dans l’OTAN et autorisent son réarmement (sont exclus toutefois les armes ABC : atomique, bactériologique, chimique).

V

La crise de Suez

A

Les origines

Le 26 juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez, dont les fruits allaient jusque là à ses actionnaires français et anglais. L’Angleterre et la France se concertent. C’est l’occasion, en plus de récupérer leur bien, de renverser un régime qui soutient le FLN algérien. Ils trouvent également le soutient d’Israël.

B

La crise

Le 1er novembre, les troupes israéliennes interviennent, suivies des troupes anglaises et françaises quelques jours plus tard. Mais les opérations prennent du retard.

URSS et USA interviennent alors. L’URSS menace de représailles nucléaires (la bombe soviétique est au point en juin 1949), tandis que les USA menacent d’attaquer le cours de la livre-sterling. La Grande-Bretagne capitule pour sauver sa monnaie, obligeant la France à faire de même.

C

Le bilan de la crise

La France a perdu sa place dans le système international : elle n’est plus qu’une puissance moyenne soumise à l’URSS et aux USA. Cette crise marque la fin des illusions d’après-guerre.

Cependant cela permet de relancer la construction européenne.

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