Indépendants : le plan d’action d’investissement étape par étape pour sécuriser votre retraite

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Thomas Meyer

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En quittant le salariat, vous avez aussi quitté la retraite par répartition « automatique ». Il est temps de créer votre propre caisse de pension.

La réalité des chiffres : ce que la retraite réserve aux indépendants

Un cadre salarié qui gagne 50 000 € brut par an pendant 30 ans peut espérer une pension autour de 60 à 70% de son dernier salaire. Le calcul repose sur les 25 meilleures années, avec des cotisations patronales et salariales qui s’accumulent sans effort de gestion.

Un freelance au même revenu net ? La situation est radicalement différente. Les indépendants affiliés à la SSI (ex-RSI) cotisent sur une base plus faible. Résultat : la pension de base tourne autour de 800 à 1 100 € par mois pour un indépendant ayant cotisé sur 50 000 € annuels pendant une carrière complète, contre 1 800 à 2 200 € pour le cadre salarié.

L’écart ne vient pas d’un manque de revenus, il vient du mécanisme de cotisation. Le salarié cotise « passivement » via son bulletin de paie. L’indépendant, lui, doit activement compenser ce déficit.

La réforme des retraites de 2023 a porté l’âge légal à 64 ans (cible 2030, génération 1968+), avec 172 trimestres requis pour le taux plein. Pour un indépendant dont la carrière alterne périodes salariées et activité en nom propre, le calcul des trimestres peut réserver des surprises désagréables.

Le constat est clair : sans stratégie complémentaire, un indépendant touchera 40 à 50% de moins qu’un salarié au même niveau de revenus.

Le PER : un outil puissant, mais à double tranchant

Le plan épargne retraite (PER), issu de la loi PACTE de 2019, a remplacé l’ensemble des anciens produits (Madelin, PERP, PERCO). Pour un indépendant, c’est le premier levier à étudier.

L’avantage fiscal immédiat

Chaque euro versé sur un PER est déductible du revenu imposable. En 2026, le plafond de déduction atteint 38 448 € pour un salarié (10% de 8 PASS), et jusqu’à 88 911 € pour un travailleur non salarié (TNS). La fraction non utilisée du plafond est désormais reportable sur 5 ans (au lieu de 3 auparavant).

Concrètement, un freelance imposé dans la tranche à 30% qui verse 10 000 € sur son PER économise 3 000 € d’impôt l’année du versement. En tranche à 41%, l’économie grimpe à 4 100 €.

Les contreparties à connaître côté PER

Le PER n’est pas un produit miracle. Trois points méritent vigilance :

  • Blocage des fonds jusqu’à la retraite. Sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, invalidité, surendettement, fin de droits au chômage), le capital reste bloqué. Pour un indépendant dont la trésorerie peut fluctuer, c’est une contrainte réelle.
  • Fiscalité à la sortie. L’avantage fiscal à l’entrée se paie à la sortie : le capital est imposé au barème de l’impôt sur le revenu, les plus-values au PFU de 31,4% (12,8% IR + 18,6% PS). Si votre tranche d’imposition reste identique à la retraite, le gain fiscal est quasi nul.
  • Fin de la déduction après 70 ans. Depuis la loi de finances 2026, les versements volontaires sur un PER ne sont plus déductibles pour les titulaires de 70 ans et plus.

Pour qui le PER est-il pertinent ?

Le PER se révèle particulièrement intéressant si vous êtes dans une tranche marginale élevée aujourd’hui (30% ou 41%) et anticipez une tranche plus basse à la retraite. C’est le cas typique d’un freelance en phase de forte activité entre 35 et 55 ans.

En revanche, si vos revenus sont irréguliers ou si vous avez besoin de liquidité, mieux vaut doser les versements plutôt que maximiser le plafond chaque année.

L’immobilier de rendement : construire une rente indépendante

Le PER reste un produit financier adossé au système fiscal. L’immobilier locatif, lui, génère une rente concrète qui ne dépend ni de l’âge légal de départ, ni d’un quelconque taux de remplacement.

Le principe : se créer un « salaire immobilier »

L’objectif est simple : acquérir progressivement un patrimoine locatif dont les loyers couvriront vos besoins à la retraite. Un bien acheté à 35 ans avec un crédit sur 20 ans sera intégralement remboursé à 55 ans. Les loyers deviennent alors un revenu net.

Prenons un exemple concret. Un appartement de 200 000 € financé à crédit, loué 800 € par mois en longue durée. Pendant la phase de remboursement, le loyer couvre l’essentiel des mensualités. Une fois le crédit soldé, ces 800 € mensuels constituent une rente brute.

Les véhicules à considérer

  • La location meublée (LMNP). Le régime réel permet de déduire les amortissements et les charges, ce qui réduit voire annule l’imposition sur les loyers. Attention toutefois : depuis le 1er janvier 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente.
  • Les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier). Un ticket d’entrée dès quelques milliers d’euros, une gestion totalement déléguée, un rendement moyen autour de 4,5% par an. L’option idéale pour investir dans l’immobilier sans gérer de locataire.
  • L’immobilier en direct. Plus exigeant en gestion, mais offre un contrôle total et la possibilité de créer de la valeur par des travaux. L’exonération d’impôt sur le revenu sur les plus-values immobilières intervient désormais au bout de 17 ans (contre 22 ans auparavant, loi de finances 2026).

L’avantage structurel pour un indépendant

L’immobilier offre un atout que le PER n’a pas : la prévisibilité. Les loyers sont contractuels. La dette est amortie mécaniquement. Et surtout, vous pouvez commencer à en tirer des revenus bien avant l’âge légal de la retraite, sans pénalité ni condition de déblocage.

L’assurance-vie : le couteau suisse trop souvent oublié

Entre le PER et l’immobilier, l’assurance-vie occupe une place stratégique. Contrairement au PER, les fonds restent disponibles à tout moment. Contrairement à l’immobilier en direct, il n’y a aucune gestion locative.

Après 8 ans de détention, la fiscalité devient particulièrement douce : un abattement annuel de 4 600 € sur les gains (9 200 € pour un couple), puis un taux réduit de 7,5% d’impôt sur le revenu (sous 150 000 € de versements cumulés), auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux maintenus à 17,2%, soit un taux global de 24,7%.

En 2026, l‘assurance-vie conserve un avantage fiscal structurel par rapport au PER : elle est exclue de la hausse de CSG qui frappe les autres placements financiers. Les prélèvements sociaux restent à 17,2% (contre 18,6% pour le PER et les valeurs mobilières).

Pour un indépendant, l’assurance-vie fonctionne comme un matelas de sécurité qui se valorise. Elle peut servir de complément de revenus à la retraite via des rachats partiels programmés, tout en restant mobilisable en cas de coup dur pendant l’activité.

Le plan d’action en 4 étapes pour investir intelligement en tant qu’indépendant

Sécuriser sa retraite quand on est indépendant ne se résume pas à choisir un produit. C’est une architecture globale qui doit être calibrée selon votre situation.

Étape 1 : Faire un bilan retraite

Avant toute décision, chiffrez votre pension estimée. Le relevé de situation individuelle (disponible sur info-retraite.fr) permet de vérifier vos trimestres acquis et vos droits projetés. C’est le point de départ pour mesurer l’effort d’épargne nécessaire.

Étape 2 : Définir votre objectif de rente mensuelle

Quel montant souhaitez-vous percevoir à la retraite, en complément de votre pension de base ? 2 000 € par mois ? 3 000 € ? Ce chiffre conditionne la stratégie d’investissement et le rythme d’épargne.

Étape 3 : Répartir entre les enveloppes d’investissement

La clé réside dans l’arbitrage entre les dispositifs (ne pas tout mettre dans le même panier) :

  • PER : pour l’avantage fiscal immédiat, si vous êtes en tranche haute
  • Assurance-vie : pour la liquidité et la souplesse, avec une fiscalité avantageuse après 8 ans
  • Immobilier locatif : pour la rente prévisible et la constitution de patrimoine
    Il n’existe pas de répartition universelle. Un freelance à 80 000 € de revenus en tranche à 30% n’aura pas la même stratégie qu’un consultant à 150 000 € en tranche à 41%.

Étape 4 : se faire accompagner pour arbitrer

C’est sur cet arbitrage que l’accompagnement fait la différence. Auguste Patrimoine aide les indépendants et professions libérales à construire une stratégie retraite personnalisée, en combinant les différentes enveloppes (PER, assurance-vie, immobilier) selon leur situation fiscale, leurs objectifs de rente et leur horizon de placement.

L’intérêt d’un conseil en gestion de patrimoine dédié ? Ne pas se contenter d’ouvrir un PER « parce que c’est ce qu’on entend partout », mais architecturer une solution globale qui tient compte de la volatilité des revenus d’un indépendant, de ses projets de vie et de l’évolution de la fiscalité.

Questions fréquentes sur la retraite des indépendants

À partir de quel revenu faut-il commencer à préparer sa retraite ?

Dès les premiers bénéfices stables. Même 200 € par mois placés régulièrement à partir de 30 ans produisent un capital significatif sur 30 ans. L’important n’est pas le montant initial, c’est la régularité et le fait de commencer tôt.

Le PER est-il toujours rentable pour un freelance ?

Pas systématiquement. Le PER est pertinent si votre tranche marginale d’imposition actuelle est supérieure à celle que vous aurez à la retraite. Si vos revenus fluctuent fortement ou si vous avez besoin de liquidité, l’assurance-vie peut être un choix plus adapté.

Peut-on combiner PER et immobilier locatif ?

Oui, et c’est même souvent la stratégie la plus robuste. Le PER apporte la déduction fiscale immédiate, l’immobilier apporte la rente prévisible. Les deux se complètent, à condition de calibrer les montants pour ne pas asphyxier votre trésorerie.

Quelle est la différence entre PER individuel et PER obligatoire pour un TNS ?

Le PER individuel est ouvert à tous. Le plafond de déduction pour un TNS peut atteindre 88 911 € en 2026 (contre 38 448 € pour un salarié). Les anciens contrats Madelin peuvent être transférés vers un PER individuel, ce qui permet de bénéficier d’une plus grande souplesse de gestion et de la possibilité de sortie en capital.

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Thomas Meyer

Consultant SEO