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Chapitre 2 :
Comparaison des pays lors de la Révolution Industrielle

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Comparaison des pays lors de la Révolution Industrielle
I

Le développement économique français au XIXème siècle (1800-1914)

Jusqu'à la première moitié du XX ème siècle, la France était un pays semi-agricole et semi-industriel. Les activités traditionnelles contrastaient avec les secteurs modernes. Le pays n'a pas connu de véritable take-off au sens de Rostow.

Définition : Take-off

Il s'agit d'une phase de développement d'une économie au cours de laquelle l'évolution des mentalités, des événements politiques, des progrès techniques et des qualifications, provoque l'apparition d'une croissance auto-entretenue.

A

Les irrégularités dans la croissance et le développement

  • De 1800 à 1815, les progrès économiques sont restés très limités. Les campagnes n’ont pas connu de révolution agricole à l’anglaise.

  • De 1815 à 1850, l'activité traditionnelle et la modernité coexistent. Il demeure plusieurs obstacles à l’industrialisation : la dépendance technologique à l’égard de l’Angleterre, la faiblesse du réseau bancaire, le faible degré d’engagement de la Haute banque dans les affaires industrielles et le financement de l’investissement productif et la permanence des structures pré-industrielles.

Durant la décennie de 1850, l’industrie ferroviaire est en plein essor. Les grands travaux du Second Empire sont une aubaine pour le secteur des bâtiments et des travaux publics.

  • Entre 1860 et 1890, la croissance industrielle fléchit. L'agriculture est responsable puisqu'elle connaît de nombreux problèmes comme l'épidémie de phylloxera pour la vigne et la concurrence des «pays neufs». En 1871, le pays perd deux régions essentielles, l’Alsace-Lorraine. Le Plan Freycinet de 1879 tente de relancer cette activité via l’encouragement à l’extension du réseau ferré, à l’amélioration des ports et des voies navigables, mais le plan est sans grand succès sur le plan économique.
    La France étend son empire colonial : protectorat sur la Tunisie en 1881 et sur le Maroc en 1912. Toutefois, la métropole ne bénéficie que moyennement des retombées économiques de cette politique expansionniste. Marseille explique que le renforcement du commerce avec les colonies traduit plus les difficultés passagères ou structurelles de l’industrie française qu’une stratégie d’exportation offensive.

  • Entre 1890 et 1913, l'économie française retrouve le rythme de croissance qu’elle avait connu de 1815 à 1860 notamment grâce à l'émergence de secteurs industriels modernes (électricité, chimie, automobile). Malgré un protectionnisme quasi général, auquel la France participe à son tour en adoptant les «lois Méline» de 1892 en faveur de l’agriculture, complétées par la «loi du cadenas» de 1897 autorisant des augmentations immédiates de droits de douane sur les céréales et la viande en cas de surproduction, les échanges internationaux croissent à un rythme appréciable.

B

L’évolution de l’appareil productif français

1

L’organisation du travail

Le travail se fait toujours à domicile, on parle d'artisanat urbain. Certaines anciennes régions industrielles ont fondé leur prospérité sur l’emploi d’une main d’oeuvre nombreuse et dispersée dans les campagnes. Dans d’autres régions, les ateliers indépendants à domicile sont de tradition. Certaines grandes villes conservent leurs fabrications traditionnelles, quasi artisanales mais réputées. Les «articles de Paris» font travailler dans la capitale une multitude d’ateliers de joaillerie, d’orfèvrerie, de haute couture, etc. La bi-activité (paysans travaillant une partie du temps dans leur exploitation, l’autre dans un atelier) est souvent une réponse à l’insuffisance ou à l’irrégularité des revenus tirés de l’exploitations agricole.

2

La concentration technique et économique

La très grande usine reste encore exceptionnelle en France. En 1906, seuls 17 établissements dépassent les 5000 salariés. En 1906, 80% des actifs industriels se trouvaient occupés dans le monde de la petite industrie. Dès les années 1840, certains établissements annoncent l’arrivée de la grande industrie. Exemple : les établissements de Wendel (Lorraine) et Schneider (Le Creusot).

La concentration économique se mesure en envisageant la propriété du capital. Exemple: Saint-Gobain contrôle à elle seule 50% de la fabrication de certains produits.

3

Le patronat français

L'image du patronat français reste frileuse. Il est décrit comme replié sur ses habitudes, peu enclin à la prise de risque. Il y a une grande prudence du patronat français en matière de financement car le capital est souvent d’origine familiale. Avant 1914, 70% des investissements productifs français sont financés de la sorte. Cela limite les possibilités de croissance des entreprises. Toutefois, il ne faut pas généraliser car le XIXème siècle voit aussi l’apparition de nombreuses sociétés dynamiques appelées à devenir les fers de lance de l’industrie de demain. L’électricité voit l’apparition de Thomson-Houston en 1893; l’aluminium voit se constituer Ugine en 1899 ; l'auto voit apparaître Peugeot en 1896 et Renault en 1898.

4

Le commerce extérieur français

Il s’apparente à celui d’un pays industriellement avancé. Les importations de matières premières représentent 65% des importations et les exportations de produits manufacturés représentent 65% des exportations.

C

Les interprétations du particularisme économique français

1

Approche en termes de «retard»

Les facteurs de retard :

  • Le rôle appauvrissant de la Révolution française

  • Une mauvaise organisation de l’activité bancaire

  • Le conservatisme industriel est l'une des conséquences néfastes du protectionnisme

Par comparaison avec la France, la Grande-Bretagne a bénéficié de facteurs particulièrement favorables : une grande stabilité politique ; un marché intérieur important et disposant de moyens de communication efficaces ; une énergie abondante (le charbon) ; des contacts privilégiés avec les marchés extérieurs.

Le développement de l’industrie française dépend essentiellement des marchés ruraux et de la demande d’origine paysanne et dans une bien moindre mesure de la demande étrangère en produits de luxe et de qualité. Cela augure d’une croissance plus lente et plus heurtée. Il existe un transfert important de technologies entre le Royaume-Uni et la France, signe du retard français.

2

Approche en termes d’absence de take-off

Marczewski explique qu' «il n'y a pas de véritable take-off en France ; la croissance de l'économie française s'est réalisée très graduellement et remontre très loin dans le passé. »

Il y a bien eu trois périodes d’accélération : 1796-1844, 1855-1884, 1895-1913

Mais également deux périodes de ralentissement : 1845-1854, 1885-1894

Le textile et la sidérurgie n'ont pas été pas assez dynamiques pour exercer le rôle moteur. L'originalité du cas français s’expliquent par les mentalités collectives face au développement économique. Noiriel explique le maintien des industries traditionnelles au cours du XIXème siècle, à partir des comportement collectifs. La bi-activité permet à l’ouvrier mis au chômage ou touché par une crise industrielle de bénéficier des revenus de la ferme. C'est une sorte d’assurance contre les aléas de la conjoncture économique. C’est ainsi que Noiriel explique ce qu’il appelle le «paradoxe français» : l’état de développement économique de la France au XIXème siècle est autant l’expression de rapports de forces qui sont aux prises avec les différents groupes sociaux que le produit de l’accumulation et de la combinaison des facteurs de production.

II

Les modèles nationaux de croissance et de développement au Royaume-Uni

A

Jusqu’en 1860-1870 : l'apogée

Les trois secteurs clés étaient : le textile, le sidérurgie et le secteur du charbon

Les facteurs de la croissance exceptionnelle:

  • Facteurs nationaux: l'avance technologique (recours aux machines, ouvriers anglais) ; la révolution agricole; la poussée démographique.

  • Facteurs extérieurs : la forte insertion du pays dans la DIT. Le Royaume-Uni a de nombreuses colonies d’exploitation ou de peuplement. Elles lui fournissent ses matières premières (canne à sucre, café, etc;). Le pays est l’atelier du monde à cette époque. Il est l’archétype de la DIT traditionnelle pour un pays économiquement avancé : des importations de matières premières et de produits agricoles et des exportations de biens manufacturés. En 1874, ses importations sont constituées à 87% de matières premières et ses X sont composées à 84% de produits manufacturés. Le libre-échange permet des approvisionnements à bas coûts. D’après les calculs d'Asselain, la propension marginale à exporter du pays passe de 10% entre 1770 et 1840 à 30% entre 1840 et 1880.

  • L'évolution des entreprises: reposant au début sur un capitalisme individuel, l’industrialisation britannique bénéficie après 1830 de l’apparition des sociétés par actions. La liberté complète de constitution des sociétés anonymes n’est accordée qu’en 1856.

B

De 1870 à 1914 : le éclin industriel

Au summum de sa puissance industrielle, vers 1870, le Royaume-Uni réalise environ un tiers du produit industriel mondial. A partir de ce moment, il subit un recul relatif, visible dans le commerce extérieur. En 1913, le Royaume-Uni ne réalise plus que 15% des échanges internationaux de marchandises contre 25% en 1860.

De multiples facteurs expliquent ce phénomène:

  • La concurrence croissante des industries étrangères, notamment américaine et allemande

  • Le conservatisme technique qui fait que les innovations majeures proviennent désormais des Etats-Unis ou d’Allemagne

  • L’insuffisance des investissements productifs

  • La surévaluation de la livre

Si le Royaume-Uni conserve son rang dans le monde c’est surtout grâce à la finance. La balance commerciale est déficitaire et la balance des paiements courants est excédentaire. Le Royaume-Uni est le principal créancier des Etats-Unis. En 1914, le Royaume-Uni réalise la moitié des investissements internationaux.

III

L’industrialisation allemande :

A

L’Allemagne en formation

La Sarre, la Saxe et la Ruhr s’industrialisent dans les années 1830. La production houillère est multipliée par 5 entre 1850 et 1865. Les Thyssen ou Krupp, sorte de grandes entreprises symboles de la puissance industrielle du pays, deviennent nombreuses.

L’intégration économique du Zollverein fera de ces Etats une nation unifiée sous la férule de la Prusse. List préconise un protectionnisme éducateur pour le Zollverein. Von Motz, ministre des finances de la Prusse en 1825, donnera l’impulsion à l’unité économique des Etats allemands et à l’action de l’Etat en faveur de l’industrialisation. Bismarck, Premier ministre de la Prusse en 1862, sera l’artisan final de l’unité allemande.

B

L’expansion industrielle en Allemagne

L’Allemagne connaît une croissance régulière (+ de 2% par an depuis les années 1840) et son taux d’investissement est élevé (plus de 20% du PNB vers 1900 contre 10% en Grande-Bretagne). Elle devient alors la première puissance du continent.

Le mode de développement industriel adopté est la substitution d’importations, favorisée par la protection mise en place dans le cadre du Zollverein et fortement appuyée par l’Etat qui réalise le quart des investissements. Les industries allemandes remplacent peu à peu les produits venus de pays plus avancés (ex : les machines anglaises). Avec la découverte du procédé Gilchrist, dès 1881, l'exploitation du fer de Lorraine fait croître la sidérurgie allemande à un rythme accéléré. Le pays se spécialise alors dans les industries lourdes (acier, armement, mécanique, charbon, chimie).

En 1914, l’Allemagne produit un tiers de la production industrielle du continent et 16% du total mondial. L’Allemagne rattrape la Grande-Bretagne dans le commerce mondial. Dès 1890, elle arrive en deuxième position avec 11% des échanges internationaux, contre 19% pour l’Angleterre et 10% pour les EU ou la France. Les produits industriels comptent alors pour les 2/3 des exportations, tandis que les matières premières et les produits alimentaires représentent 85% des importations.

Le mélange de protectionnisme, de cartellisation des firmes, de coopération des industries avec l’Etat, le rôle des banques universelles constituent le modèle du capitalisme allemand de cette époque. Il s’agit d’un capitalisme organisé, bien différent du laisser-faire anglo-saxon et du dirigisme français.

IV

Les Etats-Unis

A

Aspects généraux

Il y a une synthèse heureuse entre les mentalités, les ressources, la technologie et l’organisation. Le pays possède plusieurs ressources naturelles en abondance : les terres fertiles, les gisements miniers, les voies d’eau et le climat tempéré. La conquête de l’Ouest commence dans les années 1820.
Ces richesses n’auraient pas pu être exploitées sans un énorme apport de main d’oeuvre. Le pays va absorber des millions d’immigrants puisque de 4 millions en 1790, la population des Etats-Unis passe à 100 millions en 1914. Le Homestead Act de 1862 a joué un rôle éminent dans la conquête de l'Ouest américain et a participé au mythe de la frontière. Elle a par ailleurs encouragé des millions d'Européens à émigrer vers les États-Unis et a contribué à l'importance de la notion de propriété privée dans la mentalité américaine.

Définition : Homestead Act

Le Homestead Act (littéralement "Loi de propriété fermière") est une loi des États-Unis d’Amérique, signée par le président Abraham Lincoln en 1862. Elle permet à chaque famille pouvant justifier qu'elle occupe un terrain depuis 5 ans d'en revendiquer la propriété privée, et ce dans la limite de 65 hectares. Si la famille y vit depuis au moins 6 mois, elle peut aussi sans attendre acheter le terrain à un prix relativement faible de 308 dollars pour 100 hectares.

Une mentalité nouvelle est acquise par tous les immigrants et l’initiative individuelle et le droit de propriété sont glorifiés. En 1862, au moment de l'abolition de l’esclavage, Abraham Lincoln nous dit que le pays ne pouvait rester «à moitié esclavagiste, à moitié libre».

B

Intervention publique et protectionnisme

En dépit du crédo libéral, l'Etat intervient massivement dans les infrastructures. L’Etat participe dans les années 1820 à la construction du canal Erié qui rattache l’Atlantique aux Grands Lacs. La politique industrielle est de type « substitution d’importations » afin de favoriser l’indépendance nationale. Hamilton, premier secrétaire au Trésor en 1789 sous la présidence de Washington, est considéré comme le père de l’industrialisation américaine. Son Report on Manufactures de 1791 préconise la mise en place de barrières douanières pour favoriser le développement des industries locales en leur réservant le marché interne. Il s’agit de la première formulation du protectionnisme éducateur. Toujours à l’opposé du crédo libéral, le protectionnisme devient un dogme, comme le montrent cette phrase de Lincoln: «Je ne connais pas grand-chose aux droits de douane, mais je sais une chose, c’est que lorsque nous achetons des biens manufacturés à l’extérieur, nous avons les biens et les étrangers ont l’argent : mais lorsque nous achetons ces biens chez nous, nous avons à la fois les biens et l’argent».

La victoire du Nord renforce l’évolution d’un protectionnisme. En 1890, le tarif McKinley passe à une moyenne de 50%. Le pays compte sur le dynamisme de son marché interne puisque le taux d’ouverture extérieure reste un des plus faibles.

C

Industrialisation et croissance

L’industrie du coton domine d’abord puis, vers 1860, les industries mécaniques et sidérurgiques prennent le relais. Elles généralisent le système de pièces interchangeables à l’origine de la production de masse. C’est l’American way of production. Le chemin de fer apparaît dès 1828. L’Union Pacific Railroad partant du Nebraska rejoint alors la Central Pacific, partie de Californie.

La production industrielle est multipliée par 60 entre 1850 et 1920. Elle passe au premier rang dès 1900 avec environ un tiers du total mondial. Le taux de croissance économique global a été de 1,3% par an dans la première moitié du XIXème siècle et de 1,6% dans la deuxième moitié.

C'est ce qu'on appelle l’Ère des titans : les capitaines d’industrie ne sont plus des artisans ou des inventeurs géniaux comme pendant la révolution anglaise mais des hommes d’affaires, capables de réaliser des alliances, de définir une stratégie industrielle et commerciale porteuse d’avenir.
Exemple : Rockfeller (Standard Oil) ou Carnegie (US Steel Corporation), d’origine modeste, sont des self-made men.

V

Le Japon

Le Japon des Tokugawa est un système féodal où trois cents familles et leurs vassaux contrôlent la masse paysanne. En 1868, des samouraïs réformateurs mettent fin au régime des Shogun et rétablissent l’empereur dans ses fonctions de chef de l’Etat. C'est le début de l’ère Meiji.

Définition : L'ère Meiji

L'ère meiji est la période historique du Japon entre 1868 et 1912. Initiée par la restauration de Meiji, elle est comprise entre l'ère Keiō et l'ère Taishō. Cette période symbolise la fin de la politique d'isolement volontaire appelée Sakoku et le début de politique de modernisation du Japon.

L’enseignement primaire devient obligatoire pour tous, dès 1872. Une réforme fiscale permet de financer le budget national et notamment les dépenses dans l’infrastructure et les industries. Elle est basée sur une taxe foncière.

L’agriculture, secteur dominant va ainsi financer l’industrialisation. Des industries et des banques publiques, des compagnies ferroviaires d’Etat sont lancées, puis privatisées dans les années 1880 pour former les zaïbatsu, telles que Mitsui, Mitsubishi. Ces groupes représentent environ un tiers de la production totale du pays et coexistent avec un grand nombre de petites et moyennes entreprises traditionnelles. L’Etat conserve un rôle important dans la planification, les infrastructures et les industries lourdes.

La modernisation du pays se fait par l’acquisition de techniques et de modèles occidentaux. Les Japonais adopteront ainsi de l’Angleterre, les chemins de fer, la marine et le service postal ; de l’Allemagne ils adopteront le gouvernement, les lycées, la recherche, la médecine et l’armée; de la France ils adopteront l’administration centralisée. Le pays continuera à envoyer des spécialistes se former à l’extérieur et en faire venir des experts.

Les exportations passent de 6% du PNB en 1880 à 22% en 1915. En un siècle, le pays est passé de l’imitation et la production de produits de piètre qualité à la création, à l’innovation et à la production de produits universellement renommés.

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