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Chapitre 31 :
Le "grand dessein" planétaire du général de Gaulle et ses aléas (1958-1969)

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Le "grand dessein" planétaire du général de Gaulle et ses aléas (1958-1969)
I

La vision gaullienne

A

La constitution de 1958 et la politique étrangère

Dans la nouvelle constitution, le président « négocie et ratifie les traités », est le chef des armées, mais n’a pas le monopole de la politique étrangère, car c’est le gouvernement qui « détermine et conduit la politique de la nation ».

Toutefois, c’est le "domaine réservé" du président car :

  • Le parlement n’a que peu de prise sur le sujet ;
  • Les ministres des Affaires étrangères sont des fidèles du Général ;
  • L’acquisition de l’arme nucléaire en 1960 contribue à concentrer les pouvoirs diplomatiques autour du président ;
B

Le grand dessein

Ce projet est double :

  • Dénoncer l’hégémonie des deux supergrands ;

  • Garantir l’indépendance nationale grâce à un outil militaire indépendant et performant (« Il faut que la France ait une épée, il faut que ce soit la sienne »);

A travers le "grand dessein", de Gaulle souhaite réunir la France autour d’un même projet : enrayer le déclin relatif amorcé depuis la première guerre mondiale.

C

L’état des lieux initial

3 problèmes principaux à régler :

  • Le problème algérien qui entrave l’action de la France et ternit son image ;
  • La dépendance militaire vis-à-vis des Américains ;
  • La situation financière catastrophique qui met la France à la merci des créanciers étrangers ;
II

L’OTAN contestée

A

L’état des forces mondiales

La menace communiste s’estompe.

L’URSS a acquis la bombe nucléaire, ce qui permet un équilibre des forces avec les USA.

Kennedy arrive au pouvoir et propose la "riposte flexible" reposant sur l’utilisation de missiles à plus faible portée. En effet, les nouveaux missiles nucléaires proposés par Kennedy ont pour objectif des frappes nucléaires localisées. Ainsi, un missile pourrait être envoyé sur des troupes envahissant un pays. Cela signifie qu’alors, les grands n’ont plus besoin de se déplacer pour faire la guerre, il leur suffit d’envoyer des missiles. D’où la crainte des européens.

L’Europe devient ainsi champ de bataille des deux grands.

B

La rupture avec l’OTAN

En juillet 1958, un projet de directoire anglo-américain est évoqué pour diriger l’OTAN. De Gaulle demande un directoire tripartite incluant la France, avec une stratégie politique et militaire commune, contrôle collectif des armes nucléaires et mise en commun des secrets nucléaires. Eisenhower refuse. De Gaulle en reste là, trop absorbé par l’Algérie.

En juillet 1962, JFK propose le grand dessein prévoyant une force multilatérale reposant sur les USA et l’Europe et la mise à disposition de fusées nucléaires, mais dont la mise à feu dépendrait du président américain. De Gaulle refuse.

La France prend peu à peu ses distances et le 1er juillet 1966, la France quitte les organisations militaires de l’OTAN et les bases alliées sont évacuées. Toutefois, elle maintient son engagement d’intervention en cas d’agression d’un des pays membres.

III

Europe intégrée ou Europe des états ?

A

L’état des lieux

La C.E.E vient d’entrer en rigueur (c.f signature du traité de Rome en mars 1957). De Gaulle s’oppose à l’idée d’Europe supranationale à laquelle il préfère une « Europe des patries », où chaque Etat conserve sa souveraineté.

B

L’offensive puis le raidissement gaullien

De Gaulle propose la formation d’une commission chargée de poser les bases d’une Europe politique. Celle-ci propose en octobre 1961 le plan Fouchet qui propose une union des Etats ayant :

  • Une politique étrangère commune ;
  • Une politique de défense commune ;
  • Une politique culturelle commune ;

Mais il est refusé, car il ne contient aucune référence à l’Alliance Atlantique et semble menacer le Marché commun par ses clauses économiques.

Le 15 mai 1962, au cours d’une conférence de presse, le Général tourne en ridicule les tenants du fédéralisme et réaffirme son soutien à une Europe des nations. Conséquence : Jean Monnet prend ses distances et cinq ministres MRP démissionnent.

De Gaulle refuse deux fois l’entrée de la Grande-Bretagne, qu’il considère le « cheval de Troie » dans le Marché Commun, en janvier 1963 et en 1967. Cette décision unilatérale qui choque les autres états.

Ces difficultés se transforment en crise ouverte en 1965. De Gaulle pratique la politique de la chaise vide pour obtenir gain de cause sur la P.A.C et pour contrer l’offensive des partisans de l’intégration. Au bout de six mois, il obtient gain de cause. La marche vers la supranationalité est cassée pour longtemps.

C

Les conséquences de cette politique

Bilan désastreux pour la construction politique européenne. Mais peut-être fallait laisser du temps à l’Europe ?

IV

Le couple franco-allemand

De Gaulle tend la main à Adenauer, avec une première rencontre dès septembre 1958. Une vive amitié unit les deux hommes. Le traité de l’Elysée (1963) concrétise cette amitié entre les deux pays en instituant des rencontres régulières entre les deux pays et une politique d’échanges.

Cependant, beaucoup de déconvenues : refus de l’Allemagne de former un axe Paris-Bonn pour l’Europe, et antipathie d’une grande partie de la classe politique ouest-allemande pour de Gaulle.
Il était encore trop tôt.

V

Une politique mondiale

A

L’ouverture à l’Est

Première visite de Khrouchtchev en 1960, mais sans grand résultat politique. Les crises de Berlin et de Cuba éloignent à nouveau les deux pays.

A partir de 1963, de Gaulle se rapproche de nouveau de l’URSS avec la signature d’accords commerciaux, économiques, et scientifiques en juin 1966. Une ligne téléphonique est même installée entre le Kremlin et l’Elysée.

Ainsi la France obtient la reconnaissance qu’elle est une puissance autonome.

Il se rapproche également des démocraties populaires dans la prévision d’une libéralisation des régimes communistes. A partir de 1964, les visites de délégués de pays de l’Est à Paris se multiplient. En septembre 1967, il invite les Polonais à « voir loin et grand », prônant ouvertement l’indépendance vis-à-vis de Moscou.

En 1968, il est reçu par Ceausescu. Là encore accueil triomphal, même si les résultats concrets sont faibles.

B

La contestation du leadership américain

De Gaulle reconnaît la Chine en janvier 1964. Cette reconnaissance a plusieurs causes :

  • C’est le pays le plus peuplé du monde, ce qui justifie aux yeux de de Gaulle que la France ait des relations avec elle ;

  • la France et la Chine ont toutes deux refusé de signer le traité de Moscou sur la non-prolifération des armes nucléaires ;

Il condamne également l’intervention américaine au Viêt-Nam (car il considère qu’elle est due à une escalade lancée par Johnson), marquant une rupture définitive avec les USA (discours de Phnom-Penh en 1966.

Il invite les pays d’Amérique du sud à se débarrasser de la tutelle américaine (deux visites en 1964).
De ces interventions, de Gaulle retire une immense popularité dans les pays du Tiers-Monde.

C

1967, année de rupture avec la population française

Dans un discours au Québec, De Gaulle prononce « Vive le Québec libre ». Cette phrase improvisée vaut à de Gaulle d’écourter sa visite officielle au Canada, et est incomprise des Français.

Rappel : jusqu’en 1962, de Gaulle entretient de bonnes relations avec Israël, à qui la France fournit armes et aide nucléaire ; mais à partir de 1962, le rétablissement des liens avec les pays arabes distend les liens…).

Il multiplie également les propos maladroits lors de la guerre des six jours. Au printemps 1967, Nasser interdit le Golfe d’Akaba aux navires israéliens. Le général affirme la neutralité de la France.

Mais il condamne ensuite le déclenchement de la guerre par Israël et proclame un embargo sur les ventes d’armes aux « pays du champ de bataille » mais qui ne concerne en fait qu’Israël, à qui il avait toujours fourni une part importante de ses armes.

Le revirement du Général jusque-là allié d’Israël déconcerte l’opinion publique, et ce d’autant plus qu’il multiplie les propos maladroits, parlant des Israéliens comme un peuple « sûr de lui-même et dominateur ». Le divorce est consommé lorsqu’en janvier 1968, la France émet un embargo total sur les ventes d’armes à Israël (y compris sur les pièces détachées). S’ensuit une désaffection des Français sur sa politique israélo-arabe.

D

Le bilan de la politique étrangère gaullienne

En terme de "Realpolitik", échec du général. Mais il a tout de même réussi à enrayer le déclin et à relever quelque peu la situation de la France.

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