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“Je peux partir tôt ce soir ?”

Pour recevoir toutes les informations concernant le lancement du carnet co-édité par 23 heures 59 éditions et LiveMentor, c’est ici : Le carnet du temps.

“J’aimerais vraiment aller au cours de yoga de 14h, est ce que je peux m’absenter 2h et finir plus tard ?”

“Je suis surtout productif le matin et le soir après 20h. Est ce que ce serait jouable de scinder ma journée en deux sessions de travail avec un long break l’après midi ?”

Ces questions sont récurrentes sur le lieu de travail – ou du moins dans les songes de nombreux d’entre nous.

Elles commencent souvent par “ce serait tellement plus optimal si…” – et finissent très souvent en suspens, quelque part entre une tasse de café et un calendrier bien rempli.

Dans ces questions aux apparences anodines se mêlent des notes d’utopie et de fantasmes universels. Le type de questions faussement audacieuses, que l’on lance à l’assemblée avec un brin d’espoir tout en ayant presque déjà fait leur deuil.

Et ce avant même d’avoir entendu la réponse, qui se soldera bien souvent si ce n’est par la négative, par un “oui mais” aux allures de :

“Oui mais, comment faire pour savoir qui travaille quand ?”

“Comment m’assurer que le travail est produit ?”

“Que faire si j’ai vraiment besoin de toi à 14h ?”

Et c’est ainsi que s’achèvent généralement les discussions sur le temps de travail flexible.

Inachevées. Renversées par des objections finalement assez classiques, mais auxquelles on peine pourtant à apporter des réponses concrètes.

On peine à envisager un cadre simple qui la rendrait si ce n’est possible, du moins testable, cette utopie d’un temps de travail modulable et flexible.

Je me les suis posées des centaines de fois moi aussi, ces questions. Je me rappelle de mes études et de la pluralité des rythmes de travail de chacun. Les dissertations s’écrivaient à 7h comme à 22h.

Mes meilleures, je les ai d’ailleurs probablement écrites à 22h. Non, je n’étais pourtant pas une bourreau de travail – j’avais probablement consacré mon après midi à monter à cheval en forêt.

J’ai simplement toujours été beaucoup plus productive le matin et le soir – et j’adaptais intuitivement mon rythme à ce qui devait se rapprocher de ma “chronobiologie naturelle.”

Il en allait de même pour mes camarades de l’époque, qui pour beaucoup d’ailleurs avaient des rythmes radicalement différents des miens. Les amoureux du travail dans le confort d’un café, dans la belle lumière de l’après midi se seraient par exemple très mal accomodés de mon propre rythme par exemple.

Si vous repensez à vos années étudiantes, vous vous rendrez certainement compte que nous procédions tous aux mêmes ajustements.

Puis est venue l’entreprise – et sa très monolitique journée continue de 9h à 19h.

Un modèle plutôt curieux lorsque l’on y pense.

Notre approche du temps de travail n’a pas beaucoup évolué depuis la révolution industrielle. Et pourtant, nos métiers, eux, se sont transformés.

Et c’est là que cette réflexion sur le rythme de travail prend une dimension plus grande, presque sociétale, pour passer d’une simple discussion de machine à café à une réflexion plus profonde.

Je ne suis pas économiste, mais j’observe que l’action conjointe de l’automatisation et du numérique a généralisé un type de professions d’un genre nouveau. Les tâches répétitives disparaissent pour laisser place à des postes à plus forte valeur ajoutée, mais aussi à un impératif accru de différentiation et de créativité.

Je crois que cette mutation appelle à ne plus faire du temps de travail flexible une option, parce qu’il peut être un formidable outil pour développer la capacité d’innovation des collaborateurs, au point de devenir qui sait, un avantage compétitif.

La créativité, et plus généralement la capacité d’innovation sont des muscles qui s’entretiennent.

Ce sont des processus itératifs, déstructurés et délicieusement chaotiques qui s’accommodent mal d’un carcan horaire trop restreint.

Les idées nouvelles se nourrissent d’échanges et d’influences extérieures, qui ne sont pas toutes accessibles avant 9h ou après 19h. Une idée brillante naît plus souvent de la visite d’une exposition que d’une session de travail continue de 6 heures.

Sauf que bien souvent cette exposition ferme à 19h. Est ce une raison pour priver ses collaborateurs d’une plateforme à idées ? Je ne le crois pas, et ce serait dommage.

Cet exemple de l’exposition est d’ailleurs particulièrement emblématique – car survient généralement une nouvelle objection lorsque je l’évoque.

“Mais au fait, aller à une exposition, ce n’est pas du travail ?”.

C’est sûrement vrai. Mais faux aussi. La réponse dépend de la définition que l’on souhaite donner au terme travail, et il devient de plus en plus nécessaire de la redéfinir.

Penser le temps de travail flexible appelle en effet à repenser totalement notre approche du travail – pour dépasser les contours classiques de l’entreprise.

Il faut dépasser le monde des “job descriptions et des fiches de poste”, où l’on s’attarde plus sur les tâches que sur la mission.

Il faut apprendre à s’attacher au but plus qu’au chemin.

Se demander si aller à une exposition est du travail pour son directeur artistique, c’est se concentrer sur ses tâches, pas sur son but final, qui est de produire l’univers visuel le plus différenciant pour l’entreprise.

C’est cela qui compte, et je lui fais confiance pour trouver le chemin et l’organisation qui lui conviendront le mieux pour y arriver.

Il y a peu de sens à recruter des experts pour leur dicter quoi faire, ou leur imposer une organisation du travail en prétendant mieux les connaître qu’eux même.

Apparaît là d’ailleurs quelque chose de déroutant.

On se rend en effet très vite compte que pour bien fonctionner, le temps de travail flexible – souvent perçu comme une mesure laxiste (voire aux notes hippies) – nécessite en réalité une véritable rigueur managériale pour fonctionner.

Pour libérer ses équipes, et ne pas tomber dans les travers du “mais est ce que x travaille suffisamment”, il convient en effet de définir en permanence des objectifs clairs pour chacun, et d’assurer une communication fluide et efficace pour éviter les qui proquo.

Sans le vouloir, le désir de rendre possible le temps de travail modulable nous oblige à développer une véritable hygiène d’entreprise, qui serait d’ailleurs très certainement bénéfique dans la majorité des organisations. Ce thème seul fera d’ailleurs très prochainement à l’objet d’un prochain article.

Ces problématiques sont centrales chez LiveMentor.

Notre ambition est de créer l’école des entrepreneurs de demain : c’est une tâche ambitieuse, qui sous entend de “mettre en créativité” une équipe de talents, en créant autour d’eux un cadre optimal et motivant.

Mais ce n’est pas tout. Pour créer notre nouveau modèle pédagogique, il nous a aussi fallu inventer pas moins de 5 nouveaux métiers. Pour n’en citer qu’un, nos mentors donnent des cours en visioconférence à des milliers d’élèves dans des classes virtuelles.

Ces cours ont souvent lieu tôt le matin ou tard le soir. Il nous est donc tout simplement impossible de leur imposer un traditionnel 9h-19h.

Ces nouveaux métiers, nés du numérique et aux contours propres, appellent donc eux aussi, à leur manière, à une redéfinition de notre approche du rythme de travail.

Outre l’aspect générationnel (x, y et autres férus d’équilibre vie pro/vie perso), nombre des membres de notre staff sont aussi d’anciens entrepreneurs ou indépendants, pour qui la liberté est une valeur cardinale.

Et il serait curieux d’offrir un cadre de travail rigide à nos équipes, quand elles oeuvrent chaque jour à la réussite des projets de nos élèves, qui voient souvent leur aventure entrepreneuriale comme une quête de flexibilité et de libération.

Il est donc essentiel de dessiner ensemble un cadre qui rende possible – et de façon collective – le temps de travail flexible.

Parce que nous avons l’opportunité de tout bâtir de zéro, nous avons face à nous un formidable laboratoire – et l’occasion de proposer une première matérialisation de notre désir d’un rythme de travail plus modulable.

N’ayant pas trouvé dans la littérature existante une approche concrète et qui nous parle, nous avons mis sur pied un framework très court.

Il s’agit d’un cadre très simple pour répondre aux éternels “j’aimerais partir plus tôt ce soir ?” ou “est ce que je peux aller boxer 2h et finir ensuite”.

C’est un cadre en trois piliers, qui crée une routine autour du temps de travail flexible.

A chaque fois qu’un membre de notre staff souhaite s’absenter quelques heures ou séquencer sa journée, nous lui proposons d’analyser son organisation à l’aune de ces trois principes :

Universalité : “est ce que si tout le monde se mettait à faire ce que je m’apprête à faire, LiveMentor se porterait bien ?”. Etonnamment, c’est chez Kant et non dans un livre de management que nous avons trouvé ce premier principe.

Communication : “est ce que quelqu’un est susceptible de s’inquiéter ?”, “ai-je bien rempli mon calendrier afin de notifier l’équipe de mon absence de 2h?”. Dans 99% des cas, bloquer 2h dans son agenda est amplement suffisant – sinon, un petit message à la personne concernée fera l’affaire. Et à la question “comment faire s’il y a une urgence ?”, je répondrai que très souvent les urgences n’en sont pas (beaucoup de thèmes peuvent attendre 4h), et que le reste relève du sens commun. Si un collaborateur abandonne son équipe pour faire un footing alors que les bureaux de LiveMentor sont en feu, je serai plus inquiétée par la mauvaise dynamique de groupe que par l’absence en soi.

Egalité : “est ce que tout le monde a le droit de faire ce que je suis en train de faire ?”, “est ce que chacun sait qu’il peut le faire si il en a envie ?”. Ce principe fait de la bonne application du temps de travail flexible une responsabilité collective. Il est voué à empêcher l’installation de frustrations en les anticipant et en créant en amont une discussion.

Nous n’en sommes qu’au début de nos réflexions – la chronobiologie en est encore absente par exemple, quand il est évident qu’elle pourrait nous permettre d’aller beaucoup plus loin (chaque tentative de travail entre 13h et 15h me le rappelle par exemple personnellement).

C’est une première itération, que nous adapterons au fil du temps – avec la croissance de l’équipe – mais en veillant à toujours essayer de faire les choses justes.

Et de continuer à écouter cette petite voix qui me disait déjà lors de mon premier stage “mais ce serait tellement mieux si…”.

Je finirai cet article en citant Lewis Carroll (ce sera donc un article de management qui ne citera aucun livre de management).

“Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ?“

Certains ont peut-être vu passer l’info.. 2019, c’est l’année d’une belle collaboration entre Anne Humbert et LiveMentor ! Nous allons sortir ensemble un carnet secret, intitulé le Carnet du TEMPS !

Nous lançons la production de ce carnet, co-édité par 23heures59 editions et LiveMentor pour mi-mars. Il ne s’agit d’un simple carnet. C’est un carnet particulier, un carnet pour amadouer un être capricieux : le TEMPS.

Lors de notre dernière réunion, nous avons listé les réflexions suivantes. Je vous les partage en ayant hâte de lire vos avis sur le sujet !

– L’argent se perd, mais se regagne. Le temps se perd toujours !

– Il faudrait toujours commencer par prendre LE TEMPS DE FAIRE DES CHOIX….

– Mais on est tellement préoccupés par LE TEMPS DU JOUR (« est-ce que je vais réussir à faire tout ce qui est prévu aujourd’hui ?! »)…

– Que l’on réduit fatalement LE TEMPS DES PROCHES…

– Pour encore et toujours oublier LE TEMPS POUR SOI !

Est-ce que cela vous parle ? ?

Pour recevoir toutes les informations concernant le lancement de ce carnet, c’est ici : Le carnet du temps.

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Anaïs Pretot

  • J adore cet article,il répond à plein de questions que je me pose et vous me donnez les réponses.Quand je lis un article comme ça,j admire votre vision du monde du travail et votre modernité.Et je me rends compte aussi à quel point je suis malheureuse en entreprise et à quel point je dois absolument me mettre à mon compte pour pouvoir travailler de façon plus efficace et plus créative.

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