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12 mois de papiers écrits tout petit

12 mois.

C’est le temps que Manon et Victor ont passé à décortiquer le fonctionnement du financement des formations en France pour mettre sur pied notre équipe dédiée.

Un an, cela semble une éternité, surtout dans une structure comme LiveMentor. C’est 1/6ème de notre âge quand on y pense : c’est loin d’être négligeable.

Cela va même totalement à l’encontre de la métaphore du skateboard dont je parle souvent.

“Penser skateboard”, c’est cette idée selon laquelle il vaut mieux se lancer vite pour tester son projet, en se jetant à l’eau quand il ressemble davantage à un skateboard qu’à une voiture de course.

Cela reste vrai : pour apprendre, il faut se lancer. Pendant des années, je conservais des brouillons de newsletters au chaud sur mon disque dur.

J’étais éternellement insatisfait : j’adorais écrire, mais mon style ne me semblait pas à la hauteur. Je voyais toujours quelque chose à retravailler.

Sauf qu’ils ne me servaient à rien en l’état. Il a fallu qu’un jour je me fasse violence pour finir par appuyer – terrifié – sur le bouton “envoi” de MailChimp et faire partir la première édition de cette newsletter.

J’ai a priori survécu – mais cela a surtout été le début de conversations passionnées avec mes élèves. Sans ce lancement, je serais passé à côté de rencontres clés et d’heures d’échanges capitales sur la pédagogie. Cela valait donc la peine d’appuyer sur “envoi”, même si tout n’était pas parfait.

Je crois cependant que l’on a tôt fait – en particulier dans l’entrepreneuriat – de confondre bons principes et vérités générales.

Le skateboard est l’un des principes clés de notre pédagogie, mais je crois que l’on se tromperait à vouloir l’appliquer à toutes les composantes d’un projet.

Cela rejoint d’ailleurs mon avis sur ce que les anglais appellent le “fake it until you make it”.

C’est cette idée selon laquelle on gagne à prétendre savoir faire des choses, en se disant que l’on pourra toujours les apprendre chemin faisant. Par exemple, en acceptant des contrats de conseil sur une thématique que l’on ne maîtrise pas encore totalement.

Ou en signant une grosse commande sans savoir exactement comment livrer une quantité inédite. On se dit que l’on trouvera des solutions en cours de route.

Il y a toujours une part d’inconnu dans la nouveauté : c’est évident, et dans bien des cas cette attitude est un excellent remède au syndrome de l’imposteur.

Je crois néanmoins qu’il faut prendre garde à ne pas généraliser cette idée à l’intégralité de son projet.

Si ce dernier doit avant tout demeurer un skateboard agile, certaines pièces de l’engin doivent avoir le niveau de précision d’une pièce de ferronnerie d’art.

Reste à bien savoir lesquelles, et c’est d’ailleurs là toute la difficulté. Lors du lancement de LiveMentor par exemple, je voulais devenir expert en tout pour maitriser l’intégralité des composantes du projet.

J’ai par exemple appris à coder (pendant 3 ans tout de même), car je voulais que rien ne m’échappe sur l’interface. J’ai aussi passé des heures et des heures à penser à la beauté des pages du site, en m’intéressant au design, puis au graphisme…

Le problème, c’est que rien de tout cela n’allait radicalement faire la différence pour LiveMentor.

Même le plus fantastique des logos n’allait pas aider nos élèves à entreprendre. Le design a du pouvoir, mais il ne donne pas confiance, il ne challenge pas, il n’écoute pas…

Quand bien même j’y serais parvenu, que je sois dans les 1% des meilleurs designers de France n’aurait pas aidé LiveMentor.

Lorsque je m’en suis rendu compte, la déconvenue était totale. J’étais extrêmement frustré d’avoir gâché tout ce temps sans que cela ait fait avancer mon projet.

Comme par réaction, je me suis d’ailleurs ensuite pris à faire les choses rapidement, parfois trop d’ailleurs. Comme si je voulais à tout prix éviter de perdre du temps en me forçant à aller vite, très vite.

J’ai réalisé par la suite que le problème ne venait pas du fait de consacrer du temps aux choses, bien au contraire, mais d’identifier celles qui comptaient réellement pour mon projet.

J’ai appris qu’il fallait accepter d’avoir un rapport un peu schizophrénique au temps, en faisant cohabiter tour à tour une urgence frénétique (tester, se tromper, itérer, etc) et une patience d’artisan pour devenir expert dans les sujets qui comptent.

Cela peut sembler simple, mais pour trouver les sujets sur lesquels être véritablement expert fera une différence colossale pour votre projet, il faut souvent revenir aux fondamentaux mêmes de votre mission.

Pour notre élève Gilles et YupWeGo, son entreprise d’assurances pour voyageurs, une connaissance absolue de la législation en vigueur dans chaque pays est par exemple indispensable. Il ne pouvait pas faire l’économie d’un immense travail de recherche en amont du lancement.

Pour nous, l’une des missions clés de LiveMentor est d’avoir des formations accessibles. Je n’ai rien inventé ici : la formation est un droit dans de nombreux pays depuis longtemps.

L’un des moyens concrets pour parvenir à nos fins est donc de permettre aux élèves de pouvoir faire financer leurs formations par un organisme tiers s’ils le souhaitent.

Victor et Manon se sont donc livrés à un véritable trek en terre inconnue de 12 mois.

Si on leur avait dit pendant leurs études que, quelques années plus tard, ils s’intéresseraient de près ou de loin à la formation professionnelle, ils ne l’auraient pas cru.

Victor vient d’une filière économique. Il est clair que la lecture de Keynes ou l’analyse de la situation géopolitique en Angola ne le prédestinaient pas à travailler dans ce domaine.

Manon non plus d’ailleurs. Quand après s’être engagée dans la marine, elle a embarqué sur une frégate en partance pour l’océan indien, je ne suis pas certain que la réforme du CPF la tourmentait beaucoup.

Leurs parcours de vie n’ont rien à voir, ni entre eux, ni avec la formation professionnelle d’ailleurs. Mais ils les ont amenés à prendre à bras le corps des sujets nouveaux et à les creuser jusqu’à en devenir experts.

Par exemple, Victor n’a jamais eu peur d’enchaîner les nuits blanches pour terminer un article ultra détaillé sur l’intelligence artificielle sur son temps libre.

Manon, elle, a appris l’organisation de mariage de A à Z pour se lancer en tant que wedding planneuse à son retour en France. Elle a dû apprendre des subtilités par centaines, de la maîtrise des techniques de sonorisation d’espace, en passant par le design lumineux et le subtil grammage des invitations.

Pour le sujet du financement, il leur a fallu :

  • Comprendre cet écosystème mystérieux : qui finance quel type d’individu ? quelles sont les différentes options possibles pour un entrepreneur qui souhaite monter son projet ? Un vrai labyrinthe dans lequel ils se sont perdus plusieurs fois..
  • Apprendre à parler un langage administratif curieux : comprendre ce qu’est un OPCO, l’AIF, le CPF – une vraie soupe à l’alphabet !
  • Une fois cette “LV3 financement” validée, tout recommencer pour anticiper la réforme de Janvier 2019.
  • Assister à une multitude de colloques et couvrir autant de pages de cahiers de notes techniques.
  • Se faire coacher par trois experts : Céline, Laurent et notre élève Sylvie.
  • Passer des dizaines et des dizaines d’heures au téléphone avec des organismes financeurs pour comprendre leurs besoins et tenter de les anticiper au mieux.
  • Lire des centaines d’articles sur le monde de la formation – jusqu’à ce que Manon commence d’ailleurs à publier les siens pour partager à son tour ses connaissances.
  • Regarder des webinaires qu’ils n’auraient jamais soupçonné regarder comme “la mise en place de procédures de suivi de qualité dans le monde de la formation professionnelle” – et en ressortir enthousiastes !
  • Recruter et former une équipe de 5 personnes qui sont désormais les étoiles du berger de nos élèves.

Alors oui, ce n’est pas forcément “glamour” : nous parlons ici d’heures et d’heures à éplucher des textes de lois, à nager dans des papiers écrits tout petit et à froncer les sourcils.

Mais cela fait vraiment la différence pour nos élèves. Victor et Manon les aident à choisir la meilleure option de financement, constituent le dossier pour eux en centralisant toutes les pièces et assurent le suivi des documents.  D’ailleurs leurs agendas sont disponibles ici pour un RDV si vous souhaitez en savoir plus.

L’idée est d’accompagner les élèves pas à pas, pour ne jamais les laisser seuls face à une mer de documents administratifs : cela doit leur sembler facile !

On ne peut pas se permettre de faire semblant de maîtriser ces compétences. On ne peut pas faire d’approximations avec la loi, ou avec un élève qui prépare son rendez vous Pôle Emploi : c’est un devoir pour nous de faire de notre mieux pour l’accompagner.

Pour cela, il fallait donc que Manon et Victor développent une vraie expertise. Cela a pris du temps (quelques sueurs froides aussi) mais sans cela nous n’aurions pas pu recevoir le mois dernier notre 200ème élève 100% financé.

C’est désormais une des pièces de notre skateboard digne d’un ébéniste, au même titre que la pédagogie à laquelle je me dédie depuis 10 ans maintenant (⅓ de ma vie !).

Mais c’est une compétence clé de notre projet : il fallait que Manon et Victor s’y consacrent, et qu’ils continuent d’ailleurs de l’affiner chaque jour avec minutie et une patience d’artisan.

Je trouve vraiment dommage que l’on valorise peu aujourd’hui ceux qui consacrent des heures à devenir experts dans leur domaine. La sueur et les efforts de longue haleine ne font plus vraiment les gros titres de la presse sur l’entrepreneuriat.

On préfère valoriser les sprints, mais je crois qu’il faut réapprendre à reconnaître et valoriser les sujets qui nécessitent un marathon.

Je vous invite d’ailleurs à vous poser la question : s’il y avait une expertise à développer pour faire résolument la différence sur votre projet, quelle serait elle ? J’adorerais lire vos réponses en commentaire.

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Alexandre Dana

  • Je crois que je me formerais à tout ce que je peux trouver sur le copywriting. Non seulement la formation LM, mais tout ce que je pourrais trouver à côté : la psychologie du consommateur, pourquoi les chiffres attirent autant, le marketing et l’éthique, …

    • Sandrine, si je puis me permettre. Il y a tellement de sujets que l’on ne peut être spécialistes de tout sinon, on est des généralistes. La formation Copywritting, elle est utile. Mais Psychologie, Marketing et éthique… trop de sujets entremêlés. Soit focus ! fais toi une « veille » sur tous les sujets liés à la psychosociologie des consommateurs éthiques. En découlera les sujets sur comment leur parler, agir, les faire réagir etc… Je suis passé par là. Des jours et semaines sur ce simple sujet du « consommateur éthique ». J’ai fais le focus sur la psychologie des voyageurs éthiques : au final j’ai trouvé l’équivalent de 400 pages et ce qu’il me fallait.

      Il faut accorder du temps pour ce qui est absolument nécessaire.

      A plus 🙂

    • Hello Sandrine, en effet comme le disait Gilles, je pense que le copywriting seul est déjà une formidable ambition – il y a tant à apprendre sur ce point 🙂

  • Je suis créatrice de vêtements experte en cultures textiles, broderies et savoir-faire textile de différentes cultures avec + que 10 ans de métier. C’est super, ça m’amène à créer de très belles pièces qui ont vraiment du sens, et qui (selon mon système de valeurs) ont beaucoup plus d’intérêt que des « petites fringues sympas ». Maintenant ce qui est moins super, c’est de me mettre à penser que cet aspect n’intéresse (de base ) que très peu de monde en réalité, donc il me reste un énorme travail à faire pour sensibiliser, transmettre et faire apprécier cet aspect là de mon travail même si c’est ce qui me passionne tellement il faut du temps pour rencontrer son public, trouver comment raccrocher ça à ses préoccupations/besoins…

    Merci pour les news, toujours un plaisir de vous lire et le contenu me parle 🙂

  • Merci à vous tous qui savez rester focus sur une expertise que j’attendais ! J’avais en tête d’utiliser les fonds de formation mais j’ai déjà une expertise utile à mes clients et je ne voulais pas l’en détourner. J’ai acheté plein de formations, pas tout suivi au bout, je suis passée à l’action !
    Maintenant, je voudrais me développer et passer à l’étape supérieure, proposer un outil technique en rapport avec mon expertise de base qui est le décisionnel et l’exploitation des données pour en faire sortir des tableaux de bord et de suivi. Bref, donner les moyens aux entrepreneurs de piloter leur affaire grâce aux chiffres issus des plateformes de vente et des auto-répondeurs. Je vais commencer par la plateforme que je connais et pour laquelle je suis experte, puis chercher des outils de visualisation pour les données recueillies.
    Pas mal de taf en perspective 😮
    En même temps, il faut préparer une offre qui colle aux besoins de mes clients 😉
    Merci !

    • Hello Annabelle, super intéressant ! Chez nous on utilise Mode Analytics, Dataclip et Amplitude pour la partie « funnels » si cela peut t’aider sur les outils !

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    Rapport de faute d’orthographe

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