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#3 Franck Annese : L’association – Podcast La Méthode LiveMentor

Pour le troisième épisode du podcast La Méthode LiveMentor, je reçois Franck Annese, le patron de So Press, un groupe de médias indépendant dont vous connaissez sûrement les magazines Society, So Foot ou SoFilm, pour ne citer qu’eux ! 

 

 

 

Transcription de l’épisode en fin d’article

 

Ensemble, on a parlé d’un sujet épineux : la question de l’équipe. Comment trouver un ou plusieurs associés ? Comment éviter de se tromper dans son choix ? Et surtout, comment faire durer son association ? Tous les entrepreneurs sont confrontés à ces problématiques à un moment donné. 

Certains choisissent parfois leurs associés pour les mauvaises raisons, par exemple par peur de la solitude ou par recherche de soutien dans cette aventure. C’est pour cela qu’il est fondamental de tester son association avant de déposer les statuts : vous pouvez commencer par travailler pendant 3 à 6 mois avec votre potentiel associé pour voir comment se passe la relation au quotidien. 

Franck est un exemple en la matière puisqu’il dirige SoPress avec ses deux associés depuis 17 ans. En presque 20 ans de collaboration, ils n’ont jamais eu de frictions ni de tensions. Impressionnant ! 

D’autant plus qu’ils ont lancé leur premier magazine papier en 2003 dans un contexte de crise pour la presse. Année après année, ce « trouple », comme dit Franck, a su construire une entreprise résiliente et diversifié leurs activités. 

Aujourd’hui, So Press a également une activité de production de publicités, de clips, de documentaires pour de grands médias, un label de musique (Vietnam), une maison d’édition, une régie publicitaire (H3), une société de production de films (So Films), une structure pour l’événementiel (Doli Events) et plein d’autres choses encore ! Une croissance maîtrisée et durable sur le long terme. 

Dans cet épisode, vous allez voir concrètement :  

  • sur quels critères choisir ses associés 
  • les erreurs à ne pas faire dans le recrutement d’une équipe
  • sur quoi repose une bonne association pérenne

Et vous, êtes-vous seul ou avec un associé ? Si oui, comment l’avez-vous trouvé ? N’hésitez pas à nous partager votre expérience en commentaire, ça peut en aider d’autres à ne pas faire d’erreur dans ce choix crucial ! Et si l’épisode vous a plus, n’oubliez pas de le partager

 

Ressources de l’épisode

Le site de SoPress : https://sopress.net/
Le livre La Méthode Livementor : https://www.livementor.com/livre/ 

Episode suivant

L’épisode 4 parle de la vision : comment définir la vision de son projet sur plusieurs années ? Une super conversation avec Ingrid Brochard, la fondatrice de Mumo et de Panoply ! 

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Transcription de l’épisode

Josiane – Bonjour à tous et bienvenus sur La Méthode LiveMentor, qui donne des conseils concrets d’entrepreneurs. Dans ce troisième épisode, on va parler d’un sujet qui concerne tous les entrepreneurs, quelle que soit leur avancée dans le projet : c’est la question de l’équipe. Est ce qu’il faut entreprendre seul ou avec un associé ? Comment faire pour le trouver ? Comment faire pour ne pas se tromper? Pour constituer une équipe ? Et surtout, pour que ça dure dans le temps ? Vaste sujet et je suis ravie d’en parler aujourd’hui avec Franck Annese, le patron du groupe So Press, qui est un groupe de médias indépendants dont vous connaissez sûrement les magazines Society, SO FOOT, SO FILM. Si vous n’aimez pas le foot, mais que vous aimez le rugby, il y a le magazine TAMPON!, si vous préférez le vélo, il y a le magazine Pédale! ou même Dada si vous aimez les chevaux. En tout cas, chez LiveMentor, on aime beaucoup le ton de tous ces magazines. Merci beaucoup, Franck, d’avoir accepté l’invitation. 
Franck Annese – Merci à vous !
Josiane – Je commence tout de suite avec ma première question : toi, tu as rencontré tes associés Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé à l’ESSEC pendant tes études. Vous avez créé un premier projet qui s’appelait Sofa, c’est ça ?
Franck Annese – Ils n’en faisaient pas partie, vraiment. Sylvain un petit peu, Guillaume pas du tout. Sofa, je ne l’ai pas créé avec eux. Avec eux, on a créé So Foot et c’est tout. Mais après, ils n’ont pas participé énormément, ils étaient là les premières années, au tout début : les deux premières années. Ils n’ont pas vraiment participé au développement de SO FOOT. Les « vrais » associés, entre guillemets, de Sopress, ceux qui sont vraiment très impliqués depuis le début dans le développement de la boîte, c’est Stéphane Régy et Marc Beaugé. 
Josiane – Qui sont restés rédacteurs en chef, c’est ça ? 
Franck Annese – Oui, qui sont qui sont ceux avec qui vraiment j’ai fait So Press.
Josiane – Et eux, tu les as rencontrés à quel moment ?  
Franck Annese – Stéphane, je l’ai rencontré avant qu’on lance So Foot, on avait fait un magazine qui s’appelait Sofa et Stéphane s’occupait de la rubrique musique. Je m’occupais du canard et lui de la rubrique musique. On s’entendait très bien. Et puis Marc, c’était le premier stagiaire de So Foot !
Josiane – Ah oui , d’accord ! Ce qui est fou, c’est que maintenant, on est en 2020, donc ça fait quand même pas mal d’années. Vous êtes passé de 3 à 70 personnes permanentes, plus toutes les personnes avec lesquelles vous travaillez ponctuellement, donc 300 personnes au total, quelque chose comme ça ? 
Franck Annese – Oui, un peu plus même : on doit être 120 personnes en ETP, et on doit faire 400 fiches de paye par mois.
Josiane – C’est une sacrée croissance quand même !
Franck Annese – Une croissance assez maîtrisée, en fait, parce que ça fait quand même 17 ans, donc on n’est pas passés de 3 à 120 en trois ans. Donc finalement, rien d’ingérable. Je pense qu’on a pu garder un peu l’esprit d’origine et le fait que ce soit aussi familial. Aujourd’hui, il y a très peu de départements administratifs au sens où il n’y a pas de ressources humaines. Il n’y a pleins de départements qui n’existe pas chez nous. Il n’y a pas d’accueil ! C’est bête comme ça, mais ça donne un peu le ton de la boîte. Tu rentres dans la boîte, tu rentres dans la boîte, quoi : tu tombes sur notre DG ou sur moi, ou sur Brieuc, qui est notre directeur du développement, dans les premières personnes que tu rencontres. 
Josiane – Et comment vous avez fait pour garder justement cette cette ambiance, cette relation? En 17 ans, j’imagine que parfois, il y a eu des tensions, des frictions entre vous. Comment vous les régler ? 
Franck Annese – Avec Stéphane et Marc ? Il n’y a jamais eu de tension. Non, non ! On se connaît bien. On est tous les trois très différents, mais on est tous les trois, je pense, assez admiratifs les uns des autres et des qualités des uns et des autres. On connaît très bien nos qualités, on connait très bien nos défauts respectifs et donc on sait laisser la part de décisions à la personne qui est, a priori, la mieux placée pour décider ou tenter en fonction de son caractère et de sa personnalité. Je pense qu’on on travaille vraiment en bonne intelligence.
Et puis, par ailleurs, maintenant, on va avoir un peu chacun nos domaines. Du coup, Stéphane, par exemple, participe assez peu à tous les développements en termes de production, etc., c’est moins son truc, lui il est vraiment sur la partie très éditoriale, gestion d’une rédaction, et puis un parti plus sociétal, voir édition au sens large, puisqu’il s’implique aussi pas mal dans les livres qu’on fait. Marc va beaucoup plus être sur des trucs plus expérimentaux, plus serviciels, tous les trucs un peu plus life style, ce qui concerne la mode, notamment, parce que c’est son rayon. Moi, je vais être plus sur la gestion de la boite, le côté un peu catalyseur et chef de bande, et puis ramener de l’argent dans cette taule, aha ! C’est quand même important, et c’est moins le truc de Steph, par exemple. Ça ne l’intéresse pas. Non pas que l’argent me passionne, mais je suis plus à l’aise pour aller ramener de l’argent et des projets qui sont économiquement intéressants. 
Josiane – Et cet équilibre, il s’est fait naturellement, ou est-ce que, au fur et à mesure des années, vous avez dû réajuster un petit peu cette répartition des rôles ? 
Franck Annese – Non, ça s’est fait hyper naturellement. Ça se fait naturellement parce que ça dépend des qualités des uns ou des autres. Stéphane, il ne sait pas compter ; par contre, c’est le meilleur d’entre nous pour raconter une histoire. Chacun a ses qualités. Moi, je compte mieux que lui,  donc il me laisse compter et ça lui va très bien comme ça ! Et puis voilà, on a des logiques différentes, des savoir-faire différents et ça s’est fait vraiment hyper naturellement. On a même jamais eu besoin de rationaliser tout ça ou de le formaliser …
Josiane – …De l’écrire quelque part dans un guide RH, aha !
Franck Annese – Mais globalement, d’ailleurs, cette boite est gérée de manière bordélique, mais humaine. Du coup, ça a ses défauts, mais ça a aussi ses qualités. Et rien n’est processicé – je ne sais pas si ça se dit -, il ‘y a pas de process, rien n’est vraiment charter, il n’y a pas de guides « comment faire ci ? », « comment faire ça ? ». C’est vraiment très laissé à l’intuition. C’est très intuitif et spontané. 
Josiane – C’est intéressant ce que tu dis, sur le fait de s’associer avec des gens qui sont très différents parce qu’il y a un écueil dans l’association, parfois, on a envie de prendre la personne qui est comme soi, alors qu’au contraire, on n’est pas obligé de prendre quelqu’un comme soi, on peut s’associer à quelqu’un de très différent, qui est justement complémentaire. Et c’est ce que tu dis : l’un qui raconte des histoires, l’autre qui sait mieux compter, et l’équilibre se fait naturellement, en bonne intelligence, en fonction des compétences, des qualités et, j’imagine, des aspirations de chacun.
Franck Annese – Moi, je pars du principe que tout le monde est assez orgueilleux, mais que tout le monde n’a pas les mêmes ambitions. Stéphane, il n’a aucune envie d’être chef, d’être chef au sens « chef de meute ». C’est pas quelqu’un qui aime forcément prendre un micro et emmener tout le monde derrière lui. C’est en tout cas pas comme ça qu’il procède : les gens le suivent parce qu’ils le reconnaissent comme quelqu’un de talentueux, mais lui, c’est pas sa faculté première d’ambiancer les gens et de jouer le chef de meute, ce qui est beaucoup plus facile pour moi, voire pour Marc, dans une certaine mesure aussi. Après, c’est parce qu’on a des caractères différents qu’on raisonne différemment et qu’on s’investit aussi différemment dans la boîte. Après, on a une qualité essentielle, commune – sans ça, notre association n’aurait jamais pu marcher – c’est qu’on est à la fois très exigeants et très bosseurs. C’est-à-dire qu’on n’a jamais eu peur de bosser, on travaille tous les trois de manière très volontaire et très intense, avec des horaires qui, souvent, dépassent l’entendement. Il n’y en a pas un pour rechigner, c’est à dire que jamais il y en a un de nous trois qui a dit : « on travaille trop, il faut qu’on descende un peu e niveau d’exigence, c’est trop, on ne tiendra pas … » C’est en ça qu’on est très orgueilleux. Stéphane, un jour, disait qu’on avait tous les trois un peu la peur de décevoir. Je pense que ça, c’est commun à nous trois, mais c’est commun à beaucoup de gens dans cette boîte, parce que c’est pareil, on recrute aussi des gens, non pas qui nous ressemblent, parce que ça, ce serait une erreur, mais par contre, ont se même trait de caractère commun qui est l’exigence et la peur de décevoir.
Josiane – Et comment vous prenez vos décisions alors ? 
Franck Annese – Ça dépend des sujets. Si c’est un sujet qui nécessite une dimension entrepreneuriale, un investissement, c’est moi qui décide.
Josiane – Tout seul ?
Franck Annese – Oui. Enfin, tout seul : j’ai le dernier mot. Après je prends toujours conseil auprès des uns et des autres. D’ailleurs pas que Stéphane et Marc, il y a aussi Baptiste, qui est notre directeur financier : je l’ai tout le temps au téléphone, parce qu’il travaille depuis Marseille. On se parle tous les jours. Et puis, je prends en compte ces remarques dans les décisions. Brieuc, le directeur développement, Eric, notre DG, etc. Et puis d’autres personnes de la boîte, des journalistes, des producteurs, Louise, ma dir-prod. Je consulte souvent un peu tout le monde, mais c’est moi qui tranche. Mais c’est parce que c’est comme ça, il faut bien qu’il y en ait un qui tranche. Moi, ça me dérange pas de prendre des décisions. C’est mon job, donc je le fais gaiement. 
Josiane – Et au fur et à mesure des années, ce qui est fou, c’est que l’activité s’est énormément diversifiée au sein de SO Press. Aujourd’hui, vous avez aussi une activité de production de publicité, de clips, de documentaires, il y a un label de musique qui s’appelle Vietnam, une maison d’édition, une régie publicitaire, une société de production de films et une structure pour l’événementiel … Il y a beaucoup d’activités. Comment vous avez pris la décision de vous diversifier ? Quand est ce que ça s’est fait ?
Franck Annese – Ça se fait au fur à mesure. Ça a commencé dès 2005, quand on a commencé à produire des pubs parce qu’on est venu me chercher. En fait, c’est rarement le fruit d’une stratégie très réfléchie. C’est souvent soit le fruit du hasard, soit le fruit de rencontres, soit un coup de tête, une envie, ou quelqu’un qui arrive dans la boîte : « Et si on faisait ça ? ». Et je dis oui, ok, d’accord. Je mets très peu de temps à dire oui ou non, a priori.
Josiane – Quand tu dis très peu de temps, pour prendre une décision, c’est quoi comme temps ? Une journée, deux heures, 20 secondes ? 
Franck Annese – C’est plus souvent 20 secondes qu’une journée. Non, mais c’est soit 20 secondes, soit six mois. Soit je décide tout de suite parce que ça me semble évident, soit c’est pas évident, et ça va prendre un peu plus de temps. Il va falloir montrer que c’est évident. Mais si on m’expose un projet et que j’y crois tout de suite, je dis oui tout de suite. 
Josiane – Comme quoi, par exemple ? 
Franck Annese – Là, dernièrement, Pierre Maturana, qui est aussi quelqu’un d’important dans la boîte, va proposer un nouveau média assez ambitieux qui nécessitera sans doute pas mal d’investissements. Je pense qu’il n’a même pas eu le temps de finir sa phrase que je disais oui. 
Josiane – Il est en cours ce média, tu peux nous dire le nom ou pas encore ?
Franck Annese – Non, pas encore. Parce qu’il n’y a pas de nom encore, d’ailleurs. C’est vraiment pas la première chose qu’on a pensée, mais je peux pas vous dire où il en est. Il est en cours. J’aimerais bien qu’il soit prêt pour septembre, mais ça me parait peut être un peu compliqué parce qu’on en a deux, trois bâtons dans les roues ces derniers temps avec les crises respectives. Donc, du coup, on avance un peu moins vite que ce qu’on voudrait. Mais oui, j’aimerais bien que ça se lance en septembre. Ce serait super. Peut être un peu tôt, mais on verra.
Josiane – Comment tu fais pour garder l’insouciance, la légèreté des débuts, puisque tu parles beaucoup d’instinct, de stratégie pur jus … Comment tu fais pour garder ça après 17 ans ?
Franck Annese – En fait, cette boîte, elle nous ressemble. Elle nous ressemble dans notre diversité, mais aussi dans ce qui nous rapproche, c’est-à-dire ce côté : « On s’en fout de l’argent », ce qui est déjà quand même énorme, on n’a jamais monté cette boîte pour faire de l’argent. On a monté cette boîte comme un loisir. C’est comme un point de départ qui est très fort. C’est dire que nous, on ne voulait pas vivre de ça, en fait. On ne savait pas qu’on voulait vivre, mais ce n’était pas prévu. C’était pas anticipé. On s’est pas dit : »tiens, on va monter un groupe de médias, et puis on fera ci, on fera ça… On s’est mis à faire un magazine de foot parce que ça nous faisait marrer, parce qu’on faisait avant un magazine de culture et qu’on passait notre temps à jouer au foot et à parler de foot. Donc on s’est dit : tiens, on va en faire un magazine. On a fait un magazine de foot, et il se trouve que ça a marché.
Après, tout s’est un peu enchaîné, sans qu’on soit d’ailleurs pris de court parce qu’on a toujours maîtrisé et fait comme on voulait les chose qu’on a faites pour l’instant, y compris les choses que l’on a ratées. Mais en revanche, rien n’était prémédité. Et tous les ans, je me dis : « On ne lancera pas de nouveaux trucs, cette année, on se calme… » Et tous les ans, on lance de nouveaux trucs ! Voilà, c’est des rencontres, c’est de l’envie de faire des choses. Et puis, Chérif Ghemmour, un journaliste qui est là aussi depuis très longtemps, depuis 2003, avait dit un jour dans une interview qu’on avait en commun, les gens So Press, d’avoir peur de mourir. Je pense que ça joue aussi beaucoup, ce côté peur de la mort et donc, du coup, urgence de l’action.
Josiane – L’urgence de vivre, de réaliser des choses vite.
Franck Annese – C’est-à-dire de les faire tant qu’on peut les faire. Tu te dis que demain, tout peut s’arrêter, donc tu as tendance à ne pas trop remettre au lendemain tes décisions et à avoir envie d’aller vite et de faire les choses. Du coup, des fois, on plante des choses, on les fait de manière pas assez business et trop artisanale. On a quand même deux gros défauts, on va dire, c’est que comme quand on pense pas vraiment argent, on pense jamais développement « scalable », comme on dit aujourd’hui, on pense rarement logique industrielle. On est plutôt dans un truc de plaisir, d’immédiateté, d’artisanat. On pense plus haute couture que prêt-à-porter. Donc ça a ses avantages, c’est-à-dire qu’on est assez soigneux et plutôt précis. On fait très attention à faire des choses qui nous plaisent, dont on sera fiers. On y passe du temps, on est exigeants, etc.
L’inconvénient, c’est qu’en termes économiques, aujourd’hui, on est une boite qui fait 20 millions d’euros. C’est-à-dire qu’on n’est pas une boite qui fait 600 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui est cotée 3 milliards au NASDAQ. On reste une petite PME familiale. Moi, ça me va très bien, je ne le verrai pas autrement, et si c’était à refaire je referais exactement la même chose. Mais voilà, on n’est pas dans une logique « startup nation » comme peuvent l’être aujourd’hui beaucoup d’entrepreneurs. On est pas dans cette logique là. Je ne porte aucun jugement, enfin c’est plutôt une critique à notre encontre qu’un jugement négatif à l’encontre de cette startup nation.
Josiane – Et justement, dans cette PME familiale, comment tu fais pour recruter des gens ? Est ce que c’est toi uniquement qui les recrute ou est-ce que vous êtes trois dessus ? Comment ça se passe ?
Franck Annese – C’est pas moi qui recrute. Faut quand même que je dise oui à la fin, mais non, ça peut venir d’un peu partout, et pas que de nous trois d’ailleurs. C’est beaucoup plus large que ça. Il y a des recrutements qui sont faits plutôt par Baptiste, qui est notre directeur financier, des recrutements qui sont faits plutôt pas par notre DG, des recrutements fait par des producteurs aussi. C’est très variable. « Un algorithme ! » Ahah, c’est Alexandre qui vient de passer une tête, qui dit : « par un algorithme », ce serait extraordinaire, ce serait génial des recrutement par algorithme ! Les gens ont retrouvé leur profil sur un site et ça dirait si oui ou non … On pourrait faire ça ! On s’est rendu compte d’ailleurs que Alexandre, qui a passé une petite tête dans ce podcast, et beaucoup de membres influents de cette boîte, sont tous nés début septembre, ils sont ou Vierge ou Balance. On pourrait y mettre une dose d’astrologie !  
Josiane – Comme critère essentiel ! Alors justement tu parlais du DG Eric Karnbauer : il disait dans un podcast que vous renifliez. Il y avait ce mot « renifler » en fait, c’est à dire être très instinctifs, justement, sur les relations, sur les feelings. Comment vous faites pour ne pas vous tromper ? D’ailleurs, est ce que tu t’es déjà trompé dans une collaboration ou dans un recrutement ? 
Franck Annese – Je me suis déjà trompé, oui. Ça peut arriver. Oui, je vois ce qu’il veut dire quand il dit qu’on se renifle, il y a un côté un peu sélection naturelle, c’est à dire qu’il n’y a pas de critère d’embauche, de critères de diplômes, de critères objectifs, on va dire. Du coup, c’est pas évident parce que c’est un peu de la sélection naturelle : être accepté par le groupe ou pas. Comment intégrer dans une bande, faire partie d’une bande ? C’est un mélange de cooptation, de … C’est pas évident. Pas évident pour les gens qui arrivent, pas évident pour nous, pour recruter. Ça prend toujours un peu de temps et c’est pour ça que, généralement, les gens qui bossent ici sont souvent des gens qui sont arrivés en stage parce que du coup, il y a un process plus naturel, c’est à dire que tu arrives en stage, tu te plait bien, tu intègres bien dans l’équipe, tu commences à piger ou à faire X ou Y activité ici, activité de prod ou activité d’auteur … Et puis tu restes, et un jour, on propose un CDI. Pas forcément d’ailleurs dans le domaine pour lequel tu es rentré en stage, tu peux arriver en stage en prod et finir secrétaire de rédaction. Tu peux arriver en stage à la rédaction, devenir directeur financier, puis finir rédacteur en chef. En l’occurrence, ce sont des exemples très concrets que je donne, ce sont des choses qui sont arrivées ici ou là.
Mais à partir du moment où tu as mis un pied dans la porte et que ça se passe bien, a priori, il y a des chances que tu restes un CDI, puis des postes à responsabilités, puis, pourquoi pas, que tu développes demain une branche d’activité qui n’était pas forcément préméditée, ce qui est de plus en plus le cas. Il y a de plus en plus de projets entrepreneuriaux. Et puis voilà, je pense que la boîte, sans qu’il y ait une stratégie derrière tout ça, naturellement, je me rends bien compte qu’on grandit et que les gens qui sont arrivés à 22 ans maintenant en ont des fois 35. À 35 ans, tout à coup, ils n’ont plus les mêmes aspirations, ils n’ont plus les mêmes vies, et du coup, ils ont envie de créer leur propre voix dans cette boite et de créer, ici un département événementiel, là des lieux, un autre va avoir envie de monter un nouveau média, de gérer lui-même, etc. 
Josiane – Et comment tu manage ton équipe ? 
Franck Annese – J’essaie de faire avec le plus de bon sens terrien possible. Je manage comme un petit paysan !  
Josiane – C’est-à-dire ?
Franck Annese – C’est-à-dire en me disant : « qu’est ce qui est juste et qu’est ce qui est logique ? » Et du coup, et avec mon caractère qui n’est pas forcément un caractère si facile que ça. Vu de l’extérieur, je vais paraître hyper cool parce que je porte une casquette et une barbe, mais en fait pas si cool que ça et plutôt exigeant et très humain, mais très exigeant. Mais les gens qui me connaissent bien, ils savent aussi comment je fonctionne. Et si je n’aime pas un truc, je le dis, je ne suis pas passé par quatre chemins pour le dire et je n’ai pas besoin d’élever la voix ou quoi que ce soit. C’est toujours dit de manière très simple, très directe. Et si quelqu’un veut me voir pour me parler d’un problème ou d’une envie, j’essaie d’être le plus disponible possible. Mais effectivement, ça fonctionne au bon sens. Je sais pas comment le qualifier autrement. 
Josiane – D’ailleurs, tu parlais de ton équipe, mais dans ton équipe, il y a des amis, des membres de ta famille. Comment vous faites au quotidien pour gérer ces relations ? Est ce que vous mettez des barrières ? Comment ça se passe, le pro et le perso en même temps ?
Franck Annese – Ça se passe assez naturellement. Parfois, on se permet sans doute plus de choses avec des gens de sa famille qu’avec d’autres. C’est-à-dire que, dans un sens comme dans l’autre, peut être que je suis plus dur des fois aussi avec les gens de ma famille, ou plus exigeant. En même temps, j’ai aussi une confiance inébranlable en eux. Donc, en fait, le fait que je travaille avec des gens de ma famille ou mes potes, c’est aussi parce que c’est une PME familiale et j’ai confiance dans les gens que j’aime par ailleurs. Donc du coup, c’est plus facile de déléguer à des gens en qui on a confiance que des gens avec qui j’aurais des rapports de simples collègues. J’ai peu de rapports de simples collègues par ailleurs, ce n’est pas trop ma façon de fonctionner : soit on est potes, soit on ne l’est pas et du coup on ne travaille pas trop ensemble. J’aime bien le côté famille. Maintenant nombreux, donc c’est une famille avec des micros familles à l’intérieur de la famille. Ce qui est le propre d’une boite qui commence à dépasser les 10 salariés. Quand tu commences à être 120, ça ne peut pas être un immense barbecue permanent avec 120 personnes. Mais ça reste hyper familial. Et les différentes personnes en responsabilité dans la boîte ont un peu le même fonctionnement aussi. Du coup, ça se transmet facilement, il y a un truc de transmission, de filiation, de cooptation, etc.
Josiane – Je voulais savoir si tu avais des routines avec tes associées. Est-ce que une fois par semaine, une fois par mois, vous vous prenez un petit temps pour sortir la tête du guidon, penser à autre chose, voir comment ça évolue ou pas du tout ? 
Franck Annese – Non, pas de routine,  parce que c’est compliqué à mettre en place avec nos vies respectives. A un moment donné, on s’était dit que tous les lundis soir, on se faisait une bouffe avec Steph  et Marc. On a fait ça pendant deux ou trois mois au lancement de Society parce que c’est moyen de faire le point. Et généralement, sur les coups de 22 heures le lundi soir, on se rejoignait où qu’on soit et on allait dîner tous les trois, on faisait un peu le point sur la semaine qui s’était écoulée.
Mais c’était vraiment pour parler du canard qui se lançait, où on savait qu’il y avait un enjeu assez important pour nous, parce que c’était la première fois qu’on lançait un média généraliste. C’était la première fois qu’on rentrait un peu dans la cour des grands en termes de presse. On allait être confrontés à une concurrence qui était inhabituelle pour nous. Et puis, on quittait un peu notre petite zone de confort, comme on dit, qui était de faire de la presse de niche ou à centres d’intérêts où on est, je pense, assez fort parce que c’est assez simple de prendre n’importe quel domaine de la vie et d’y appliquer notre filtre. Quand c’est un domaine qui est très large et qui dit société et économie, politique, culture, science, tout ça d’un seul tenant, c’est beaucoup plus compliqué. Du coup, ça nécessitait quand même d’avoir un pilotage qui soit un peu plus serré et qu’on arrive à y mettre malgré tout ce ton qu’on a, nous, et qu’il nous semblait important de retranscrire aussi dans ce type de style de presse. Et puis, c’est ce qu’on avait envie de faire. Donc, du coup, on a fait ça pendant 3 mois. Et puis après, une fois que ça a roulé, on a arrêté. C’était génial, j’adore dîner avec Marc, mais on ne pouvait pas maintenir ce rythme là parce que c’était trop contraignant pour nous.
En fait, on passe les bouclages ensemble, sauf aux mois de mars, avril, mai, ça a été un peu plus un peu plus compliqué avec le coronavirus, mais sinon, on a un week end sur deux qu’on passe ensemble. C’est toujours un moment super. Des fois on se fait une bouffe, des fois, on se fait un petit déjeuner. Ça dépend un peu de nos activités. Moi, régulièrement, je pars en tournage donc je suis moins joignable. Marc a quand même pas mal de choses à droite, à gauche, ce qui l’éloigne du bureau, que ce soit les shooting de L’Etiquette, sa chronique … 
Josiane – L’Etiquette c’est son magazine de mode masculine, c’est ça ?  
Franck Annese – Oui, magazine de mode masculine qu’on a lancé il y a un an. Voilà, donc on a tellement de choses les uns les autres, par ailleurs, que c’est difficile de coordonner nos trois emplois du temps et de trouver un moment fixe toutes les semaines pour se voir autrement que quand on est au bureau ensemble. On n’a pas de bureau séparé. Là, ils ne sont là parce que Marc est à la télé et Stéphane est encore en Normandie, mais sinon leur bureau et à environ 70cm du mien. Donc, on se parle toute la journée, mais on se parle toute la journée de manière informelle et non cadrée. Des points très cadré et routiniers, etc. c’est pas trop notre truc, on ne fonctionne pas vraiment comme ça.
Josiane – Mais c’est super chouette que vous ayez réussi à avoir aussi des projets solos chacun de votre côté.
Franck Annese – Ça me paraît important. Après, c’est chacun notre côté mais en même temps, on y est tous aussi. Moi, je m’implique aussi dans L’Etiquette, Stéphane un peu moins, c’est peut-être moins son truc. Moi, je m’implique sur la partie entrepreneuriale du projet et Marc dirige vraiment, donne lieu la sur le projet Sur Society, Stéphane a plus la main que Marc ou moi, parce que là, il fallait qu’il y en ait un qui prenne le lead, sinon, c’était trop compliqué en terme d’emploi du temps. Et donc, c’est Stef qui a le lead. Et sur le bouclage, quand il faut trancher sur une couverture, s’il faut que quelqu’un it le dernier mot, sera moi. Généralement, je n’ai pas besoin de ça. On est quand même très vite tous d’accord.
Le truc, c’est que ça fait 17 ou 20 ans qu’on bosse ensemble, donc si Stéphane dit « on va choisir cette couv’ là et je pense que Franck sera d’accord », il sait que je serai d’accord. Même pas besoin de me demander. Pareil pour Marc.  On se connaît très bien quand même. On se connaît vraiment très, très bien. On s’envoie des SMS tout le temps, des messages tout le temps. On est tout le temps en lien et du coup, ça se fait assez naturellement, assez simplement. Et on a chacun nos domaines. Toute la partie prod, moi, j’adore : j’adore être sur des tournages, j’adore tourner. Eux deux s’y intéressent un peu moins. Marc, ça le titille un peu, mais plus les shoot photos. Mais Stéphane, c’est moins son truc d’aller faire des prod, c’est pas forcément sa tasse de thé, première ; être au contact de clients ou quoi que ce soit, ça le fait chier de manière monumentale. Alors que moi, ça ne me dérange pas du tout. Au contraire, ça m’amuse. On se répartit les projets de manière naturelle, sans même avoir besoin de se dire : « tiens, ça, c’est moi qui vais faire ça, c’est toi, etc ». En fait, ça se fait naturellement. De même que s’il y a un dernier mot à donner pour l’édition d’un livre chez nous, ce sera plus Stéphane qui sera consulté. Parce qu’il a une culture littéraire plus importante que Marc ou moi. Donc, s’il me dit : « il faut faire un livre là dessus », je lui fais confiance.
Josiane – En fait, il n’a pas d’ego entre vous, c’est ça ? Il y a de l’orgueil mais pas d’ego.
Franck Annese – C’est assez propre à cette boîte. Ce n’est pas une boîte où il y a beaucoup d’ego. Il y a beaucoup d’orgueil et pas beaucoup d’ego. D’ailleurs, notre journaliste n’est pas du tout un journalisme d’ego : pas de « je », pas de gonzo reportages. On n’est pas dans une logique de se mettre en avant particulièrement. On a une logique très collective, très, très groupe, très bande. Même en réalisation, il y a plein de trucs qu’on signe à plusieurs. On a des pseudos, donc il y a des films qu’on fait avec des pseudos et c’est plusieurs d’entre nous mais on préfère se mettre sous un pseudo et faire le film ensemble et gagner moins d’argent plutôt que de faire le truc de notre côté avec notre nom absolument en haut du truc. On s’en fout. On n’est pas du tout à vouloir mettre notre blaze partout. Ce n’est pas du tout le propos. On n’en a pas besoin, on a suffisamment de reconnaissance comme ça.
Et la meilleure reconnaissance qu’on a, c’est la reconnaissance qu’on a entre nous. Moi, je préfère être reconnu par Steph, Marc et les gens qui bossent ici, que des médias ou par un public. Ce qui est important, c’est qu’entre nous, on se dise « OK, on a été bon ou pas bon », et on hésite rarement quand on n’a pas été bon. Je pense qu’on se porte beaucoup d’admiration, mais on n’hésite pas à dire : « On a été nul là dessus, on a merdé ». Et il n’y a jamais rien de grave. C’est pas grave du tout. Ce qu’il faut, c’est juste se dire : « Le prochain sera meilleur ». On n’a pas peur de l’échec. En fait, on est quand même des enfants des années 90 quand on a été élevés dans une logique qui est la loose. L’hymne de notre génération c’était quand même le morceau « Looser » de Beck. On n’est pas la génération Tapie, « winner », Duracell ou je ne sais quoi. On est pas du tout Forbes Magazine, c’est pas notre génération. Nous, on est vraiment une génération où on écoutait du rock indépendant avec des mecs qui avaient des cheveux trop longs, mais pas assez longs pour être cools, qui n’étaient pas très bien habillés, qui jouaient de la musique et qui disaient : « On préfère losers, mais être entre nous, plutôt que d’avoir les dents longues et de pas avoir d’amis ».  Donc, on a été élevé là dedans quand même, malgré tout, et je pense que c’est quand même un peu un socle culturel commun qui fait que aujourd’hui, on est pas dans une logique de briller les uns par rapport aux autres ou d’écraser notre prochain. On a juste envie de faire des trucs qu’on aime bien, les faire ensemble et ça se passe bien. 
Josiane – Mais tu penses justement que cet ego un peu mal placé ou le manque de franchise parfois entre les associés, c’est ça qui peut courir à la perte d’une boîte ? C’est la question de bien trouver son associé. 
Franck Annese – Il y a trois choses qui peuvent mener rapidement à l’échec. L’ego, l’argent et l’amour. Grosso modo, il se trouve qu’on ne partage pas les mêmes femmes. Donc, c’est facile. L’ego, on n’en a pas. Et l’argent, on s’en tape. Donc, ça se passe bien. S’il y avait un de nous trois qui était plus obnubilé par l’argent, ça pourrait être un problème. Si on avait des vues sur les filles ou si il y avait des histoires de filles entre nous, ça pourrait être un problème. Mais fort heureusement, il n’y en a pas. Et du coup, tout se passe très bien. 
Josiane – Tu as vu des entreprises échouer justement à cause d’une mésentente entre associés. Souvent c’est le cas, c’est un sujet épineux.
Franck Annese – Je ne connais pas tant d’entrepreneurs que ça. En tout cas, pas intimement. C’est pas du tout mes cercles de fréquentation, je n’ai pas d’exemples comme ça qui me viendrait en tête, où ‘aurais connu de manière suffisamment intime des boîtes pour savoir pourquoi ça a merdé et pourquoi ça a réussi. Mais bon, je pense qu’une recherche Google rapide, nous donnerait déjà des dizaines d’exemples de boîtes où, sur des histoires d’ego trip, des associés se sont embrouillés et ont foutu la boîte par terre. Je pense qu’il y a qu’à se baisser pour ramasser ce genre d’exemple. Ça peut être très compliqué à gérer. Nous il se trouve que ce n’est pas le cas parce que ça s’est fait naturellement, mais aussi parce qu’on s’est choisis naturellement. Je ne sais pas comment faire, je sais pas pourquoi des fois ça merde et des fois, ça réussit. Je n’ai pas de secret là dessus. Nous il se trouve que ça se passe super bien, et que c’est facile. Qu’on est vraiment amis : mes meilleurs potes, c’est les mecs avec qui je bosse au quotidien, c’est avec eux que je fais tout. Il y a une confiance inébranlable. 
Josiane – L’avantage, c’est que comme vous bossez beaucoup, c’est mieux d’avoir tes amis à côté toi !  
Franck Annese – Sinon je ne verrai jamais mes amis ! Là, c’est un jeudi férié, je suis au bureau et je rentrer chez moi avant très tard. Si je ne suis pas avec mes potes, avec ma famille, je ne les vois pas. 
Josiane – Quels conseils tu donnerais aux entrepreneurs ou aux porteurs de projets qui cherchent un ou plusieurs associés ? Comment fait pour trouver le bon ? 
Franck Annese – Je pense qu’on ne le cherche pas. Je pense que c’est naturel, ça se fait naturellement. Si on commence à chercher un associé, j’ai peur que ce soit un problème très vite parce que c’est très difficile de décoder (les gens). C’est pour ça que je fais peu de recrutement from scratch, parce que c’est très difficile de trouver les bonnes personnes. D’ailleurs, à chaque fois que maintenant, on fait des recrutements de personnes extérieures, surtout à des postes à responsabilité, ce qui est quand même très rare chez nous, généralement pour un poste de responsabilité, il vaut mieux avoir franchi un peu tous les échelons ici, ce qui permet de faire mûrir la chose, du coup, ça se décide de manière plus naturelle. Mais par exemple, quand j’ai recruté Guillaume Pontoire, qui est directeur de notre régie, c’était un vrai enjeu pour nous parce qu’on montait une régie et donc, du coup, je ne voulais pas me planter sur la personne que j’ai recrutée. Mais du coup, les entretiens ont été extrêmement longs. Parce que je voulais pas me planter. 
Josiane – Il y a aussi le fait que quand on cherche parfois, on cherche pas pour les bonnes raisons. Tu vois, je pense au livre La Méthode LiveMentor : Alexandre Dana y donne le cas pratique de Marcus, qui crée un restaurant et qui s’associe avec son ami Greta parce qu’au début, elle l’aide, elle le conseille. Et en fait, ils s’associent avant tout pour avoir du soutien et pas vraiment pour les compétences professionnelles de Greta. C’est ce qui est difficile aussi, c’est que quand tu cherches … C’est ce que tu dis, je pense, dans le fait de ne pas chercher, d’avoir quelque chose de naturel : l’avantage de ça, c’est que tu ne te plantes pas, tu sens quand la personne est bien. 
Franck Annese – Tant que c’est naturel… Pour prendre l’exemple que tu cites : je comprends tout à fait la logique de l’association, qui est peut être plus vertueuse que de vouloir absolument une association avec des compétences qui seraient complémentaires, etc. J’ai envie de dire : tu choisis pas, la vie choisit un peu pour toi. Après, moi, je marche beaucoup à l’intuition et je ne crois pas beaucoup à la préméditation et au calcul. Je préfère que ça se fasse de manière naturelle. Et puis si ça doit bien se passer, ça se passera bien. Ça peut paraître un peu bêta comme philosophie, mais on marche beaucoup comme ça.
Josiane – Après, une astuce toute simple, c’est simplement de tester son association potentielle en tant qu’associés, c’est-à-dire commencer à travailler ensemble en tant qu’associé, faire un test pendant un mois, trois mois, six mois. Voir déjà ce que ça donne au quotidien dans cette position là. Et si ça fonctionne, alors s’engager, créer une structure ensemble. Je me dis que ça peut éviter aussi des déconvenues.
Franck Annese – Oui, pourquoi pas ? Pourquoi pas? Après, je ne sais pas s’il y a vraiment un modèle unique… Les problèmes sont quand même souvent des problèmes d’ego. J’ai tout à coup l’association qui me vient, celle des comiques. Les humoristes commencent souvent à deux, et ils finissent souvent tout seuls !  
Josiane – A cause de l’ego qui grimpe ? 
Franck Annese – Bah ouais. Tu prends Dieudonné, Kad et O, Eric et Ramzy, etc. En fait, tu te rends compte que leur association a bien souvent des profils complémentaires, c’est-à-dire que tu en as un qui est plus celui qui est un peu le cerveau de la bande et l’autre, qui est plus le mec qui accroche la lumière et qui fait exister le duo de manière scénique et ou qui lui donne une chair qu’il serait impossible d’avoir avec un seul des deux individus. Kad et O, tu vois bien que c’est Olivier Baroux qui était un peu le cerveau du truc et Kad qui était un peu le mec avec plus de charisme. Eric et Ramzy, c’était un peu Eric le cerveau et Ramzy qui était un peu le trublion, tu le remarquais, cet espèce de grand plumeau. Le mec te soufflait direct. Ça, ça tient pas tout le temps. Après, ils trouvent leurs marques. Eric est un réalisateur. Et finalement, ça correspond vraiment à son profil. Et Ramzy est un acteur, vraiment, ça correspond à son profil. Pareil pour Kad et Olivier. Il finissent par trouver leur chemin, mais leurs associations, à un moment donné … C’est pareil pour Omar et Fred : il y a forcément un moment où elle bat un peu de l’aile. Parce qu’il y en a un des deux qui a plus de succès ou des aspirations différentes. 
Bon c’est, je pense, un peu la même chose, j’imagine, entre des associés dans une boîte. Donc, soit ça se trouve dans 10 ans, ça se passera mal. On sait jamais la durée de vie, c’est comme la durée de vie d’un couple. En l’occurrence, nous, c’est un trouple ! C’est peut-être plus facile un trouple, ça permettait de durer plus longtemps. Je ne veux pas donner de conseils matrimoniaux, mais s’il y a des couples qui battent de l’aile, pensez peut être à avoir un troisième élément. 
Josiane – Pensez collectif ! 
Franck Annese – Peut être que le polyamour peut résoudre des choses aha ! Mais en tout cas, c’est un peu comme la durée de vie d’un couple. 
Josiane – Alors, j’ai trois petites questions pour finir l’épisode : est-ce que tu peux me raconter un échec dans ton parcours d’entrepreneur et me dire ce qui t’a apporté ?
Franck Annese – Alors, un échec dans mon parcours d’entrepreneur… Il y en a eu plein ! Peut-être la seule fois où j’ai dû licencier quelqu’un, ce qui est, je pense, un de mes plus gros échecs. Je suis rendu compte que embaucher des gens qui n’étaient pas nés dans la boite ou n’avaient pas grandis dans la boite, c’était compliqué. C’était mon premier gros échec à ce niveau là et ça m’a servi de leçon pour la suite. Et maintenant, mes recrutements par le haut ont un enjeu pour moi qui est très, très important. 
Josiane – En 17 ans, il y a eu un seul licenciement ? C’est pas si mal que ça ! 
Franck Annese – Non, ce n’est pas mal, mais j’aurais préféré qu’il n’y en ait pas. 
Josiane – Et qu’est-ce que tu te dis dans les moments difficiles, qui fait tenir ?
Franck Annese – Il y a des moments difficiles, mais, je ne sais pas comment dire … On a jamais eu de moments faciles, vraiment, où tu te dis « tout roule ». Ça a toujours été compliqué. Donc, on a toujours dû faire les choses un peu par nous-mêmes. Du coup, quand tu as des tuiles, quand il t’arrive la crise du coronavirus, quand en même temps, tu as la crise de la diffusion de la presse, etc., t’es un peu philosophe. Moi, j’ai un petit côté « les choses n’arrivent pas par hasard », même si j’aime pas toujours cette phrase. Mais malgré tout, j’y crois un peu et je suis un peu rousseauiste à ce niveau-là. J’ai un petit côté, Jacques le fataliste, c’est que les choses arrivent, si je peux les changer, je les change, si je suis impuissant, ça ne sert à rien de se battre contre un truc contre lequel je ne peux pas lutter. Un peu comme au judo, il vaut mieux savoir comment l’encaisser et en faire une force. Donc, ce n’est pas parce que mon adversaire est plus lourd que moi que c’est moi qui vais finir au tapis. Du coup, il faut être malin et se dire : « Voilà, il y a ça qui nous arrive. Okay, comment on fait le pas de côté ? Comment rebondit ? Comment on prend le virage et comment on continue d’avancer ? » Parce que ça n’a aucun intérêt de se recroqueviller de se mettre en PLS ou en position foetale et d’attendre que ça passe. Ça ne servira à rien. 
Josiane – D’accord. Dernière question : quel est l’entrepreneur qui t’inspire le plus et pourquoi ? 
Franck Annese – L’entrepreneur qui m’inspire le plus… Il y en a aucun comme ça. Je ne sais pas, c’est tellement pas mon monde, aha ! Il n’y a pas de gens qui m’inspirent particulièrement. Je le dis sans prétention, c’est que je n’ai pas un modèle. Je ne me suis jamais fixé un modèle de quelqu’un à suivre ou quoi que ce soit, en disant : « Je veux faire exactement comme cette personne ».
Après, il y a plein de personnes que j’admire, mais j’admire aussi bien Xavier Niel que Mark Zuckerberg, et en même temps je leur trouve des défauts incommensurables et j’aimerais surtout pas avoir leur vie. Donc, chacun a chacun sa vie, chacun a sa personnalité. Je cite ces deux-là mais il y en a pleins d’autre :  Elon Musk est sûrement génial par certains côtés et insupportable par d’autres. Les grands capitaines d’industrie me fascinent toujours parce que je trouve qu’il y a un truc assez fascinant dans leur vie. Mais même des mecs que je pourrais apparemment détester, c’est-à-dire que je ne partage pas les mêmes valeurs que Bernard Arnault ou Vincent Bolloré, etc. mais par contre, je les admire dans leur quotidien de capitaines d’industrie qui doit être un truc assez dingue et qui, sans doute moi, ne m’irait pas forcément. Mais c’est une admiration qui est une admiration quand même vachement critique et pas du tout béate.
Il n’y a pas un entrepreneur ou une entrepreneuse comme ça où je me dis : « Wow ! » Je suis à sec, je n’aime pas ne pas avoir de réponse !  Normalement j’ai toujours des réponses, aha. Non, je n’ai pas de réponse vraiment pertinente. Tu n’as pas des exemples? Tu veux pas faire un QCM ? On peut pas faire un questionnaire à choix multiples ? En fait, je ne connais pas assez : tous les gens que je te cite finalement, c’est des gens hyper grand public, mais je ne connais pas assez les entrepreneurs, réellement. Je connais comme tout le monde, de grands capitaines d’industrie, mais … Je n’ai pas comme ça quelqu’un qui me vient. Je ne sais pas. 
Josiane – Mais même un entrepreneur, juste, qui fait des choses en local, ça peut être une initiative. Je pense qu’il n’y a pas besoin en effet de voir les Steve Jobs et les  Mark Zuckerber.
Franck Annese – Mais il y en a 10 000, la moindre personne qui tente de monter un truc et qui y arrive, je trouve ça super. Ça va d’un mec qui monte un resto à un type qui monte un atelier … Toute personne qui entreprend quelque chose et qui arrive à faire quelque chose, mais entreprendre même au sens très microcosmique, je trouve ça super. Je suis toujours assez admiratif, mais après, c’est pas forcement ni des inspirations ni des mentors. Je n’ai pas vraiment ce rapport-là aux choses, en fait. Ce n’est pas une réponse super que je te donne. 
Josiane – Non, non, mais elle est parfaite comme elle est. Merci beaucoup, Franck, en tout cas ! Merci beaucoup d’avoir accepté l’invitation. Merci pour ton parcours et tes conseils. J’ai une dernière question : où est ce qu’on peut diriger les gens qui nous écoutent, qui veulent en savoir plus sur toi ?
Franck Annese – Ils peuvent taper « sopress.net », je crois que ça résume bien. Il y a un truc qui résume plein de nos activités. Et après il faut sûrement aller fureter sur les différents sites internet, etc.
Josiane – OK, merci beaucoup, en tout cas ! 
Franck Annese – Merci à toi !
Josiane – Merci. Alors, le prochain épisode du podcast sera consacré à la vision. Comment définir la vision de son projet sur les prochaines années ? Je rappelle évidemment le livre La Méthode LiveMentor, écrit par Alexandre Dana, qui est disponible à la FNAC et dans toutes les bonnes librairies. Et comme on parle de lecture, évidemment, je vous invite à lire tous les magazines de So Press, la newsletter de LiveMentor avec plein de bons conseils. Et surtout, n’hésitez pas à nous donner vos commentaires pour savoir si l’épisode vous a plu, si vous avez des astuces pour trouver un bon associé, si vous entreprenez seul ou à plusieurs, on est curieux de savoir et d’échanger avec vous. Merci beaucoup Franck et bonne journée à tous ! 
Franck Annese – Merci à toi !

 

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Josiane

Josiane

Journaliste indépendante, auteure chez Flammarion et autoentrepreneure freelance, je suis allée à la rencontre d'entrepreneurs inspirants pour réaliser le podcast La Méthode LiveMentor

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