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#5 Sandra Reinflet : L’affirmation – Podcast La Méthode LiveMentor

Pour le cinquième épisode du podcast La Méthode LiveMentor, je reçois Sandra Reinflet, musicienne, auteure, globe-trotter, photographe et conférencière. Elle a regroupé toutes ses activités sous le joli nom d’inventeuse d’histoire vraies … 

 

 

 

Transcription de l’épisode en fin d’article

 

Ensemble, nous avons parlé  d’affirmation, ou comment affirmer son projet face aux autres et dépasser ses peurs. J’ai choisi d’interroger Sandra Reinflet parce qu’elle est vraiment experte en la matière : ses multiples projets lui ont à chaque fois demandé de s’affirmer et de sauter le pas, et elle le fait très bien ! 

Pourtant, rien ne la prédisposait à cette vie d’aventurière. Sandra est diplômée d’une école de commerce et forte d’une expérience en marketing chez L’Oréal. À 20 ans, un grave accident de voiture lui fait prendre conscience que ses rêves et ses projets ne doivent pas attendre. Elle commence alors à voyager pour rencontrer des femmes de son âge capables de mener des projets dans des contextes difficiles. Elle en fera un livre, premier pas vers une vie de créatrice et d’indépendante. 

Dans cet épisode, qui suit le chapitre 5 du livre La méthode LiveMentor, « L’affirmation », vous allez voir concrètement :  

  • de quelle façon lutter contre le syndrome de l’imposteur
  • comment décortiquer son projet en micro étapes pour mieux le réaliser
  • comment s’autoriser à rester débutant et renouer avec l’enthousiasme de l’amateurisme
  • en quoi la contrainte rend inventif

Ce que j’aime chez Sandra, c’est qu’elle ne fait rien comme tout le monde ! Son discours est à l’opposé de ce que l’on a l’habitude d’entendre. Elle est très déculpabilisante et prône davantage l’action à la longue réflexion, souvent paralysante. Elle conseille de rester concentré sur le plaisir que l’on a à faire et pense que l’échec est surtout là où l’on n’ose pas essayer et s’affirmer. Son discours et son parcours sont riches d’enseignements. J’espère que l’épisode vous plaira et vous fera avancer !  

Et vous, qu’est-ce que vous faites pour oser lancer votre projet ? Comment vous êtes-vous affirmé ? N’hésitez pas à nous écrire en commentaire pour nous partager vos astuces ! 

Si l’épisode vous a plu, n’oubliez pas de le partager sur les réseaux sociaux pour en faire profiter votre entourage !

 

Ressources de l’épisode :

Le site de Sandra : https://sandrareinflet.com/
Le créateur qui l’inspire : Gilbert Garcin, un entrepreneur et photographe français devenu célèbre après l’âge de la retraite ! Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour se lancer dans ce qui nous anime. 

 

Episode suivant :

Dans l’épisode 6, on passe à l’action : comment devenir ultra efficace et productif ? Une super conversation avec Jérôme Dumont, co-auteur du livre La 25e heure !

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Transcription de l’épisode :

Josiane – Bonjour à tous, bienvenus sur La Méthode, le podcast de LiveMentor, la référence du coaching pour entrepreneurs en France. Cette semaine, on va parler d’affirmation, c’est-à-dire comment faire, quand on a un projet, pour l’affirmer face aux autres et pour dépasser ses peurs. Et pour parler d’affirmation, je suis ravi d’accueillir Sandra Reinflet. Bonjour Sandra ! 
Sandra Reinflet – Bonjour ! 
Josiane – Tu es musicienne, écrivaine, voyageuse, photographe et conférencière, tu as de nombreuses activités et tu te définis comme inventeuse d’histoires vraies. Je trouve que c’est une très jolie appellation pour regrouper tout ce que tu fais et je pense que tu es la personne idéale pour le thème d’aujourd’hui, parce qu’à chaque projet, tu as dû t’affirmer pour dépasser tes peur. Je suis sûr qu’on va avoir plein de conseils.
Alors, comme d’habitude, on va partir du livre La Méthode LiveMentor, pour s’appuyer sur un cas pratique. Le cas aujourd’hui, c’est l’histoire de Manon. Elle a 48 ans, elle est médecin généraliste et elle aimerait lancer une chaîne d’histoire sur YouTube. Elle a tout ce qu’il faut, elle a tout préparé : elle a acheté le matériel pour se filmer, elle a testé le son, elle a listé toutes les vidéos qu’elle voudrait faire. Mais elle est a tellement peur de la réaction des autres et des commentaires négatifs qu’elle est bloquée. Elle n’ose pas sauter le pas. Je pense qu’on a tous été amenés, à un moment donné, comme Marion dans notre parcours, à connaître la peur de la critique, la peur de pas être légitime pour lancer son projet. Ça peut être aussi la peur de ne pas être à la hauteur face à un client qui nous fait confiance ou la peur de se sentir nul par rapport aux autres. Donc, Sandra, avant de parler de ton parcours en détail, je voulais savoir ce que le cas de Manon inspire. Quels conseils tu donnerais à Manon pour qu’elle ose se lancer ? 
Sandra Reinflet – Ne pas trop réfléchir, aha ! Je crois que si on prend trop de temps, si on pèse trop le pour et le contre, si on écoute trop nos limites, elles gagnent parce qu’il y en a toujours beaucoup. On en parlera, je pense un peu plus en détail, mais on a toujours ce sentiment d’illégitimité, et il ne faut pas lui laisser trop de place. Parce que si on l’écoute, c’est vrai : « Pourquoi nous plutôt qu’une autre ? Est-ce qu’on sera à la hauteur ? Est ce qu’on risque pas d’échouer ? Est-ce qu’on fait bien prendre ce risque là ? » Il est possible que la réponse qui nous vienne par notre petit cerveau qui veut nous protéger, soit : « Non, ne le fais pas, il y a sûrement quelqu’un qui ferait mieux que toi ». Donc, je crois que la première chose à faire, c’est d’essayer, de faire le pas en se disant : « Allez, je ne prends pas trop de précautions, je tente. » Et puis, on verra bien ce qui va se passer, ce qui va en découler. Ce sera sûrement plus des bonnes surprises que des chevilles foulées.
Josiane – Que des mauvaises surprises.
Sandra Reinflet – Oui, après, ça peut arriver, mais c’est dédramatiser, se dire : « bon, j’essaye. » Et puis, si ça foire, c’est pas très grave. 
Josiane – Tu veux dire que la terre ne va pas nous tomber dessus si on disait on essaye de lancer notre projet, c’est ça ?
Sandra Reinflet – Oui, et puis surtout : un échec, c’est toujours relatif. Est ce que c’est tout le projet qui vraiment est mort né ou mort à très peu de temps ? Ou est-ce que c’est une partie ? Est ce qu’il va évoluer ? C’est très compliqué, cette notion d’échec. C’est toujours relatif. Et puis, ce n’est pas parce qu’un projet échoue que le suivant échouera. Peut être que le suivant réussira parce qu’il y a eu cette entorse au parcours avant. Je ne crois pas beaucoup à la notion d’échec. Je pense que tout est un apprentissage. 
Josiane – Alors, on va revenir justement sur cette peur de l’échec. Juste avant ça, je voudrais qu’on revienne un peu sur ton parcours. Toi, tu as fait une école de commerce, tu as fait un stage en marketing chez L’Oréal, donc à la base, tu ne te  destinais pas du tout à une vie de créatrice et d’indépendante. Alors même que quand tu étais enfant, tu rêvais de devenir chanteuse, écrivain, photographe. Ça me fait penser d’ailleurs à l’épisode 1 du podcast, sur l’alignement, si vous ne l’avez pas écouté ! Et puis tu as eu un accident de voiture à 20 ans, qui t’a fait prendre conscience que les rêves, les projets, il ne fallait pas les faire attendre, mais bien les réaliser maintenant, c’est bien ça ?
Sandra Reinflet – Oui, ça a été une sorte de d’accélérateurs parce que moi, j’ai toujours su ce que je voulais faire. Petite fille, je disais déjà que j’inventais des histoires à partir du réel, que je voulais garder la liberté de changer d’outil, de support, parce que pour moi, raconter une histoire, c’est la même chose : on utilise un mot, un son, une image. Ça reste une façon de raconter le réel et de l’interpréter, de le mettre en scène. J’ai toujours voulu faire ça. Sauf que je viens d’une famille pas du tout artiste, qui a eu peur. Quand je suis arrivée au moment de faire des choix d’orientation, je me suis un peu laissé convaincre et je suis rentrée dans cette école alors que j’étais en bac littéraire, option arts.
J’étais très, très loin de cet univers là, mais je m’y suis quand même faite parce que qu’il y a des choses assez ludiques et c’est sympa au fond, l’école de commerce. Je me suis fait des amis, il y avait beaucoup de fêtes, je voyageais parce qu’on faisait des stages et des semestres à l’étranger.C’était assez chouette. Je me posais plus vraiment de questions sur ma vocation, ce que j’avais vraiment envie de faire. J’étais dans l’instant. Et puis j’ai eu cet accident de voiture, qui était une des meilleures choses, a posteriori qui me soit arrivées, parce que j’ai eu conscience de l’urgence à devenir qui on est. Et j’avais la chance de savoir à peu près ce que je voulais faire et ce que je voulais devenir. Et du coup, j’ai arrêté de reporter ça à plus tard et j’ai décidé de devenir vraiment inventeuse d’histoires vraies, ce qui n’a pas été de tout repos.
Josiane – C’est intéressant ce que tu dis sur l’urgence. C’est vrai que ça me fait penser aux personnes qui ont un déclic, malheureusement, parfois, à cause d’un évènement grave, que ce soit un accident ou le décès d’un proche. Et en fait, ils ont cette urgence à vivre, à se réaliser tout de suite, alors que c’est vrai que quand on est tranquille, on a toujours tendance à repousser à plus tard.
Si je reprends l’exemple de Manon avec sa chaîne YouTube, on est tenté de se dire : « Moi alors, ma chaîne YouTube, je vais la lancer cet été. » Puis, quand l’été arrive, on se dit : « en fait, je vais la lancer à la rentrée », puis à la rentrée, il y a d’autres choses qui font qu’on reporte. Est-ce qu’une astuce possible pour oser lancer son projet, ce serait de recréer ce sentiment d’urgence pour faire les choses en se disant : »Si tout s’arrêtait demain ou à la fin du mois, qu’est ce que je pourrais faire d’ici là pour avancer dans mon projet ? » C’est-à-dire se poser la question : « Qu’est ce que je peux faire maintenant pour ne pas remettre à plus tard ? » Parce que Sandra, j’ai l’impression qu’en définitive, le but, c’est de ne pas repousser l’action ou l’échéance, c’est ça ? 
Sandra Reinflet – C’est ça, oui. Après, on l’oublie vite et tous, parce qu’on se retrouve dans une routine où les urgences prennent le pas sur les grands projets. Ces grands projets là qui n’existent pas encore, souvent. Personne ne les attend vraiment. Il n’y a que nous pour nous motiver et nous décider à avancer, à s’y consacrer maintenant, alors que tout le reste nous sollicite, tous les autres projets en cours, ceux qui implique d’autres gens : les rendez vous et les obligations familiales, sociales, tout ça prend le pas souvent aussi parce que ça fait moins peur. C’est plus facile.
Par exemple, quand j’écrivais mon roman, mon dernier roman, je procrastinais tellement, parce que j’avais peur de m’y consacrer au fond. Au fond, ça me semblait un projet tellement grand que je faisais passer toutes les urgences avant : faire une facture, faire la vaisselle … Des trucs un peu habituels, mais qui avaient une fin. En fait, c’était des choses qui faisaient moins peur. Ça semblait plus court. Et du coup, oui, je pense qu’une des choses peut-être pour réussir à se lancer tout de suite, c’est de décomposer le mouvement, c’est-à-dire que si on voit le projet dans sa globalité, ça fait trop peur. C’est comme une immense montagne dont on regarderait le sommet pour essayer de finir sa randonnée. Et on aurait le sentiment de jamais s’en approcher.
Alors que si on arrive à décomposer l’action, c’est à dire à faire des petits pas, à se dire : « Allez, je vais aller jusqu’à cet arbre, je vais aller jusqu’au prochain virage », sans tout le temps fixer la destination. Ça permet de s’enlever un peu de pression, de l’angoisse de la page blanche pour mon métier d’écrivain, mais qui marche dans tous les domaines. Quand les projets nous semblent trop monumentaux, on a le vertige. Au fond, c’est essayer de minimiser un peu la grandeur du projet. C’est se donner des échéances courtes, le sentiment d’urgence, se dire : « Voilà, soit je me donne un temps dans la journée, soit je me donne un objectif, mais décomposé pour que ça semble moins impressionnant ». 
Josiane –C’est ce que tu as fait d’ailleurs pour ton roman Ne parle pas aux inconnus, qui est sorti en 2017, tu n’as écrit que le matin, c’est ça ?
Sandra Reinflet – Oui, parce que je me suis bien rendu compte qu’il y avait un problème ! Je réservais des jours entiers à l’écriture de ce roman. Et puis, arrivé 17 heures, je m’étais toujours pas mise à ça, j’avais fait tout le reste. Je crois que j’avais l’impression que c’était colossal et que j’avais le temps de le faire, que de toute façon, ça me prendrait un an. Du coup, je faisais passer toutes les choses d’avant. Donc, j’ai réfléchi, je me suis dit : « Comment déjouer ces petits mécanismes d’évitement mentaux ? » Et j’ai décidé de recréer ce sentiment d’urgence en me donnant une heure de fin. Donc c’était 13 heures. Comme ça, je me disais je ne sacrifie pas tout à ce projet. J’ai le sentiment, l’après-midi, de pouvoir faire d’autres choses en parallèle. J’arrête à 13 heures. Je commence quand je veux. Au départ, je commençais à 11 heures avec deux heures, et quand arrivait l’échéance, j’avais un sentiment de frustration : « J’écrirais bien encore plus. » Et du coup, petit à petit, je m’y suis mise de plus en plus tôt. Et le fait de savoir qu’il y avait un moment d’arrêt précis et inamovible faisais que, vraiment, je m’attelais à cette autodiscipline. Ne pas le faire, l’après midi, même si j’en avais envie, parce que je savais que cette envie nourrirait le lendemain. J’allais désirer écrire et que j’irais plus facilement le lendemain. Et puis du coup c’est passé beaucoup plus facilement et sans sentiment de souffrance. Bon, il y a des gens qui ont ce sens du labeur, de l’effort. Moi, je ne l’ai pas beaucoup. Je veux vraiment que la vie soit une joie, un plaisir et j’ai du mal, quand ça m’est pénible, à travailler sur quelque chose. Du coup, il faut se connaître et savoir comment aménager, ménager son effort, selon ses capacités, pour que cela reste agréable et pas une source de stress, d’angoisse ou autre.
Josiane – Mais c’est une très bonne astuce, en tout cas de décomposer le projet en micro tâches, en micro mission qu’on peut arriver à faire. Et puis, en effet, se donner ce sentiment de plaisir, d’urgence à le faire, quitte à en faire moins la journée, mais qu’au moins le lendemain, on a envie d’y retourner, qu’on ait l’impression d’avancer. C’est super.
Sandra Reinflet – Et puis, après un niveau plus macro, qu’on parlait d’accident : c’est vrai que souvent, ce qui nous fait prendre des décisions un peu tranchées, emprunter des déviations, en tout cas, entreprendre des grands changements dans nos vies et nos projets, c’est souvent des ruptures. Ça peut être une rupture professionnelle, une rupture sentimentale, un accident, un deuil, un choc. Ces choses-là nous font prendre conscience de l’urgence. Et du coup, il ne faut pas non plus en avoir peur. Parce que parfois, ça peut vraiment nous aider. Sur le coup, c’est douloureux et pénible. Mais en fait, c’est des petits post-it qui nous rappellent qu’on est mortel. Alors, ça peut sembler un peu dramatique, mais en fait, ce n’est pas du tout dramatique. C’est la base, c’est la donnée de base de la vie, c’est que ce n’est pas infini. Et donc, on a le droit, presque le devoir, je crois, de profiter de ce temps pour faire vraiment des choses qui comptent, qui nous semblent importantes.
Josiane – Justement, après cet accident de voiture, tu as commencé à voyager pour voir des femmes du même âge que toi qui arrivaient à réaliser des projets malgré des situations difficiles, qui n’attendent pas d’avoir le déclic pour oser. Quel était ton but à ce moment là, pour toi, avec ce projet ?
Sandra Reinflet – C’est un premier projet et aussi un projet de transition. Parce que que j’avais terminé mon diplôme, puisque j’avais fait un contrat avec mes parents, en disant : « Je ne veux pas du tout faire ça, après l’accident, mais comme je sais que ça vous rassure, je vais aller au bout de ces études. Je vais avoir un diplôme, très bien. Vous serez rassurés, vous aurez fait votre job de parent, merci beaucoup. Mais moi, je ne travaillerai pas là-dedans, mais je vous promets que je ne vous demanderai jamais un centime de ma vie. Je vais me débrouiller. »
Mais je ne savais pas tellement bien par quel bout prendre ce métier bizarre de d’inventeuse d’histoires vraies. Et je me suis dit : »Tiens, je vais aller rencontrer des femmes qui osent entreprendre, réaliser des projets dans des contextes a priori vraiment compliqués et qui arrivent quand même », pour qu’elles servent d’inspiration pour moi, mais pour d’autres. J’avais plein d’amis qui arrivaient dans l’âge adulte, en tout cas l’âge où tu rentres dans le monde du travail, le monde actifs – c’est moche, ce mot, monde actif, on peut être actif avant aussi -, en tout cas, c’est des phases de transition où les gens se posent beaucoup de questions et souvent, ils se disent : « Mais ça, c’est vraiment une filière où il n’y a pas de débouchés. »
Moi, j’ai décidé d’aller collecter de la matière, récolter des témoignages de femmes qui sont dans des prisons, des déserts, des bidonvilles, qui ont des problèmes physiques et a priori, vraiment qui n’ont pas grand chose pour se réaliser et qui pourtant y arrivent. On en a rencontré 81, et 81 c’était aussi notre année de naissance. On est partis à deux amies, toutes les deux nées en 1981, c’étaient des femmes du même âge que nous, qui auraient pu être des amies, des sœurs, mais qui vivaient des vies très différentes. Ce qui était passionnant dans ce projet et ces rencontres, c’est qu’elles avaient toutes quelque chose en commun, qu’on avait assez peu anticipé. C’est qu’elles font la part des choses entre ce qu’elles doivent accepter – une femme qui est en prison,  elle est en prison, elle ne peut pas en sortir tout de suite – mais dans ce contexte là, elle identifie ce qu’elle peut changer. Quelle est sa part de pouvoir ?
Je trouve que ça, c’est assez universel comme message et ça marche dans toutes les situations : c’est qu’on n’est pas responsable de tout ce qui nous arrive. Mais on est quasiment toujours responsable de la façon dont on réagit à ce qui nous arrive. Et toutes ces femmes-là avaient ce point commun là de trouver leur marge de manœuvre, même si elles étaient petite, et de se concentrer là dessus, pour ne pas devenir dingue. Parce que sinon, si tu es juste confronté à une limitation, à une contrainte, tu te plains, tu deviens dingue, tu tapes la tête contre les murs et tu n’avances pas. Parce que tu te sens impuissant, et c’est très, très frustrant. Mais si, au contraire, tu regardes juste la petite ouverture que tu as, et que tu t’insère dedans pour te frayer un chemin, c’est très gratifiant. Et elles ont toutes fait ça. Et nous, on est rentré au bout de 14 mois de reportages et de portraits publiés avec une énergie monstrueuse et en se disant : « Nous, on n’a plus d’excuses ! Après avoir rencontré toutes ces femmes là, on ne peut pas ne pas oser, pas possible. » J’ai écrit un premier livre là-dessus et j’ai fait plein de conférences sur ce tour du monde. Et après, je ne me suis plus du tout senti le droit de ne pas franchir le pas. Je me disais : « Ça y est, il est vraiment l’heure de devenir chanteuse, écrivain, photographe ». 
Josiane – Mais quand on y réfléchit, c’est vrai qu’en fait, il y a toujours un obstacle quand on essaye de lancer un projet, il y a toujours un contexte difficile. Il y a toujours quelque chose qui nous empêche. Mais finalement, la question, comme tu viens de le dire, c’est : « Qu’est ce qu’on décide de faire dans ce contexte ? » Est-ce qu’une astuce, dans ce cas-là, ça ne serait pas de revenir à ce qui est en notre contrôle, c’est à dire à revenir déjà à ce qu’on peut faire ? 
Sandra Reinflet – Bien sûr, c’est réussir à distinguer ce sur quoi on a le pouvoir et ce sur quoi on n’a pas le pouvoir et se concentrer seulement sur ce sur quoi on a la main. Et ça peut même être une grande chance, en fait, cette contrainte. Les modèles collaboratifs, par exemple, sont tous nés de la crise économique. Les gens avaient plus trop l’argent de voyager en train : le covoiturage est né. Tous les sites de seconde main sont nés aussi de cette période où il y a un moindre pouvoir d’achat en ligne.
A des niveaux un peu plus singuliers, moi, je travaille depuis 4 ans maintenant sur les artistes sous contrainte. Je fais un projet photo long cours dans des pays où l’art est censuré, pour plein de raisons : religieuses, politiques, économiques, géographiques. Et je rencontre des artistes qui se retrouvent en prison parce qu’ils font des choses qui sont contraires à la loi du pays, à la religion. J’interroge aussi la nécessité : c’est tellement dur pour eux de réaliser leurs projets que je me demande pourquoi ils passent pas à autre chose. En fait, ils te disent que, la difficulté, ça rend leur projet nécessaire. C’est assez intéressant.
Si je peux vous donner un petit exemple : j’ai rencontré une metteur en scène iranienne qui s’est fait arrêter plusieurs fois puisqu’elle faisait danser des gens dans ses spectacles. La charia, la loi islamique, interdit aux femmes de danser, encore plus sur scène. Donc elle s’est fait arrêter plusieurs fois. Elle s’est réfugiée au Canada. Là bas, elle faisait des spectacles subventionnés, elle avait l’argent, un contexte favorable. Mais au bout de quelques années, elle s’est dit : « Mais en fait, ce que je fais là-bas, c’est du divertissement. C’est pour faire joli, mais ça ne change pas la société. Ce que je fais en Iran, c’est bien au delà de l’art. C’est un travail sur la liberté, la libération des corps, des femmes. C’est vraiment important. » Donc, elle est revenue en Iran et je l’ai vue, j’ai vu un de ces spectacles où les femmes dansaient encore.  Je lui ai dit : « Mais comment tu fais? » Elle m’a expliqué qu’en farsi, donc en perse, il y a un mot qui dit « mouvement harmonieux » donc elle me dit : « C’est pas de la danse, tu vois, c’est du mouvement harmonieux ». Tout est sur le fil. Mais elle contourne un peu la règle pour se frayer son chemin, mais ce qui est intéressant, c’est que pour elle et pour tous les autres artistes que je photographie dans ce travail là, la contrainte, c’est ce qui les inspire et c’est ce qui rend important leur travail, ce qui fait d’eux des résistants, au delà de créateurs simples.
Dans tous les contextes difficiles, il y a un moment d’acceptation. Il faut digérer l’empêchement et la difficulté, mais ensuite, c’est presque plus facile quand c’est moins confortable de se lancer dans des projets. C’est pour cela d’ailleurs que souvent, les gens osent au moment où ils se font virer ou alors quand ils se quittent. Parce qu’ils ont le sentiment d’avoir moins à perdre, peut-être. Et puis aussi une nécessité plus forte. C’est pareil, ça nous rappelle, ça nous ramène à la vitalité de base, c’est à dire : il y a une urgence. 
Josiane – La contrainte rend inventif, en fait. 
Sandra Reinflet – J’en suis sûre. 
Josiane – D’accord, et si je reviens sur ce livre, justement, ton premier livre en 2010 sur ces 81 femmes, qui s’appelle Same, same but different. Ensuite, donc, tu disais que tu avais fait des conférences pour en parler. Et puis après, il y a eu les autres rêves à réaliser, chanter, faire la photo. Est-ce que tu as eu quand même des blocages à ce moment-là ou pas du tout ? 
Sandra Reinflet – Alors oui, j’en eu ai plein, plein. La photo n’était pas vraiment un rêve, c’est venu un petit peu par hasard. Mais des blocages … Il faut que je réfléchisse, c’est une question compliquée … Sur la musique, oui, parce que le plus grand blocage était celui de la légitimité, parce que j’ai pas appris tout ça. J’ai pas appris à écrire, je n’ai pas appris à chanter ni à jouer d’un instrument. J’ai pas appris à photographier au départ et pourtant, j’ai quand même décidé de créer dans ces domaines-là.
Donc, j’ai pris le parti de faire sans trop me poser de questions, d’essayer. Et puis d’accepter le fait que ce n’était pas parfait et que ça faisait partie du chemin. C’est aussi ce que je trouvais excitant dans ce travail là : de ne pas très bien savoir faire, mais d’expérimenter, un peu comme un enfant s’essaye à plein de choses sans trop de pression. Je trouvais ça plus facile dans les débuts, paradoxalement, qu’après. C’est-à-dire qu’au début, je fais de façon instinctive, par envie, par goût du jeu, du défi. Je n’ai pas vraiment peur de ce que je ne connais pas. J’essaye. En revanche, une fois que c’est assez installé et qu’il faut faire un deuxième album, un deuxième livre, une expo photo. C’est le moment où, d’un coup, tu es crédible ou prise comme tel par les autres. Et là, tu peux te sentir illégitime.Parce qu’au début, il y a la flamme, l’envie du débutant, puis, après, le côté sérieux et professionnel. Et je trouve que c’est plus celui-ci qui est inhibiteur. 
Josiane – Il y a plein de choses très intéressantes dans ce que tu viens de dire. La première chose, et c’est très vrai, c’est que déjà il n’y a pas besoin d’être formé pour oser faire de nouvelles choses. Ça paraît évident, mais c’est vrai qu’en France, on est très porté là dessus : si on n’a pas fait la bonne formation, qui on est pour oser faire ça ? Alors qu’au contraire, ce que tu dis, c’est que la démarche derrière, c’est de s’autoriser à rester débutant. C’est ça qui fait qu’on prend du plaisir. Tu parles de jeu. C’est vrai, il y a un côté un peu enfantin. On essaye et puis on verra bien. Mais en tout cas, on a cette sensation de plaisir à essayer, même si on n’est pas expert dans le domaine. Et la deuxième chose, c’est que toi, tu dis que le sentiment d’illégitimité ou le syndrome de l’imposteur, il vient quand on commence à être expert. Mais alors, comment on fait à ce moment là ? Est-ce qu’il faut qu’on reste toujours un peu amateur ? Qu’est ce qu’il faut qu’on se dise à ce moment là ?
Sandra Reinflet – Alors je ne sais pas. Je ne peux pas répondre à « il faut », parce que je crois que ça dépend vraiment de chaque personne. Il n’y a pas de recette pour ces choses là, mais moi, j’essaie toujours de décaler un petit peu la chose pour que ça reste toujours un peu nouveau. Parce que si on prend à l’échelle de la vie, cette histoire de possible et d’amateurisme, je trouve que plus on avance dans la vie, plus les possibles se réduisent. Quand on est petit, on peut tout essayer, tout est formidable et ensuite on se spécialise. Ça commence à l’école, et puis avec les études, et puis avec le travail et l’expérience professionnelle. Et finalement, on se retrouve à faire seulement ce qu’on a déjà fait, ce qu’on sait bien faire. Je pense que ça, c’est une erreur, un choix de confort, peut-être, parce qu’on est rassuré dans notre capacité. Les autres nous disent : « Tu es à la bonne place puisque tu l’a déjà fait, c’est bien ». Mais c’est pas du tout vecteur de créativité. Et puis, c’est pas très stimulant. Donc j’essaye… Bon, ça reste très individuel parce qu’il y a des gens qui ont besoin de ça, qui ont besoin de creuser un domaine et de rester là-dedans. Heureusement qu’il y a aussi des spécialistes. On a besoin de chercheurs, de gens qui sont des verticaux. Mais pour les autres, les horizontaux dont je fais partie, je crois qu’il faut réussir à ne jamais s’habituer, c’est-à-dire toujours décaler un petit peu la chose, même si ça reste le même média. Essayer de nouvelles choses, c’est ce qui me maintient en action, en éveil. J’ai du mal à reproduire quelque chose est déjà fait, parce que j’aurais l’impression de le faire moins bien en plus : la flamme du début donne une énergie spéciale au projet, un résultat assez particulier. 
Josiane – Et parce que peut être aussi que c’est une façon de diminuer la pression qu’on se fait subir à soi même, le fait de rester amateur ? 
Sandra Reinflet – Oui, oui, sûrement. Moi, à un moment, je faisais des chroniques radio sur France Inter et je l’avais fait vraiment par hasard. On m’avait demandé d’animer ça. J’y ai pris beaucoup de plaisir. Et puis, un jour, le producteur m’a dit : « C’est vraiment bien ! Tu sais, tu devrais faire de la radio, vraiment, avoir peut-être ton d’émissions, proposer un concept.  » Et puis, j’ai réfléchi à ça, je me suis dit « Ah bon ? » Et d’un coup, j’ai commencé à avoir des problèmes de respiration. Je sentais qu’à l’antenne, j’avais vraiment une pression physique beaucoup plus forte qu’avant, parce qu’avant, c’était juste du plaisir et que d’un coup, il y avait presque une obligation de résultat. On me disait que j’étais bonne là-dedans et du coup, il fallait que je le soit. 
Josiane – Il y avait un enjeu professionnel très fort, oui, je comprends très bien.
Sandra Reinflet – C’est un peu paradoxal puisqu’on pourrait dire que ça rassure d’être d’avoir des retours comme ça. Mais c’est aussi une façon de nous enfermer, de nous dire : « Tu es faites pour ça. » Moi, je n’avais pas envie d’être animatrice radio. Et je me souviens d’un choix qui a été très difficile, c’est qu’un jour, on m’a proposé après ça sur une autre radio, de co-animer les matinales. Et c’est quelque chose que veulent faire tous les journalistes puisque c’est le créneau qui est le plus écouté. Sauf que moi, je suis pas vraiment journaliste et que quand on me l’a proposé sur le coup, j’ai dit non, parce que je ne suis pas du tout matinale. Moi, je suis insomniaque, donc l’idée de me lever à quatre heures du matin, c’est pas possible ! J’ai dit non, et puis puis directeur des programmes m’a dit : « Réfléchis quand même. Moi, j’aimerais bien, t’es pas formatée radio. Je pense que ça marcherait. » Donc, j’ai réfléchi, j’ai pris une semaine de réflexion. Semaine au cours de laquelle j’ai demandé conseil à des amis qui, pour beaucoup, travaillent dans les médias et m’ont dit :  « Mais oui, attends, c’est génial une matinale, tu peux pas refuser, c’est canon. » Et j’ai vu dans leurs yeux une forme d’admiration qui a fait que j’ai dit oui sur le coup.
Mais j’ai dit oui pour des mauvaises raisons. J’ai dit oui pour l’étiquette sociale. J’ai dit oui parce que je sentais qu’en face, il y avait des gens qui, enfin, presque, allaient comprendre quel était mon métier. Animatrice radio, c’est clair. Et j’ai failli dire oui. J’ai passé toutes les étapes jusqu’au contrat. Et puis, je devais renvoyer le contrat le lendemain et j’ai eu vraiment un flash le soir où je me suis dit : « Tu ne fais pas ça pour toi, tu fais ça pour les autres, pour la valorisation de ce statut, pour les autres. Parce qu’en vrai,  tu n’as pas envie de se lever à 4 heures du matin, que c’est mal payé, que t’as pas envie d’être animatrice radio à la fin de ta vie, que tu préfères être l’invitée qu’être l’animatrice. Voilà, c’est pas cohérent d’accepter ça. Et donc, à 23h, j’ai laissé un message en disant : « Ecoute, je suis désolé, mais en fait, j’ai réfléchi. Je crois que ce n’est pas pour moi ça. J’aime bien faire des chroniques ou des spéciales de temps en temps, mais le côté salarié … »
Parce que c’est ça, en fait : tu travailles toute la semaine à heures fixes, avec ce sacrifice de vie personnelle où tu vas te coucher tôt. Moi je suis très épicurienne pour ça. Et puis surtout, ça, ça vaut si on a envie de faire carrière là-dedans. Mais moi, ce n’était pas ça mon désir. Et c’est parfois des moments difficiles dans la vie de se demander pourquoi.on  fait quelque chose. Est-ce que c’est vraiment pour soi ? Ou est ce que c’est pour entrer dans une norme sociale, pour faire plaisir à quelqu’un, pour se sentir valorisé ? C’est souvent plus dur de faire des choix, des pas de côté, des choix contestés, contestables. Mais s’ils nous ressemblent vraiment, si on est en phase avec eux, je pense qu’ils nous porteront davantage sur l’action, sur le long terme, une fois qu’on aura pris du recul. Souvent moi, les projets qui, finalement, m’ont apporté le plus de satisfaction, c’est ceux qui suscitaient le plus de critiques au départ. 
Josiane – Alors, je ne peux qu’acquiescer ! Evidemment, je suis totalement d’accord avec ce que tu dis. Et si je peux en extraire quelque chose, c’est bien de rester concentré sur le plaisir qu’on a à faire les choses parce que c’est lui qui va nous guider, en fait, et qui va nous dire vers quoi il faut se lancer, à quel projet il faut dire oui et quel projet il faut décliner. Alors, parlons un peu de la peur de l’échec. Qu’est ce que tu penses de l’échec ? Qu’est ce que ça évoque pour toi ? Parce qu’évidemment, derrière la peur d’oser se lancer, il y a la peur d’échouer. Quel est ton avis là dessus ?
Sandra Reinflet – Moi, je crois que c’est pas grave du tout, qu’il faut vraiment relativiser, que si on échoue, c’est qu’on a essayé ! Si tout roule toujours dans notre vie, c’est qu’on fait toujours la même chose. Les personnes qui n’échouent pas, ce sont celles qui n’essaient rien. Moi, je trouve que c’est très valorisé, enfin en tout cas, je le valorise beaucoup, quand quelqu’un me raconte toutes ses catastrophes, des choses qui n’ont pas abouti … Je me dis super, cette personne, elle fait des choses, elle essaie, elle n’est pas dans une habitude. Je trouve qu’on le dévalorise trop, on s’en fait toute une montagne, alors que à l’échelle de la vie, est-ce qu’on se souviendra vraiment de ces petites désillusions ?
Je ne crois pas, mais c’est quelque chose de très français, qui est très ancré dans notre culture, depuis, depuis l’école. J’ai le souvenir de bulletins scolaires où j’étais plutôt bonne élève, mais on ne parlait pas trop de mes bonnes notes, en fait, ça comptait pas tellement. J’avais beau avoir 19 en français, si j’avais 8 en math, on ne parlait que de ce 8 en maths. C’est là dessus qu’il fallait progresser : pourquoi ? Qu’est ce que tu comprends pas ? Et je pense qu’à force d’entourer les erreurs en rouge comme ça, on crée des craintes, on n’a pas envie que ça se reproduise. Donc, au bout d’un moment, on arrête d’essayer de faire des maths. On se dit : « Bon là, je me fais un peu trop engueuler, donc je vais arrêter d’essayer. »
Sandra Reinflet – Et c’est pareil, tout au long de la vie en France, quand on passe des entretiens d’embauche et qu’on nous demande nos qualités, nos défauts … Je crois qu’ils ne le font plus trop quand même, heureusement, mais ça arrive encore. C’est n’importe quoi. Personne ne donne de vrais défauts. Tout le monde est hypocrite parce qu’on considère que si on a des défauts, on sera pas aimé, pas souhaité, pas désiré dans l’entreprise ou ailleurs, alors que ce n’est pas vrai. On déteste les gens par parfaits, on déteste les premiers de la classe super canon, parfaits. C’est insupportable. Tout le monde adore les enfants et les anti-héros. C’est pas grave du tout. Il y a d’autres pays, les pays anglo-saxons, entre autres, qui valorisent beaucoup plus l’échec.
Aux Etats-Unis, on écrit sur son CV la boîte qu’on a lancée, qui a coulé, la thèse qu’on a commencée et qu’on a pas terminée … Parce que ça montre à l’employeur que si on est là devant lui, c’est qu’on a su rebondir sur cet échec, qu’on ne refera probablement pas les mêmes erreurs, qu’on est plus forts et audacieux … C’est que des vraies belles qualités. Mais nous, on grandit dans cette culture de la modestie où il ne faut pas trop dire : « c’est super ce que tu fais », mais toujours essayer de faire progresser. Mais ça implique une exigence qui nous inhibe, en fait. Du coup, on a peur de la colle, on a peur de la mauvaise note et au bout d’un moment, on n’essaie plus.
Sandra Reinflet – Moi, je fais pas mal d’interventions dans des entreprises ou plein d’autres milieux, je travaille dans des structures scolaires, dans des prisons, dans des boites … plein de milieux très distincts, mais qui ont tous en commun cette peur d’aller dans des autres domaines. Il y a les créatifs et les pas créatifs. Les sportifs et les pas sportifs. Et, adultes, je ne sais pas combien de personnes quand je leur demande de faire des petits jeux, par exemple je propose des petits jeux créatifs en lancement d’ateliers, et quand je demande de dessiner quelque chose, les deux tiers des gens me répondent : « Je ne sais pas dessiner ». Alors que c’est juste qu’ils pensent qu’il ne dessinent pas bien. Mais en soi, ils n’ont pas de handicap majeur. Ils sont capables de prendre un crayon et de dessiner en 30 secondes quelque chose, mais ils traduisent : « je ne fais pas bien » par « je ne sais pas faire du tout » et on le fait tous ça dans des domaines un peu différents. Mais on a tellement intégré le fait qu’à un moment, la prof de musique nous disait qu’on chantait faux, que quelqu’un dans une fête nous a dit : « tu danses vraiment pas en rythme », que du coup, on n’ose plus faire ces choses-là. Qui nous feraient pourtant plaisir, certainement, mais, parce qu’on n’est pas assez performants, on les laisse parce qu’on n’est pas assez performants dans ce domaine là. On se l’interdit tout simplement.
Et c’est comme si la performance remplaçait le plaisir. Moi, je crois qu’une des clés, un des moteurs dans la vie, c’est le plaisir. Et faire des choses même si on ne les fait pas très bien. Ce n’est pas grave. Il y a des choses de notre domaine professionnel qu’on a envie d’investir, dans lesquels on espère un retour, mais il y a aussi tous les à côtés. La peur de l’échec n’est pas que dans le projet pro en soi, c’est une attitude, et je crois qu’il faut s’autoriser l’échec. Si on est cette personne qui pense mal danser, il faut se dire : « Allez, je vais aller dans une fête et je vais me mettre au milieu et je vais danser. » Tant pis, en disant « je me fous du ridicule ». Je me lance des petits défis comme ça, pour juste se libérer. Et ça se ressent, par effet domino, dans tout ce qu’on entreprend ensuite. C’est très important de se dire : « Je m’autorise à mal faire quelque chose juste pour le plaisir. » J’ai envie de, je ne sais pas, j’ai envie de prendre des cours de peinture. Je pense que je suis nul et je vais le faire quand même, parce que ça me provoque une émotion joyeuse. Et peu importe le résultat. 
Josiane – Mais tu vois, on parle beaucoup de la peur de l’échec, dont la conséquence en général, c’est justement qu’on n’ose pas lancer son projet, mais est-ce qu’il ne faut pas aussi se poser la question du risque qu’on prend à ne pas faire les choses ? Parce que pour moi, ce risque-là, il est tout aussi important, c’est-à-dire en ne faisant pas, en essayant de ne pas prendre le risque, ne jamais savoir si son idée était bonne ou pas. Il y a le risque de stagner dans son parcours. Il y a le risque de ne pas avancer dans sa vie. Tu dis que l’échec, ce n’est pas d’essayer et de mal faire, c’est au contraire de ne pas essayer. 
Sandra Reinflet – Oui, je crois. Je crois que la pire chose dans la vie, c’est de ne pas avoir osé faire des choses, se dire : « j’ai essayé et puis ça n’a pas marché. » C’est une source de satisfaction en soi. C’est une expérience. C’est quelque chose de riche, avec des hauts et des bas. A moins de vouloir être un moine bouddhiste et de vouloir une seule émotion dans sa vie,  c’est stimulant de vivre des phases différentes. Des moments de grands succès, de grands échecs, ça va ensemble. Je pense que l’un ne peut pas aller sans l’autre, qu’il faut accepter ça. Et je pense que ça ne devrait pas être la question centrale. C’est une possibilité, c’est une issue possible. Mais se poser la question avant, ça nous empêche seulement. Et c’est pareil sur l’avis des autres. Je voulais revenir un petit peu là-dessus, sur la critique, puisqu’il y avait ça aussi dans votre dans votre exemple de départ. Les critiques, c’est très bon signe. Si tout le monde est d’accord avec votre idée, avec votre projet, c’est qu’il est consensuel, c’est qu’il est déjà vu. Alors ça rassure, du coup, c’est pas compliqué, tout le monde dit : « Oui, c’est super c’est une super bonne idée d’ouvrir une chambre d’hôtes. » Je dis pas que ça n’est est pas une. En tout cas, si tout le monde est d’accord, c’est que ce n’est pas extrêmement innovant comme projet. Le fait de susciter des critiques, des mises en garde, c’est déjà que vous interrogez les gens. C’est déjà une victoire, en fait. 
Josiane – Que le projet aboutisse à quelque chose ou pas, en fait. 
Sandra Reinflet – Mais oui ! Moi, le deuxième livre que j’ai écrit, c’est un livre qui s’appelle Je t’aime maintenant, sur mes anciens amours. J’ai eu l’idée un jour, je rentrais du Canada où j’avais vécu une romance hyper platonique, mais vraiment très poétique, où le mec s’était fait casser son pare-brise, en sortir d’un concert. Et au lieu de s’énerver, comme beaucoup de gens l’auraient fait, il a pris un bout du pare-brise, il me l’a mis sur le doigt et il m’a dit : « Je vais te faire une bague avec ce morceau de verre ». C’était assez joli.
Josiane – Ohlala ! 
Sandra Reinflet – Je rentre et je raconte ça à mes copines qui me disent : « Ohlala, mais c’est tellement joli ! Et alors, vous allez vous revoir ? » Quand j’ai dit : « Bah non, je ne crois pas ou peu importe », pour elle, ça ne comptait plus. Et du coup, j’ai réfléchi toute la nuit. Je me disais : « Mais peu importe qu’on ne se revoit plus ! » Moi, j’ai trouvé que le moment était tellement génial que je m’en souviendrai toute ma vie. Peut être même plus que d’une relation longue, construite. Mais nous, on dit : valeur = durée. Et donc ça me pose des questions. Je me dis : « Moi, je ne suis pas d’accord avec ça, mais comment en parler, sachant que je ne vais pas faire un essai, je ne suis pas sociologue ».
Sandra Reinflet – La seule chose que je connaisse, c’est mon propre parcours. Donc je vais faire un livre, photos et textes, où je vais retrouver toutes les personnes que j’ai aimées depuis que je suis née en les mettant toutes sur un pied d’égalité. Donc, l’idée, c’était de parler autant d’amour de bac à sable, d’une histoire de vacances que de quelqu’un avec qui j’ai vécu 4 ans. Se dire que toutes ces personnes font partie d’un moment de mon histoire avec l’amour. Et cette histoire aujourd’hui est différente parce qu’ils en ont tous fait partie avant. J’ai décidé de choisir la métaphore de l’horloge et de faire 24 portraits pour 24 heures, pour chaque personne. Je racontais juste une heure. On ne savait pas ce qui s’était passé au delà de ce moment, de cette heure. Quand j’ai parlé de ce projet autour de moi, à mes proches, à mon éditeur, ils m’ont dit : « Tu peux pas faire ça. 24, qu’est ce qu’on va dire de toi ? Une fille qui a 24 amours ? » 
Josiane – Ah, c’est trop ? 
Sandra Reinflet – Oui ! On m’a dit : « Mais on va penser quoi de toi ? » Moi ça ne m’avait même pas effleuré. J’avais 30 ans, je me dis oui, 24, ça va ! Et puis dedans il y avait mon père qui était le premier homme que je voulais épouser quand j’avais 3 ans. C’est l’amour au sens large. Mais quand même, je me suis posé la question. Je me suis dit : « Est-ce qu’ils ont raison ? Est-ce que je devrais faire autre chose ? » Et puis finalement, je me suis dit que si ça pose question comme ça, si ça dérange, c’est que c’est un sujet qu’il faut aborder. Parce que je trouve pas normal que ça pose problème aujourd’hui qu’une femme ai aimé au pluriel comme ça. Donc tant pis si ça abîme un peu mon image, si mes parents sont gênés, si je me prends des critiques. Je veux bien être porte voix de cette cause-là parce que je trouve pas normal que ça pose problème. Et j’ai écrit ce livre et en fait, ça s’est très bien passé, beaucoup mieux que ce qu’on m’avait annoncé. On ne m’a du tout traitée de salope ou tout ce qu’on m’avait énoncé avant.
Sandra Reinflet – Ça m’est arrivé plein de fois dans les projets. Quand je suis parti faire des traversées d’Europe en stop : je faisais des reportages avec une copine, on partait tous les étés en stop, 28 jours. Pareil, on nous a dit : « ne faites pas ça, vous allez vous faire agresser,  c’est trop dangereux. » Dans les Balkans, en jupe, parce qu’on avait ce postulat de voyager comme on est, de ne pas se travestir en égérie du Guide du Routard. On nous avait dit c’est trop dangereux, vraiment, c’est inconscient. » On s’est posé la question, pareil, parce qu’on écoute tous les critiques, les mises en garde. Souvent elles viennent, en plus, de proches, de gens qui nous aiment, qui veulent nous garder sous cloche, nous protéger .Mais nous protéger, c’est aussi nous empêcher. Et pour ce projet de voyage, je me suis dit : « si on reste, la peur, elle gagne. » Si on reste, les agresseurs potentiels qu’on aurait rencontrés sur le bord de la route, ils ont déjà gagné puisqu’ils nous enferment, ce qui nous empêche de faire ce qu’on a envie de faire. Et donc, on est parties. On l’a fait trois ans de suite. On écrivait pour Libé, on faisait des reportages sur : « qu’est-ce que c’est que d’être des femmes et de voyager comme ça. » Et ça s’est bien passé, justement parce qu’on est des femmes et qu’on a fait peur à personne et qu’on a rencontré des catégories de gens qu’on n’aurait jamais croisés ailleurs. Des chauffeur de poids lourds, des businessmen, des familles, des jeunes, des vieux. C’était super. Et en fait, on a failli ne pas le faire à cause de la peur des autres.
Sandra Reinflet – Il y a aussi une question de transmission de la peur, de la mise en garde. C’est bien écouter ça, mais pas trop. Il faut aussi se dire que les gens veulent nous garder comme ils nous connaissent, dans le domaine qu’ils nous connaissent, parce que ça les rassure. Et puis, ça les rassure aussi sur le fait que eux font bien de ne pas y aller. 
Josiane – Et finalement, en plus, je crois que la pire chose qui vous soit arrivée lors de ce périple, c’était sur un yacht d’un milliardaire grec, c’est ça ? Une tempête vous est arrivé et personne ne s’attendait à ça.
Sandra Reinflet – Ah mais, oui, nous, on a voyagé aussi bien avec des chauffeurs poids lourds moldaves qui ne parlaient pas un mot d’une langue en commun avec nous. On a rencontré des situations où, pour les gens, c’est dangereux. Et pas du tout ! On était hyper maternée par tous ces gens. Et puis, en effet, oui, on s’est pris une tempête la dernière année, on faisait Athènes-Helsinki et on a été prises en stop par un businessman qui avait un yacht et qui venait de le laisser le matin même à des amis qui l’emmenaient à notre destination du soir. Quand on lui a dit : « C’est notre rêve de faire du bateau-stop ! En trois ans, on n’a jamais fait. » Et du coup, on les a rejoints. Et on s’est pris au mois d’août une tempête sur la mer Egée, avec une seule personne capable de naviguer, avec des creux de vague de 10 mètres, l’arrière du bateau qui s’est arraché… On a vraiment cru que c’était notre dernière heure. En plus, ce bateau s’appelait Helsinki et on faisait Athènes-Helsinki. On s’était dit : « Oh le signe magnifique ! » quand il est arrivé. Et après moi, je me disais : »mais c’est destination finale, on est déjà arrivés ! »
Sandra Reinflet – Et ce qui est fou là dedans, c’est qu’on veut prévoir le pire, on veut essayer de s’éviter le danger. Mais on ne sait pas où il est, le danger. On l’a vu quand même récemment : personne ne nous dit que c’est dangereux d’aller boire un verre en terrasse ou d’aller voir un concert de rock. OK, ça peut arriver n’importe quand. La mort, elle peut arriver n’importe quand. Et je pense que l’avoir en tête, c’est quelque part un soulagement. Se dire : « Je ne peux pas l’éviter. » Je peux faire un AVC dans mon canapé aussi. Donc soit on se concentre là-dessus et on donne une importance démesurée à la peur, au risque et à la possible fin des choses. Et puis, on s’empêche de vivre, on reste sous cloche. Soit on se dit : « De toute façon, je ne peux rien y faire. Ça viendra par surprise en tout cas. J’ai une petite marge de manoeuvre là-dessus. Donc, ce que je peux faire de mieux dans le temps imparti, c’est de vivre et de vivre sans me limiter trop. »
Josiane – Et avec le recul, est ce que tu vois à quel point le fait de t’être affirmée justement dans tes différents projets a été crucial dans ton parcours ?
Sandra Reinflet – Dans quel sens, m’affirmer ? 
Josiane – Parce qu’on voit qu’en fait, à chaque projet, c’est justement le fait de ne pas écouter la peur des autres et les critiques des autres, même si elles sont négatives, c’est le fait de t’être affirmée à chaque fois qui a fait qu’aujourd’hui tu as eu la vie que tu voulais et pas celle de la Sandra de 20 ans qui fait une école de commerce et un stage chez L’Oréal.
Sandra Reinflet – Oui, bien sûr. Après, le fait que ça ait fonctionné, c’est relatif. Parce que pareil, qu’est-ce que c’est que le succès ? Est-ce que c’est un succès public, est-ce que c’est un sentiment de satisfaction personnelle ? Chacun met le curseur où il veut. Mais le fait en tout cas d’avoir pu faire aboutir des projets. Et de, aujourd’hui, à 38 ans, vivre de ça, pour moi, c’est une satisfaction. Ça dépend à quoi, à qui, à quel but on se compare. Parfois, je me dis que j’aimerais que mes livres se vendent plus. Oui, j’aurais aimé faire des tournées plus grandes. J’aimerais être exposée sur les grilles de la mairie de Paris. Oui, bien sûr. Et ça, c’est aussi ce qui nous pousse vers l’avant, c’est à dire le désir d’aller au-delà, de peut-être plus de reconnaissance dans ses projets.
Sandra Reinflet – J’ai eu aussi beaucoup de déconvenues, tout n’a pas toujours fonctionné. Il y a eu plein de moments où ça n’a pas marché, où j’ai sorti des livres où il y a eu 600 personnes qui l’ont acheté alors que j’avais passé 14 mois à l’écrire. Il y a eu plein de moments d’insuccès, de petits échecs, mais qui, au fond, m’ont permis de me dire : « Tu t’en relèves à chaque fois, donc c’est pas grave ». Et en fait, l’accumulation des expériences donne une force. On se dit : « Je sais que je suis capable de faire ça. Je suis capable de monter ces projets, même sans soutien, même avec des critiques ». A la fin, ils aboutissent et je prends une sorte de petite revanche. Ça me conforte dans le fait que j’ai bien fait d’aller au bout. Et aujourd’hui, oui, par exemple, je suis maman une fois et demie, parce que j’ai un enfant et un autre en cours de préparation. J’ai attendu longtemps pour faire un enfant. J’ai eu mon premier enfant à 35 ans, parce que je pensais que c’était pas pour moi. Parce que pareil, on te met en tête : « Qu’est ce que c’est qu’une femme, une bonne mère ? » Une bonne mère, c’est quelqu’un qui a un côté un peu sacrificiel. C’est le but de sa vie. Moi, le but de ma vie, c’est pas ça. Et du coup, je me disais : du coup, ce n’est pas pour moi. Et peut être que si j’avais fait des enfants plus tôt, je me serais conformée à ce que la société attend d’une mère, c’est-à-dire quelqu’un au service de. Peut-être que je n’aurais pas persévéré dans tous ces projets professionnels parce qu’ils sont instables, parce qu’il y a une précarité qu’il faut assumer. Parfois, on gagne très bien sa vie, parfois pas … 
Sandra Reinflet – Mais le fait d’avoir attendu de savoir que c’était ma place, que c’est ça ma vocation, que je vais continuer, aujourd’hui, je fais des enfants. Et à ma façon. Et je pense que l’expérience nous nous fortifie dans nos choix. J’aurais été probablement plus influençable. Pareil pour l’histoire de la radio, dont on parlait tout à l’heure. Si on m’avait fait cette proposition à 25 ans, je l’aurais peut-être acceptée parce que je voulais plus me former, me formater à ce que la société attendait.
Aujourd’hui, je sais que je suis à la bonne place, ce qui est très rassurant parce qu’au moment de l’accident de voiture, par exemple, j’avais eu un sentiment d’angoisse. Pendant trois semaines, j’étais à l’hôpital. Je me disais : « Mais qu’est-ce que je fais ? » Je n’ai rien réalisé de ce que j’espérais. Je ne suis pas du tout au bon endroit. Aujourd’hui, si je devais mourir pour une raison ou une autre – je ne le souhaite pas du tout, hein – mais je pense que je n’aurai pas de regrets, ou moins de regrets. Ce qui est quand même un bon indicateur qu’on est sur une meilleure voie, je crois. 
Josiane – Et dans les moments difficiles, puisque tu parlais tout à l’heure d’instabilité, de précarité et on le voit dans la création, l’entrepreneuriat, il y a toujours des moments, des étapes où on est un peu découragé. Qu’est ce que tu te dis à ce moment là pour garder le cap ? Pour garder la motivation ?
Sandra Reinflet – Les périodes qui ont été les plus précaires dans ma vie professionnelle sont celles où j’étais le plus inspirée. C’est un peu paradoxal, mais quand j’avais vraiment pas d’argent, c’est à dire au retour du voyage, du tour du monde, quand j’ai commencé à écrire mes premiers livres, j’étais au RSA. J’avais vraiment pas de sous du tout. Je vivais à Paris et mes amis ne comprenaient pas. Mes amis d’école de commerce, par exemple, qui gagnaient très, très bien leur vie, me disaient : « Mais comment tu fais pour voyager comme ça ? Pour vivre à Paris ? Pour sortir quand même ? » En fait, je fais tout, mais pas pareil, c’est-à-dire que je sors, mais je ne consomme pas la même chose. Je pars en voyage, mais je pars en stop. Je sous-loue mon appart quand vraiment c’est compliqué pour moi. Et puis j’invente des projets.
Sandra Reinflet – Quand on a l’impression de rien avoir à perdre, on ose aussi davantage. Le confort, ça endort. C’est comme quand ça va trop, trop bien. C’est qu’on n’est pas très stimulé. Et on revient à cette histoire de la contrainte. Plus c’est dur, plus il faut être inventif, plus il faut trouver des façons d’y arriver quand même. Et bien sûr, il y a des moments d’angoisse. En fait, il faut se connaître. Je pense que tout le monde n’est pas fait non plus pour supporter cette instabilité et cette précarité. Il y a des gens qui, vraiment, sont très angoissés par le fait de ne pas savoir ce qu’ils feront et combien ils gagneront dans six mois. Il y en a d’autres qui se disent : ça ira. Et je crois qu’il faut aussi être en phase avec soi. Ça passe aussi par là. Tout le monde n’est pas fait pour lancer son projet perso. Il y a des gens qui ont besoin d’un cadre, qui ont besoin d’un cadre salarié, par exemple. Et ce n’est pas moins bien. Pas du tout. Ce qui est important, c’est d’être aligné, justement, c’est d’être en phase avec soi. Et de pas faire des choix pour de mauvaises raisons, pour d’autres, par influences extérieures. C’est toujours se demander qui je suis. Est-ce que je suis quelqu’un de solitaire ? Est-ce que je suis quelqu’un qui a besoin de travailler en groupe ? Est-ce que je suis un leader ? Est-ce que j’aime qu’on me dise ce qu’il faut faire et moi le faire du mieux que je peux ? Il n’y a pas d’échelle de valeur là-dedans. Je crois que c’est juste une question de connaissance de soi. 
Josiane – Oui, c’est de connaître sa nature, son fonctionnement et sa personnalité. Ce  qu’on aime faire et comment on aime le faire, c’est ça ? 
Sandra Reinflet – Oui, et puis l’accepter. Il y a des modes : il y a 20 ans, dire qu’on était freelance,  qu’on lançait son projet tout seul, les gens nous regardaient avec des gros yeux. Il n’y avait que le salariat dans l’idée du travail , quasiment. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse. Aujourd’hui, c’est un peu l’inverse : « Ah ouais, tu travailles pour une boite, mais t’as pas envie de lancer ton projet ? » Il faut aussi être capable de dire non ! Moi, ça me plait. La question à se poser, c’est est-ce qu’on a des regrets ? Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on ne fait pas, qu’on n’ose pas faire ? Ou est-ce qu’on est à sa place ? Et quoi qu’en pensent les autres, peu importe. 
Josiane – Une dernière question pour toi : quel est l’entrepreneur, ou le créateur au sens large, qui t’inspire le plus, et pourquoi ? 
Sandra Reinflet – Oh la la, alors là, l’amnésique que je suis va vraiment avoir du mal ! Je ne suis pas vraiment quelqu’un qui s’inspire trop. Alors ça peut paraître un peu bizarre. Mais je crois que quand on connaît trop ce qui se fait autour, on se compare. Je donne un exemple : j’ai un ami critique littéraire dans un grand journal – c’est reconnu là dedans -, qui voulait écrire son roman depuis des années. Sauf que lui, il connaît tellement tous les autres, tous les classiques et puis aussi tous les nouveaux auteurs, tout ce qui se fait, qu’il se dit : « et moi, pourquoi ?  Qu’est-ce que j’apporterai plus, qu’est-ce que j’apporterai de différent ? » C’est important de se nourrir, bien sûr, de  choses que produisent d’autres personnes, mais je crois qu’il ne faut pas trop chercher des modèles, des mentors, des choses comme ça. Parce que soit on va vouloir se copier-coller, soit ça va nous mettre une pression de dingue. Il y a des périodes. En tout cas, je sais que pour ce qui est de mon côté. Il y a des périodes où je me nourris de ce que font d’autres gens, où je lis beaucoup, où je vais voir des expos d’artistes que j’aime beaucoup. C’est plutôt les artistes qui vont m’inspirer, plus que les entrepreneurs. Le business, c’était vraiment une toute petite parenthèse dans ma vie, aha ! 
Sandra Reinflet – Mais il y a des moments où j’ai besoin de ne pas voir, de ne pas savoir, de ne pas comparer et de juste travailler à l’instinct. Si on prend l’exemple que tu donnais au tout début sur la personne qui veut créer sa chaîne YouTube. Si on se met à regarder tous les gens qui ont des chaînes YouTube, on va dire : « Pourquoi ? A quoi bon ? C’est déjà fait ». Alors que si elle a vraiment un désir, une envie, de l’intuition en elle, je crois qu’il faut d’abord faire et ensuite essayer peut-être puiser de l’inspiration ici ou là. Mais ça peut vite être très inhibant et très étouffant d’avoir une vision exhaustive de ce que peuvent réaliser d’autres gens.
Voilà. Après, en photo, bien sûr, je peux vous dire qui sont mes photographes préférés ! Gilbert Garcin, tiens je vais vous parler de lui.  En plus il vient de mourir, très récemment, il est mort il y a deux-trois semaines. C’est un photographe que j’aime beaucoup parce qu’il s’est mis à la photo très, très tardivement.
Josiane – À la retraite !
Sandra Reinflet – Oui, et c’est très beau dans son parcours parce que c’est quelqu’un qui a fait tout autre chose, qui avait une entreprise de luminaires et qui s’est mis à la photo à la retraite, à 65 ans. Et puis, il a eu un succès mondial assez vite, mais à ses 73-74 ans, je n’ai pas de date précise, mais à peu près ça. Et c’est très beau parce que ça prouve qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser ses projets. Il ne faut pas attendre, mais s’il se trouve qu’on a attendu, qu’on a fait des détours, on peut s’y mettre maintenant. Qu’on ait 20 ans, 30 ans, 50 ans, 70 ans, on peut !  
Et ça, je l’entends souvent quand je fais des ateliers, des conférences : des gens qui me disent : « oui, mais maintenant, moi, tu penses, c’est trop tard. » Lui, par exemple, c’est la preuve vivante que non, ce n’est pas trop tard. Il est devenu un jeune artiste à 75 ans. Ça laisse beaucoup d’espoir, je trouve, sur le fait qu’on peut avoir plusieurs vies, qu’on peut être les caméléons de nous même et que ce n’est jamais trop tard, pour peu qu’on ose se dire qu’on va jouer, peu importe le résultat. On va retrouver ce côté expérimental et ludique de la vie que les années effacent un peu trop souvent. 
Josiane – Et surtout, il n’y a pas de date limite, en fait, pour se lancer. En effet, ce qui est extraordinaire avec le cas de Gilbert Garcin, c’est que toute son œuvre, c’est une poésie visuelle, et il fait beaucoup avec peu. C’est ça qui est incroyable. Comme il est novice dans la photo, il garde cette fraîcheur d’esprit qui ravit en fait toutes les galeries d’art et les collectionneurs. C’est complètement paradoxal, mais c’est ce qui fait en effet la beauté de cette histoire. Merci beaucoup d’avoir partagé ce photographe que j’aime aussi beaucoup. Merci infiniment, Sandra, pour tous tes conseils, pour le beau témoignage. Où est-ce qu’on peut diriger les personnes qui veulent en savoir plus sur toi ?
Sandra Reinflet – Internet garde très mal les secret… Alors oui, j’ai un site qui dit à peu près tout, c’est sandrareinflet.com. Mon nom est un peu dur à orthographier mais vous trouverez. 
Josiane – Je mettrai lien, aucun souci. Merci, merci beaucoup, beaucoup, beaucoup ! Le prochain épisode sera sur l’action. Donc là, on s’est affirmé, maintenant on va agir. On verra comment définir ses priorités quand on entreprend, et surtout être efficace. Je mettrai évidemment les liens de tous tes livres, que j’ai invite à lire, et aussi, bien sûr, celui d’Alexandre Dana, le fondateur de LiveMentor, qui s’appelle La Méthode LiveMentor, qui est disponible à la FNAC et dans toutes les bonnes librairies.
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Sandra Reinflet – A bientôt !

 

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Josiane

Josiane

Journaliste indépendante, auteure chez Flammarion et autoentrepreneure freelance, je suis allée à la rencontre d'entrepreneurs inspirants pour réaliser le podcast La Méthode LiveMentor

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